La photographe Christine Berthiaume exprime la beauté qu’elle cherche à voir dans l’existence à travers les photos de son exposition intitulée Une poésie dans l’œil et présentée à la librairie Poirier de Shawinigan.

Voir la poésie à tout moment

Shawinigan — La librairie Poirier de Shawinigan inaugurait sa nouvelle salle d’exposition jeudi en offrant ses murs à la photographe shawiniganaise Christine Berthiaume qui y présente Une poésie dans l’œil.

La photographe est déjà bien connue par ses engagements professionnels mais livrer son côté essentiellement artistique constitue une nouveauté. Comme ouvrir une porte plus intime pour partager sa vision du monde et des gens puisque les humains sont au cœur de chacune des 28 photographies en couleurs qui constituent cette exposition. Des humains enveloppés par un environnement qui donne plus qu’une arrière-scène mais une personnalité supplémentaire à des clichés très léchés.

Si la photographe s’est fait un nom au cours des sept dernières années, depuis qu’elle s’est lancée à son propre compte, c’est non seulement par la sensibilité dont elle fait preuve dans son travail mais aussi par une collaboration avec quelques artistes mauriciens qui habitent son exposition. Cindy Bédard a fait affaire avec elle pour quelques photos qui sont en train de définir l’image de l’auteure, compositrice et interprète. Autour d’elle, on retrouve dans l’exposition des figures que les gens de la région vont reconnaître: Baptiste Prud’homme, Bryan Perro, Jeannot Bournival, Nicolas Pellerin avec ses Grands hurleurs, le peintre Normand Boisvert ou encore Fabiola Toupin dont les photos prises par Christine Berthiaume illustrent la pochette de son album consacré à Aznavour.

Plusieurs photographies d’enfants ornent également les murs, toutes caractérisées par une émotion soutenue par une technique très minutieuse qui cherche pourtant à s’effacer. Elles se démarquent d’ailleurs des portraits d’artistes nettement plus distincts les uns des autres, démontrant la polyvalence de la photographe.

«Pour moi, le thème récurrent, c’est la poésie qui est dans mon œil de photographe, affirme-t-elle. C’est la beauté que je veux retrouver dans chaque œuvre. La façon que j’ai de la créer, c’est en plongeant mes sujets dans un environnement naturel qui vient rehausser la personnalité de chacun.»

Les photos ont été réalisées sur une période d’environ cinq ans délimitant une période d’inspiration pour la photographe qui avoue être déjà ailleurs dans son cheminement artistique alors qu’elle se consacre présentement à des portraits en noir et blanc en studio, une autre phase de son inspiration qui ne lui fait en rien rejeter le style qui caractérise Une poésie dans l’œil. «Je voudrais aller de plus en plus vers l’aspect plus artistique de ma personnalité. Je fais des portraits scolaires, par exemple, avec plaisir et un grand souci de qualité mais dans ma démarche davantage artistique, je cherche plutôt à exprimer ma perception de la personne que j’ai devant moi. Je rencontre les gens, j’apprends à les connaître un peu et il y a toujours une image qui naît dans ma tête, la photo que je pourrais faire d’eux et que je tente de reproduire par la suite.»

«J’arrive à m’exprimer à travers le regard que je porte sur l’autre. C’est ma façon de voir l’existence qui se manifeste.» Une vision assurément marquée par le romantisme, une envie de beauté, de poésie. La photographe a d’ailleurs enrichi son exposition de huit petits panneaux portant des citations d’écrivains comme Dany Laferrière, David Goudreault ou Fred Pellerin qui l’expriment joliment. On y retrouve aussi cette idée récurrente qu’il faut regarder le monde avec les yeux d’un enfant pour qui tout est une première fois. «J’essaie d’avoir constamment un regard neuf sur l’existence. De m’émerveiller constamment devant des choses toutes simples comme une belle lumière, un joli paysage.»

Les œuvres de cette exposition et de cette période de sa carrière se caractérisent par une certaine distance établie avec le sujet. Rarement les sujets regardent-ils la photographe sauf pour Jeannot Bournival qui offre un gros plan nettement plus indiscret. «C’est une question de timidité, explique Christine Berthiaume. Je trouvais très intimidant d’affronter le regard de mon sujet. Ça me permettait d’être dans ma propre bulle. J’ai vaincu ça avec le temps et j’ai commencé à vivre avec le partage des regards en studio; ça donne tout à fait autre chose.»

L’exposition est offerte gratuitement jusqu’au début juin. Sans avoir fait la moindre forme de publicité, cette salle d’exposition, qui veut s’ouvrir aux artistes visuels à longueur d’année, a déjà trouvé preneur pour les prochains mois. Isabelle Lockwell occupera la salle en juin et juillet alors que Venant Parent, de Grandes Piles, y sera en août et septembre. Les artistes intéressés à exposer peuvent communiquer avec Frédérika Skierkowski à la librairie Poirier de Shawinigan pour obtenir plus d’informations.