Les lignes architecturales d’un édifice ancien en mouvement se profilent sur les hauts murs de la salle d’exposition de la Galerie r3 de l’UQTR dans le cadre de l’exposition "Cyclages".

Visions d’un nouveau monde

Trois-Rivières — Le concept même d’art technologique est plutôt flou pour le commun des mortels. La Galerie r3 de l’UQTR ne promet pas de clarifier le concept mais elle offre présentement, à travers l’exposition "Cyclages", une démonstration assez spectaculaire de ce qui se fait dans ce créneau.

L’exposition réunit six œuvres dont cinq dans la salle d’exposition proprement dite, l’autre étant présentée à l’entrée de la salle. Les artistes sont les membres du Grupmuv, un laboratoire de recherche et de création fondé en 2008 et rattaché à l’UQAM. Le groupe se dédie au dessin en mouvement et c’est bien là le thème central qui regroupe les œuvres, toutes très différentes les unes des autres. Ce qui offre un aperçu d’autant plus intéressant des avenues d’exploration qu’offre la technologie.

Dans cette exposition, le dessin est vivant. Ainsi, dans la vidéo d’animation numérique Giration 1, Rouler de Michel Boulanger, on peut assister à une sorte de combat entre un gigantesque tracteur et la surface ondoyante d’un dessin dans laquelle l’engin s’enlise comme dans des sables mouvants. Difficile de décrire cette étonnante mais hypnotisante chorégraphie. 

D’ailleurs, il est pratiquement impossible de décrire les œuvres de cette exposition qui se veut bien davantage une expérience à vivre. Dès son entrée dans la salle, le spectateur est immergé dans l’exposition grâce à la très grande dimension des œuvres. Ainsi, une projection en 3-D de simples lignes architecturales en mouvement occupe presque la moitié des murs de la salle, du plancher au plafond pourtant à plusieurs mètres de haut. Une autre installation exige que le spectateur monte un escalier pour entrer dans une sorte de cubicule à l’intérieur duquel il peut voir sur un écran accroché au plafond, une vue de la voûte céleste telle que la présente le télescope Hubble. Autour du spectateur, la lumière reflétée par des parois réfléchissantes change constamment en influençant la représentation vidéo sur laquelle la ligne d’un parcours apparemment arbitraire se dessine en continu.

Globalement, on a l’impression avec Cyclages, d’avoir une vision de l’art du futur. Non seulement la technologie est impressionnante, mais elle est suffisamment maîtrisée pour offrir du contenu tout en laissant notre imagination deviner les possibilités qui s’offriront aux artistes dans les décennies à venir. 

«Un des intérêts de l’exposition, dit la coordonnatrice de la Galerie r3 Lorraine Beaulieu c’est que les artistes mettent tous en opposition l’idée de la technologie avec la tradition même de l’art puisque c’est la simple ligne du dessin qui est à la base des œuvres. Comme nous enseignons l’art technologique ici à l’UQTR, tout ça nous intéressait mais ça va plus loin: je n’ai jamais vu une exposition d’art technologique aussi maîtrisé présentée dans la région.»

«C’est une exposition qu’il faut vivre parce qu’on ne peut pas décrire l’ambiance unique qu’on ressent dans la salle. C’est vraiment une expérience particulière qui est l’assemblage de ce que chaque œuvre propose. Ce n’est pas inhabituel pour nous de proposer des expériences singulières mais celle-ci se démarque parce qu’elle est tellement forte. En plus, l’exposition réunit une diversité de médiums technologiques qui crée un ensemble très impressionnant.»

Au-delà de la simple expérimentation technologique qui permet de mesurer les possibilités qui existent, Cyclages présente des propositions achevées avec un contenu intéressant et cohérent. À cause de l’originalité de ces propositions, de leur teneur, l’exposition est très accessible et devrait laisser une impression forte chez quiconque, qu’il soit ou non amateur d’art. Voilà même une occasion particulièrement intéressante pour le grand public d’entrer en contact avec une forme d’art qui ne devrait pas le laisser indifférent.

L’exposition se déroule jusqu’au 23 novembre, l’entrée de la galerie est gratuite et c’est ouvert de 9 h à 17 h du lundi au vendredi.