C’est par un travail de recherche constant et acharné que le comédien Vincent Leclerc a réussi à donner à son personnage de Séraphin Poudrier un aspect humain qui le rend encore intéressant après quatre saisons.

Vincent Leclerc: l’humanité de Séraphin

TROIS-RIVIÈRES — Pour en apprendre davantage sur ce qu’il adviendra de Séraphin au cours de la saison des Pays d’en haut qui vient de débuter, ne comptez pas sur Vincent Leclerc. L’interprète d’origine trifluvienne - il est né ici mais a quitté à l’âge d’un an - ne dévoilera rien de l’intrigue à venir si ce n’est que de confirmer que Séraphin prend une «grosse débarque» et que cela constitue pour lui une magnifique occasion de donner plus de texture à son personnage.

«Ce qui me stimule beaucoup dans ce projet, c’est que l’auteur continue de me pousser dans de nouvelles zones. Chaque scène implique beaucoup de travail parce que j’ai toujours quelque chose d’intéressant à exprimer. Il n’y a pas de banales scènes de transition dans cette série. Il y a toujours du contenu et comme pour moi, c’est environ 150 scènes par saison, c’est constamment un gros défi. Il y a deux ans, c’était le tétanos dont a souffert Séraphin qui m’a obligé à faire des recherches pour bien définir les symptômes. Puis, cette année, on explore la dépression et ça pousse le personnage dans ses derniers retranchements et, pour moi, c’est vraiment très intéressant.»

L’interprète n’a jamais vu le personnage comme unidimensionnel bien que sa légendaire avarice et sa méchanceté demeurent un axe central. «Ses objectifs sont très clairs dans sa vie et ses failles aussi, par conséquent. Ce qu’on perd d’un côté, on le gagne de l’autre. Ça tourne autour de l’argent, de l’amour et du contrôle mais le personnage est écrit tout en nuances. De mon côté, je me suis fait un devoir d’essayer de voir jusqu’où on pouvait le pousser.»

«Ça s’est fait surtout quand j’ai regardé la première saison. Non pas quand je l’ai jouée mais quand je l’ai regardée par la suite. J’ai compris qu’on était un peu dans le conte, dans la fable parce que tout le monde a poussé son interprétation ce qui fait qu’on n’est pas dans le réalisme total. Ça nous donne à chacun une certaine liberté.»

«Moi, j’ai fait beaucoup de recherches pour nourrir mon interprétation, pour comprendre comment un être humain peut en arriver à être aussi cruel. J’ai cherché à comprendre Séraphin et je ne veux pas révéler de clé mais je peux me permettre de dire qu’au cours de cette saison, on va révéler la source de son avarice ce qui n’était jamais arrivé en 90 ans d’existence des Pays d’en haut.»

«J’ai toujours dit que la journée où Séraphin va devenir complètement gentil ou complètement méchant, il va perdre tout intérêt auprès des téléspectateurs.»

Les interprètes disent très souvent qu’ils ne peuvent se permettre de juger un personnage qu’ils interprètent, fut-il abject. On peut dire sans crainte de se tromper que le qualificatif s’applique à Séraphin. Vincent Leclerc arrive-t-il à aimer son personnage? «C’est devenu une blague pour moi. Les gens m’abordent en me disant que je joue un méchant et je les reprends en disant que c’est un amoureux incompris et maladroit, rigole-t-il. Il faut que je continue de le voir comme ça parce que c’est vrai que le comédien ne peut pas juger. J’aime beaucoup cet être profondément malhabile et blessé. Je l’ai toujours travaillé dans la blessure. Il est très adulte en affaires mais très enfant dans ses relations amoureuses et personnelles. Il n’a aucun outil, en fait, dans les relations personnelles. Ce n’est même pas de la maladresse: il est vraiment dysfonctionnel.»

Il y a, par ce fait même, un potentiel que les spectateurs se reconnaissent un tant soit peu dans ce personnage faillible aussi excessif dans ses faiblesses que dans ses forces. «C’est un processus qui tient du travail collectif, explique le comédien, manifestement nourri par une profonde réflexion. La lumière dans sa vie vient de Donalda alors il faut qu’elle soit très lumineuse, ce qu’elle est grâce à Sarah-Jeanne (Labrosse). Ça me permet d’exploiter le petit peu de lumière qui émane de Séraphin et dès lors, je peux aller loin dans sa noirceur sans lui enlever toute humanité. L’objectif n’est pas de lui attirer la sympathie du public mais simplement de lui garder une certaine crédibilité. Les gens me disent souvent qu’ils l’haïssent mais qu’ils n’arrivent pas à le haïr complètement et ça, pour moi, c’est parfait.»

Comme il estime que le plus gros danger qui guette un acteur, c’est de penser qu’il peut se permettre de fonctionner sur le «pilote automatique» sans continuer d’explorer les possibilités de son personnage, Vincent Leclerc continue de chercher, à chaque scène, une façon nouvelle d’aborder l’émotion. «Notre premier devoir, c’est la vérité du personnage mais le second, c’est de divertir le public. Séraphin est en colère dans de nombreuses scènes mais à chaque fois je me demande comment je peux l’exprimer différemment. Ça garde le tout intéressant pour moi comme pour le public.»

Devenu ce qu’on pourrait appeler une vedette grâce à ce rôle, l’acteur n’en a pas moins une vingtaine d’années d’expérience dans le métier et il souhaite que sa notoriété lui ouvre les portes d’autres défis aussi passionnants. Le théâtre, notamment, auquel il a peu touché. «Justement, à partir du 22 janvier, je vais jouer dans Électre au Théâtre du Nouveau Monde sous la direction de Serge Denoncourt. Ça fait cinq ans que je n’ai pas fait de théâtre et c’est un défi extraordinaire. J’interprète le frère d’Électre interprétée par Magalie Lépine-Blondeau. Ce n’est pas un premier rôle alors je trouve ça parfait pour effectuer un retour. C’est un super beau défi.»