Le comédien Vincent-Guillaume Otis est le porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle qui aura lieu du 11 au 17 mars.

Vincent-Guillaume Otis : S’ouvrir à l’autre

Trois-Rivières — Le comédien Vincent-Guillaume Otis est devenu une figure familière. Grâce à Série noire, d’abord, mais surtout à District 31, non seulement entre-t-il dans des centaines de milliers de foyers quotidiennement, mais il fait soupirer de désir nombre de téléspectatrices. Or, si sa carrière n’a jamais semblé aussi fructueuse, il est un autre côté de l’artiste qu’on connaît moins: il est de nouveau le porte-parole de la Semaine québécoise de la déficience intellectuelle qui aura lieu du 11 au 17 mars.

L’implication n’est pas banale quand on sait tout ce qu’une émission quotidienne comme District 31 peut exiger d’un acteur surtout quand il en est un des personnages principaux, présent dans pratiquement toutes les émissions et au centre de la plupart des intrigues. Il y a le tournage, déjà, mais aussi la mémorisation de dizaines de pages de textes pour chaque épisode. «J’ai un horaire de premier ministre», rigolait Otis en entrevue avec Le Nouvelliste lors de la cérémonie officielle de lancement de la Semaine de la déficience intellectuelle mercredi dernier à Montréal.

L’attachement du comédien à la cause ne peut faire de doute quand on constate qu’il occupe cette fonction depuis 2011. Sa sensibilité tient au fait qu’il la connaît intimement, ayant un frère souffrant de déficience intellectuelle. «Mon frère m’a beaucoup donné, admet-il volontiers. Si je suis sensible aujourd’hui à la valeur de justice sociale, c’est beaucoup à lui que je le dois. Je connais aussi l’importance de l’ouverture à l’autre. Ce sont des choses qui m’ont été inculquées jeune, que je le veuille ou non, mais en vieillissant, j’ai pris conscience de la grande richesse que ça représente. Je ressentais profondément l’injustice en voyant mon frère se faire ridiculiser ou bardasser et je ne comprenais pas pourquoi ça arrivait.»

«Je peux aussi dire qu’il m’a appris très jeune le sens des responsabilités. Je ne l’ai pas élevé, bien sûr, ce sont mes parents qui l’ont fait, mais à l’école, j’étais là, comme grand frère. Ça m’a fait gagner rapidement en maturité.»

Lancé sur ce sujet, ce père de trois enfants nés de son union avec la Shawiniganaise d’origine Éveline Gélinas, est décidément intarissable et d’un enthousiasme que son débit rapide trahit. «Si je suis acteur, je pense que ce n’est pas étranger à la présence de mon frère dans ma vie. Un acteur est quelqu’un qui se nourrit des gens autour de lui. Ça prend un intérêt naturel envers l’autre et le monde dans lequel on vit.»

Comme bien des artistes, il est fasciné par l’extraordinaire pureté dont font preuve les gens souffrant de déficience intellectuelle dans leur expression artistique. «C’est vrai que comme acteur, on est constamment à la recherche d’une certaine pureté de l’émotion qui donne de la vérité à ce qu’on joue. Or, ces gens-là l’ont naturellement. Ils ont une spontanéité extraordinaire. À l’école secondaire, j’ai été moniteur d’improvisation auprès de cette clientèle et j’ai tellement grandi là-dedans. C’était un gros défi mais les gratifications étaient formidables..»

«Les gens me félicitent pour mon implication mais il ne faut pas se tromper: je vais chercher beaucoup là-dedans.»

Des besoins

On ne peut s’impliquer aussi intensément sans être douloureusement conscient des besoins énormes dans un secteur où l’aide gouvernementale s’est effritée au cours des dernières années. «Depuis 2011, j’ai vu une évolution positive de la situation parce que je trouve qu’on en parle davantage et que la sensibilisation est importante. Par contre, Anik Larose, la directrice générale de la SQDI, me dit souvent que sur le terrain, il suffit de 5 secondes pour détruire des années d’efforts. Une réflexion, une phrase mal placée par une personnalité publique et il faut tout recommencer.»

«C’est vrai aussi pour les mauvaises décisions gouvernementales. Le gouvernement Couillard ne fait rien pour aider les OSBL et les organismes communautaires. Les intervenants se débrouillent avec rien. Je vois de l’ouverture de la part du public mais il faut aussi des moyens financiers et là-dessus, il y a d’immenses lacunes.»

Pour tout un chacun, le défi de l’intégration des gens atteints de déficience intellectuelle tient à des choses simples mais plus difficiles à réaliser qu’on ne le croit. «Il faut simplement faire preuve d’ouverture, plaide Vincent-Guillaume Otis. Il faut apprendre à les connaître. Le manque de connaissance de l’autre crée la peur et l’éloignement. La semaine québécoise de la déficience intellectuelle sert à ça.»

De nombreuses activités sont prévues dans l’ensemble de la province. On peut en savoir davantage en consultant le site www.deficienceintellectuelle.org.