Jean et Nicole Villeneuve, les parent de Denis, ont pu parler à leur fils quelques minutes à peine après qu'il eut appris que son film Arrival est finaliste dans huit catégories pour la prochaine remise des Oscars.

Villeneuve aux Oscars: céréales, champagne et brouhaha

La journée de mardi a commencé tôt chez les parents Villeneuve à Gentilly alors qu'ils ont appris quasiment en direct, vers 8 h, les huit nominations aux Oscars pour Arrival, le film de leur fils. Il n'a fallu que quelques secondes avant qu'ils ne reçoivent un appel de Denis pour leur annoncer la nouvelle.
«Je pense que je ne l'ai jamais entendu aussi excité», de rigoler son père Jean. «Il avait beau n'être que 5 h du matin à Hollywood, iI était en train de célébrer avec les membres de l'équipe du film qui travaille aussi sur la suite de Blade Runner. Il criait au téléphone: c'était l'euphorie dans la maison. Il disait qu'il trouvait étrange de manger pour la première fois des céréales tout en buvant du champagne!»
«On n'a pas pu lui parler très longtemps parce qu'il y avait tout un brouhaha chez lui, de relater Nicole Villeneuve, mère du cinéaste. On a quand même pu sentir toute son émotion. Même si ces derniers temps, il avait vu que son film se retrouvait parmi les favoris en vue des nominations, il ne s'attendait pas à autant. Je sais qu'il espérait beaucoup qu'Amy Adams soit également nommée comme meilleure actrice mais disons que c'est la seule petite ombre au tableau.»
«Denis estime que le film repose beaucoup sur les épaules de son actrice principale alors il avait bon espoir pour elle. D'un autre côté, il était très fier que plusieurs membres de son équipe québécoise soient mis en nomination dans différentes catégories. Ça lui tenait très à coeur parce qu'il n'aurait pas pu faire un aussi beau film sans l'apport des artisans d'ici.» 
Rappelons que parmi les huit nominations, on retrouve les noms de Patrice Vermette pour la direction artistique, Sylvain Bellemare pour le montage sonore, Bernard Gariépy Strobl et Claude La Haye, pour le meilleur mixage sonore.
À l'instar de leur fils, les parents Villeneuve n'avaient pas fixé un haut niveau d'attentes quant aux nominations pour les Oscars. «Évidemment, j'ai adoré son film, soutient sa mère, mais je n'ai pas les compétences pour juger de la valeur comparative de son film par rapport à d'autres. Évidemment, j'aimerais maintenant qu'il remporte des Oscars pour chaque nomination mais c'est certain que si je devais faire un choix, j'aimerais qu'il l'emporte comme meilleur réalisateur.»
«On est extrêmement fiers de lui, peu importe ce qu'il adviendra, dit son père. Il travaille vraiment d'arrache-pied sur chaque production et c'est extraordinaire de voir ses efforts récompensés de la sorte. Personnellement, j'ai aussi adoré le film: j'ai trouvé que c'est un film qui porte la marque de Denis. C'est peut-être son film américain qui lui ressemble le plus. Contrairement à beaucoup de productions du genre, ce n'était pas violent mais il a su créer une atmosphère envoûtante qui semble avoir plu au public comme aux critiques.»
En seulement quatre films à Hollywood, Denis Villeneuve semble avoir imposé non seulement son style mais sa façon de faire. «Il est très reconnaissant que les producteurs de là-bas lui laissent autant de liberté, raconte le paternel, mais il leur a donné raison. Ses films ont eu du succès. Il nous racontait qu'à partir d'un budget initial qui tournait autour d'une cinquantaine de millions de dollars, je pense, il avait insisté pour diminuer les dépenses et avait réussi à compléter le tournage d'Arrival pour 17 millions $ grâce au savoir-faire des différents artisans du film. Avec ce que le film a rapporté jusqu'ici, Denis devient d'autant plus précieux pour les producteurs. Je pense vraiment qu'il s'est forgé un statut particulier à Hollywood.»
Dans l'énervement de la nouvelle, les parents Villeneuve n'ont pas planifié définitivement comment ils vivront la soirée des Oscars le 26 février mais ils ont déjà une petite idée. «Lors de la nomination d'Incendies comme meilleur film en langue étrangère, se souvient Jean Villeneuve, Denis nous avait déconseillé d'y aller parce qu'il n'y a rien de prévu pour les invités des gens en nomination. Il n'aurait probablement même pas eu le temps de nous voir. Ce sera sans doute encore pire cette fois-ci; on va plutôt regarder ça à la télévision.»
«Il y avait eu une cérémonie extraordinaire à Gentilly lors de sa première nomination, dit Nicole Villeneuve, mais comme je suis timide, j'ai trouvé un peu difficile de répondre à toutes les sollicitations des médias. Cette fois, je préférerais peut-être vivre ça plus discrètement. Si on pouvait écouter ça en famille, ce serait l'idéal.»
«Nous sommes évidemment tous très fiers de Denis, mais il y a aussi Martin qui pousse derrière son frère et nous sommes tout aussi fiers de nos deux autres enfants qui réussissent très bien chacun de leur côté. Nous sommes tous excessivement heureux pour Denis mais ça reste son succès à lui et personne n'a envie d'en tirer la moindre petite gloriole personnelle. J'apprécie cela.»
Mme Villeneuve souligne même à quel point Denis ne fait pas de sa carrière hollywoodienne une si grosse affaire. «Quand on l'a vu à Noël, c'est à peine s'il nous a parlé de Hollywood et des gens qu'il côtoie. J'aurais aimé lui parler de sa relation avec Harrison Ford avec qui il a tourné l'automne dernier parce qu'il était l'interprète de ses films fétiches d'enfant: Star Wars et Indiana Jones, mais ce n'est même pas venu sur le sujet. Simplement, l'autre jour, dans un courriel, il m'a raconté que quand il a soupé avec lui, la rencontre qui devait durer 1 h 30 a finalement duré 5 heures. J'ai compris qu'il s'était bien entendu avec le héros de son enfance.»