Happée par les impératifs du confinement, Valérie Carpentier en profite pour peaufiner les chansons d’un troisième album.
Happée par les impératifs du confinement, Valérie Carpentier en profite pour peaufiner les chansons d’un troisième album.

Valérie Carpentier: le constant apprentissage

TROIS-RIVIÈRES — Il semble qu’il y avait bien longtemps qu’on avait eu des nouvelles de Valérie Carpentier alors qu’en fait, elle était sur une scène trifluvienne encore à l’été 2018. Ce n’est pas si loin mais la notion de temps est devenue si floue depuis quelque temps...

On aurait revu l’auteure, compositrice et interprète au FestiVoix l’été prochain n’eût été d’une certaine pandémie. La jeune femme s’en désolait amèrement au bout de la ligne. Elle avait particulièrement hâte à ce spectacle-là comme aux autres qui se sont effacés de son calendrier. «Oui, c’est vraiment très dommage. J’avais une autre visite dans la région avec un spectacle au Magasin général Le Brun le 1er mai. Ça me fait de la peine parce que je sentais que j’étais dans une belle envolée avec ma nouvelle pianiste Joannie Bourdeau. Je trouve que c’est très intéressant ce qu’on fait ensemble.»

L’année avait pourtant bien commencé avec, notamment, un projet exceptionnel: un concert tout Plamondon présenté avec l’OSM, à la Maison symphonique, s’il-vous-plaît, par trois fois en février. La Péradienne d’origine y interprétait Call Girl parmi une sélection de ce que la chanson québécoise a de plus intéressant à offrir en termes de voix féminines actuellement: Ariane Moffatt, Martha Wainwright, Safia Nolin, Betty Bonifassi, Catherine Major, Marie-Pierre Arthur, Beyries...

«C’était une première fois pour moi de chanter avec un orchestre symphonique, c’était vraiment hot.» Mais pas évident au départ. Valérie Carpentier était intimidée, elle ne s’en cache pas. «On reprenait la trame musicale du spectacle du Cirque du Soleil qui avait été présenté à Trois-Rivières mais des changements avaient été apportés et on était quelques-unes à interpréter des chansons nouvelles pour nous.»

«Ç’a été difficile de trouver la façon juste de chanter Call Girl alors que ça me ressemble si peu. La musique, ça allait, mais c’était l’attitude à adopter sur scène qui m’embêtait. Je me disais que je n’arriverais pas à être crédible. Le premier soir, j’avoue que j’étais un peu submergée par le stress mais les deux soirs suivants, je me suis laissée emporter par la musique en me branchant sur la magie de ce spectacle à grand déploiement.»

La jeune femme a ainsi chanté devant Céline Dion, qu’elle n’a pas vue mais qui assistait à une des représentations. Elle a aussi tâté de la haute couture puisqu’elle portait sur scène une création de Marie Saint-Pierre. Plamondon lui-même l’a rassurée: d’abord parce qu’il a adoré le spectacle mais aussi avec une anecdote qui crée un lien avec son idole de jeunesse Diane Dufresne. «Il m’a raconté que la chanson avait été offerte à Diane Dufresne à l’origine et que celle-ci l’avait refusée pour la même raison qui m’embêtait: elle ne voyait pas comment s’approprier le personnage pour la chanter. Ça m’a fait du bien de partager ça avec elle et de voir qu’une aussi grande interprète pouvait avoir ce genre de doute.»

Ainsi va la carrière de cette jeune femme pour qui chaque nouvelle expérience constitue un gros apprentissage. Plusieurs diront que c’est le propre d’une carrière artistique, d’apprendre constamment, mais tous les parcours ne se ressemblent pas. Sa carrière à elle a débuté officiellement à seulement 19 ans, propulsée par une catapulte qui s’appelle La Voix qui ne lui a pas laissé le choix d’apprivoiser les rudiments du métier avant de le pratiquer au tout premier plan. Elle ne s’en plaint pas, c’est son destin. Pas toujours facile à gérer, c’est vrai, mais ainsi va la vie.

La création

Il reste que la crise de la COVID-19 a imposé son frein qui implique une saine remise en question pour la chanteuse, auteure et compositrice de 26 ans. «Ça fait un bout de temps que je travaille sur mon troisième album et ça fait plusieurs fois que les échéances sont repoussées. Ça fait ressortir à quel point je n’ai pas de contrôle sur ma carrière et ça pesait un peu sur mon moral. Quand le confinement est arrivé, j’avoue que ça faisait mon affaire. J’avais besoin d’un petit temps d’arrêt pour faire le point dans ma vie.»

«La première semaine, c’était bien mais c’est rapidement devenu difficile. Après un mois, je trouvais ça vraiment, vraiment long.»

À la frustration a succédé une sorte de rage de vivre qui l’anime à présent. «Je sens une urgence d’en faire quelque chose de productif. Je travaille sur l’album, à l’écriture. On avait pas mal établi le plan avec les chansons choisies mais là, je m’y replonge puisqu’avec la crise sanitaire, on sait encore moins quand ça pourra se faire, finalement.»

C’est l’écriture qui l’absorbe le plus. Depuis Pour Rosie, sortie en 2016, qui se voulait une grande métaphore sur les pièges de la superficialité, elle a changé d’orientation. «Ma participation à Notre-Dame-de-Paris a constitué une sorte d’épiphanie. J’y ai découvert l’importance de dire les choses directement, de s’impliquer plus intimement dans les textes. Mon écriture a changé à partir de là.»

«Je cherche moins le second degré qui peut être une façon de se cacher. J’ai compris qu’il me faut exposer ma vulnérabilité même si c’est difficile parce que ça fait peur. Ça n’empêche pas la poésie, les images fortes, les jeux de mots que j’aime toujours beaucoup. J’essaie d’écrire de façon plus intelligente, plus inspirée, plus vraie.»

«Pour la première fois, je sens que l’écriture me libère, qu’elle me fait du bien. De plus, je peaufine, je travaille à faire sonner les paroles sur la musique en les liant le plus étroitement possible au phrasé musical pour l’accentuer. C’est un défi très stimulant.»

Le mouvement s’inscrit en parallèle d’un autre travail de raffinement, au niveau de l’interprétation, celui-là. La chanteuse se dit plus préoccupée par la technique. «Je chantais avec la volonté d’exprimer une émotion. Là, je travaille des aspects techniques qui, quand ils sont maîtrisés, font ressortir l’émotion. Je pense à la justesse de la voix, par exemple. Quand elle devient un instrument parmi d’autres pour faire sonner un accord, ça crée une beauté en soi qui génère l’émotion.»

«J’aime l’imperfection du chant qui révèle l’intériorité de l’interprète mais je m’aperçois que je dois la marier avec mon souci de perfection. Il faut trouver le juste équilibre entre les deux. C’est ça que je découvre et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai hâte de retourner sur scène pour y travailler.»

Seulement, ce n’est pas pour tout de suite. «J’ai parlé à Renée Martel récemment. Depuis qu’on a travaillé ensemble (en 2015, pour le spectacle C’est mon histoire), elle est devenue un peu ma grand-maman d’adoption. Elle n’est pas très optimiste. Elle pense que ça va prendre du temps. Et quand les salles vont rouvrir, on peut croire que les artistes les plus connus vont être privilégiés histoire de ramener le public dans les salles. On verra. Ce qui est sûr, c’est que, comme elle le dit, on fait de la musique pour le monde. On a besoin d’eux.»