Enjouée, proche de ses émotions, Serena Ryder veut faire de son spectacle trifluvien du 1er novembre une rencontre intime avec un public qu’elle ne connaît pas.

Une star «ben ordinaire»

TROIS-RIVIÈRES — Quel besoin a une star internationale de la magnitude de la Torontoise Selena Ryder de venir offrir un spectacle dans une petite ville de province comme Trois-Rivières? «Celui de rencontrer un public que je ne connais pas et que j’ai négligé à travers les années», répond-elle. Voilà une bien gentille attention et un rendez-vous pour le 1er novembre à 20 h à la salle Thompson.

Elle se demande aussi si ça ne tient pas à ses propres origines. «Vous savez, je viens d’un petit village d’un millier d’habitants du nom de Milbrook en Ontario. Dans les petits endroits, on sent davantage l’esprit de communauté que j’apprécie beaucoup. Les gens y sont généralement plus ouverts et portés à faire confiance. Cela dit, pour avoir joué quand même plusieurs fois à Montréal et Québec, j’ai été frappée à quel point le public québécois est chaleureux et respectueux envers les artistes. Depuis la scène, on sent très fort que les gens viennent au spectacle pour apprécier de la musique et c’est très flatteur. C’est nettement différent des publics du reste du Canada ou des États-Unis.»

L’auteur, compositrice et interprète a inscrit cette soirée dans sa tournée de l’album Utopia, son dernier, datant du printemps 2017. Il sera donc l’axe central du spectacle puisque c’est la musique qui est encore la plus proche de la femme de 35 ans qu’elle est. Elle ouvrira néanmoins le livre de son répertoire aux Trifluviens pour butiner dans ses plus gros succès. «Comme on ne se connaît pas beaucoup, c’est la moindre des choses que je présente quelques chansons plus vieilles au public de chez vous. On va venir en trio avec un guitariste et un batteur mais je compte faire la première partie seule avec ma guitare comme je le faisais dans les dix premières années de ma carrière. Ça ramène les chansons à leur plus pure expression.»

«En fait, j’ai tellement chanté longtemps dans cette formule très dépouillée que c’est devenu comme une deuxième nature. Curieusement, j’y suis extrêmement à l’aise même si ça crée une rencontre très intime avec le public. J’ai passé le stade d’être intimidée par ça. Même que c’est ce que je préfère parce que c’est là que je sens le plus les spectateurs et que je retrouve le mieux l’essence de mes chansons. Je les livre avec une plus grande sincérité et c’est ce pour quoi je fais de la musique.»

Il y a dans son discours une maturité qu’on n’attend pas forcément d’une star de 35 ans mais on ne s’attend pas non plus à ce qu’une femme de cet âge ait déjà 18 solides années de métier à son actif. «De la maturité? Je ne sais pas. C’est clair cependant qu’avec les années qui passent, on grandit. À 35 ans, musicalement, je peux affirmer que j’ai trouvé mes marques, mes interprétations sont plus dynamiques sur scène et globalement, je dirais que je suis beaucoup plus étroitement en contact avec le public qui m’écoute. J’ai plus d’empathie; jusqu’à la compassion, je dirais même, parfois.»

«Vous savez, l’âge ne veut pas dire grand-chose. La maturité, c’est plus une question d’apprendre quelque chose des expériences que nous vivons. Au fond de nous-mêmes, on reste toujours simplement des enfants, non?»

Ce spectacle du 1er novembre demeure celui d’Utopia, un album qui explore toutes les émotions qui ont habité son auteure pendant leur confection. Il a été réalisé alors qu’elle vivait une période particulièrement belle de sa vie. «Les choses n’ont pas tellement changé depuis mais vous savez, même quand on est heureux, la vie est faite d’émotions qui sont parfois contradictoires et certainement complexes. Il en est ainsi pour chacun d’entre nous et c’est pourquoi je pense que je peux rejoindre beaucoup de gens avec cet album. Je trouve que j’ai assez bien su traduire ce que je vivais à ce moment.»

Les chansons ont aujourd’hui un an et demi de vie sur scène mais la chanteuse affirme qu’elles n’ont pas tellement changé dans l’interprétation qu’elle en donne. «L’album a connu du succès et elles m’ont procuré beaucoup de bonheur, certaines accédant à de belles positions dans les palmarès. C’était très excitant. Pour chacun des albums que j’ai réalisés depuis que j’ai commencé à 15 ans, il y a eu des chansons qui ont eu du succès et je suis toujours tombée en amour avec elles à force de les chanter. Ç’a été le cas avec Utopia; je pense notamment à Got Your Numbers qu’on a vraiment énormément de plaisir à jouer en spectacle et qui a atteint le statut de chanson d’or dans les ventes, ce dont je suis très fière.»

«J’ai encore l’impression que c’est un album tout neuf en comparaison de chansons que je chante depuis de nombreuses années, alors ça confère aux pièces qui le composent une fraîcheur particulière.»