Le duo Mélisande [électrotrad] est formé d’Alexandre Degrosbois-Garant et de Mélisande. Ils présenteront leur musique électrotrad au Salon Wabasso du Trou du diable le 7 décembre.

Une sauce inédite pour le trad

TROIS-RIVIÈRES — C’est à une découverte tout à fait étonnante qu’est convié le public au Salon Wabasso du Trou du diable le 7 décembre prochain alors que se produira Mélisande [électrotrad] un duo qui, comme son nom l’indique, amène le néo-trad dans une zone jusqu’ici, du moins à notre connaissance, inexplorée.

De l’électro et du trad qui se confondent dans une même musique: eh oui, c’est bien ça. Le résultat est certes étonnant, mais beaucoup moins incongru que ne le suggère la première impression. Les deux se marient dans une harmonie qui donne à la musique traditionnelle un visage rajeuni tout en lui conservant son sens premier.

«C’est de l’innovation dans la manière, mais pas dans le fond, explique Mélisande qui forme le duo en compagnie d’Alexandre Degrosbois-Garand. À mes yeux, la chanson traditionnelle reste intemporelle même si on lui donne une forme nettement plus actuelle. C’est la raison pour laquelle on a conservé les airs et surtout les paroles originales. Quand on s’arrête au texte de Amusons-nous jeunesse, par exemple, on s’aperçoit que le propos est de tout temps. On dit aux jeunes de s’amuser parce que la jeunesse ne dure pas toujours. Au fond, la vie n’a pas tant changé à travers les siècles.»

Il convient de glisser un mot du processus de création qui a donné naissance à Les myriades, troisième et plus récent album du duo sorti en septembre dernier. Les deux protagonistes ont fait une véritable recherche ethnologique en parcourant des municipalités situées le long de la rivière Richelieu pour y rencontrer des personnes âgées et enregistrer leurs chansons traditionnelles.

«On est allés dans des centres d’hébergement, des réunions de la FADOQ, dans des locaux de la Légion canadienne, des soupers communautaires, raconte la musicienne. On leur expliquait notre démarche et on enregistrait leurs chansons, mais aussi, on parlait de leur vie, de la place que la musique occupait dans leur famille, etc.»

Par la suite, les deux musiciens ont exposé ces trouvailles à leur processus créatif pour leur donner cette forme résolument moderne tout en conservant aux œuvres leur essence par les textes, mais aussi les rythmes entraînants.

«La plupart de ceux qui nous ont donné des chansons ont entendu le produit final et la plupart étaient très contents du résultat. Certains étaient même très émus. Je pense à un monsieur qui nous disait que c’était la chanson de sa grand-mère et qu’à travers notre version, celle-ci revivait; il en avait les larmes aux yeux. Je suis encore épatée de constater à quel point les personnes âgées apprécient notre approche électro. Ces gens-là aiment groover! J’ai dû parfois insister pour qu’on puisse se produire dans des centres d’hébergement pour personnes âgées parce que la direction ne pensait pas que ça pouvait plaire aux résidents. Moi je dis qu’il faut les laisser décider par eux-mêmes et franchement, la réception est excellente.»

Il faut certes entendre le travail de Mélisandre [électrotrad] pour se faire une idée, mais il est indéniable que l’exercice est non seulement intéressant, mais plutôt convaincant.

«Je ne dis pas que nos dernières chansons sont parfaites, mais je suis pas mal satisfaite de ce qu’on a réussi à faire. On demeure fidèles aux chansons traditionnelles tout en l’étant aussi aux tendances de la musique électro. On y utilise beaucoup de ce qu’on appelle en anglais le tension and release par lequel on fait durer assez longtemps une tension musicale qui trouve finalement sa résolution dans une reprise d’un rythme appuyé. Franchement, ça fonctionne vraiment bien. Je trouve aussi qu’on conserve au tout un format assez pop. On a d’ailleurs privilégié les chansons aux pièces instrumentales.»

En spectacle, Mélisande affirme que la recette est diablement efficace. «On voit bien que les gens tapent franchement du pied et sont sensibles à la rythmique. On fait des spectacles un peu partout à travers le monde et en général, les gens dansent plus sur notre musique outre-frontière qu’au Québec. Ici, le trad est encore un peu condamné à être joué au temps des Fêtes et à la Saint-Jean alors qu’ailleurs, c’est considéré comme de la musique du monde qui se joue n’importe quand. En Australie, notamment, les gens adorent ce qu’on fait.»

Le duo ne désespère pas d’en arriver à susciter la même irrésistible envie de danser ici.

«Quand le feu pogne dans la salle, on est comblés, et on pense que c’est ce que ça devrait provoquer. On va participer prochainement à des événements de promotion à New York et à La Nouvelle-Orléans, mais on tient à poursuivre la démarche ici. On est précurseurs d’un genre auquel on croit profondément.»

On peut se familiariser avec leur musique en allant voir leurs vidéos sur YouTube ou, mieux encore, en allant les voir au Trou du diable le samedi 7 décembre.