Lenny Kravitz a offert tout un spectacle pour sa première visite à Trois-Rivières, samedi soir.

Une première visite réussie pour Lenny Kravitz

TROIS-RIVIÈRES — Pour une première visite à Trois-Rivières, Lenny Kravitz a su livrer la marchandise. Après être resté un peu timide pendant la première partie de son spectacle, samedi soir, à l’Amphithéâtre Cogeco, la vedette mondiale du rock s’est manifestement laissée charmer par le chaleureux accueil du public. Ce dernier en a assurément eu pour son argent... tout autant que Lenny.

Le spectacle a commencé sans crier gare, alors que Kravitz a ouvert le bal sur un retentissant We Can Get It All Together, suivi de son succès Fly Away, dominant ses musiciens et la foule depuis une estrade à l’arrière-scène. Le guitariste est toutefois descendu de son perchoir pour enchaîner Dig In et American Woman - avec un joli jeu d’éclairage rouge, blanc et bleu -, à la fin de laquelle l’artiste et sa bande ont sorti l’artillerie lourde: deux saxophonistes et un trompettiste. A suivi une vibrante adaptation de la pièce Get up, Stand up, de Bob Marley, cette fois avec des spots aux couleurs du drapeau de la Jamaïque. 

Ce n’est que là que Kravitz a pris le temps de s’adresser à son public qui, mentionnons-le, a boudé les sièges de l’amphithéâtre, préférant rester debout pour vivre cette expérience que l’on promettait d’être historique. Disons que ceux qui préféraient rester assis ont dû se résoudre à se lever ou à contempler le dos des spectateurs de la rangée d’en avant pendant plus de deux heures. 

Une promesse

«Bonsoir mes amis. Ça va? Parfait!»

Quelques mots en français, les seuls prononcés dans cette langue au cours de la soirée outre quelques «merci», mais nul ne s’attendait à une démonstration de la maîtrise de Kravitz de la langue de Molière. La maîtrise de la guitare et de la voix étaient au rendez-vous, alors que demander de plus?

«C’est ma première fois ici, non, de demander la vedette, en anglais cette fois-ci. La première, mais pas la dernière!»

Après un court monologue sur les difficultés de la vie et le fait que nous devrions être reconnaissants pour chaque jour que nous vivons, Lenny repart en musique, plus doucement, avec Fields of Joy. S’en suivent deux autres pièces qui déménagent un peu plus, avant de glisser dans la portion sentimentale du spectacle, avec une alternance de ballades et de pièces au style plus disco (Stillness of Heart, It Ain’t Over Till Its Over, Can’t Get You Off My Mind, pour ne nommer que celles-là). 

Le rock est revenu en force dans la dernière partie du spectacle, avec des pièces plus musclées, comme Mr. Cab Driver et Bank Robber Man. La bassiste Gail Ann Dorsey est brièvement sortie de son coin pour rejoindre Kravitz et son guitariste Craig Ross à l’avant-scène. Le groupe a ensuite déserté les lieux en un clin d’oeil, ne laissant planer aucun doute sur l’éventualité d’un rappel. Les musiciens ont probablement profité de ces quelques minutes non pas pour écouter leurs fans les supplier de revenir, mais pour souffler, puisqu’il n’y a eu à peu près aucun moment de battement dans le spectacle. 

Le rappel s’est concrétisé avec Here To Love, Lenny accompagné simplement de son claviériste, avant d’être rejoint par des choristes. La soirée s’est terminée sur une magistrale Let Love Rule, lors de laquelle le rockeur en a profité pour prendre un bain de foule, tout en mettant à contribution la voix de ses spectateurs sur le refrain, encore et encore. Gageons que plusieurs admirateurs de Kravitz n’auraient jamais pensé le voir d’aussi près. Une belle attention pour un public qui a, il faut le dire, été bien généreux. Après cette virée, encadrée par plusieurs gardes du corps, l’artiste est remonté sur scène pour clore cette soirée, retirant seulement ses emblématiques verres fumés alors qu’il regagnait les coulisses. 

Pas de tape-à-l’oeil

En arrivant à l’amphithéâtre, Lenny Kravitz amenait avec lui cinq autobus de tournée pour transporter son équipe et 10 semi-remorque pour trimbaler l’équipement. C’est toutefois à se demander ce que transportaient vraiment ces derniers, puisque, outre l’éclairage - qui a été, soulignons-le, savamment employé - le décor de la scène était somme toute assez modeste. La pièce maîtresse était deux espèces d’excroissances en forme de cornes, dont l’utilité semblait se limiter à mettre Kravitz en valeur lorsqu’il se tenait sur son estrade à l’arrière-scène. Pour le reste, le décor était assez sobre, avec quelques motifs à l’esthétique africaine. On est loin des murs de hauts-parleurs qu’affectionnent plusieurs groupes rocks. 

Cela dit, ces artifices n’étaient pas nécessaires pour faire vibrer l’Amphithéâtre Cogeco. D’une manière ou d’une autre, Lenny Kravitz a su ravir son public, par sa présence et son jeu. L’artiste a une énergie qu’il parvient encore à transmettre après autant d’années, sans non plus tomber dans le tape-à-l’oeil. Et côté son, rien à redire, si ce n’est de la guitare de Ross un peu agressante sur deux pièces. 

C’était la première fois que Lenny Kravitz venait à l’Amphithéâtre Cogeco. «La première, mais pas la dernière», a-t-il promis. Espérons qu’il tiendra parole.