Le trio De temps antan, formé, de gauche à droite, de Pierre-Luc Dupuis, David Boulanger et Éric Beaudry, présente son plus récent album intitulé Consolez-vous.

Une nouvelle vision de la tradition

TROIS-RIVIÈRES — La musique traditionnelle n’est plus ce qu’elle était: elle a pris de l’expansion, se promène dans toutes sortes de chemins, se pare d’atours inattendus, puise dans tous les genres. Le nouvel album du trio De temps antan, Consolez-vous, est une fort éclatante illustration de cet état de fait.

Tout en explorant différentes avenues, les trois musiciens restent fidèles à la nature de la musique traditionnelle inscrite dans leur ADN. «On a 50 % des chansons de l’album qui sont carrément des reprises de chansons traditionnelles, calcule le Louisevillois d’origine Pierre-Luc Dupuis, résultats de longues recherches qui s’étalent sur une bonne année, si ce n’est pas plus. Le reste de la douzaine de chansons, ce sont des compositions mais qui ont aussi leurs racines dans la musique traditionnelle.»

Cet album marque un moment charnière dans la vie du groupe. Au début de l’année 2017, André Brunet, membre fondateur, a quitté le groupe en très bons termes puisqu’il a participé à ce nouvel album comme artiste invité. C’est David Boulanger qui a pris sa place avec Dupuis et Éric Beaudry. Mais comme le projet d’album était déjà sur le bureau pour le printemps et que le groupe a un horaire de tournées trop chargé pour espérer se libérer du temps pour enregistrer un album, Dupuis et Beaudry ont pris les devants et intégré le p’tit nouveau au processus. 

«C’est le quatrième album de De temps antan et on avait une forte pression de faire quelque chose de vraiment bien, explique Pierre-Luc Dupuis. C’était l’occasion de marquer notre nouvelle identité de groupe en présentant du nouveau bagage. On a choisi de s’approprier la réalisation de l’album, une première pour nous, tout en laissant à notre collaborateur Éloi Painchaud le soin de faire le mixage.»

«Il faut dire, explique Éric Beaudry, que nous ne décidons jamais d’avance la forme précise de notre travail. On arrive avec des maquettes mais à partir de là, notre façon de faire, c’est de laisser aller notre créativité sans préciser à l’avance ce que donnera le produit final. Il y a toujours de l’exploration dans notre démarche et l’album le reflète particulièrement bien. C’est difficile de définir précisément Consolez-vous mais c’est clair qu’il y a toutes sortes d’influences perceptibles et ça nous plaît beaucoup. Une chose est sûre, c’est que même si on va dans plusieurs directions, notre groove caractéristique demeure là. En studio, on travaille toujours dans l’optique d’enregistrer la chanson en direct pour garder l’énergie de notre travail en trio.»

Malgré le marché qui se laisse tirer l’oreille, il est toujours important pour le groupe de Lanaudière de faire des albums. «C’est important pour le côté créatif. On fait énormément de scène à travers le monde, mais c’est essentiel de s’arrêter à certains moments pour se consacrer à la création. Un album reste une carte de visite importante qui montre au public où on en est dans notre cheminement.»

Un défi

C’est aussi l’occasion de se lancer des défis comme la chanson Quand le jupon dépasse axée sur un texte conté par la comédienne Debbie Lynch White. Un texte engagé, pourrait-on dire. «On sait que dans la chanson traditionnelle, il y a beaucoup de misogynie, explique Pierre-Luc Dupuis. Dans le contexte actuel, on trouvait important de présenter un point de vue nouveau. On a demandé à Josianne Hébert de répertorier des textes témoignant de misogynie dans des chansons traditionnelles et l’adaptation a été faite par Roxane Bouchard.»

«J’ai essayé de l’enregistrer moi-même, mais ce n’était tout simplement pas bon. On a demandé à Debbie et avec elle, dès la première prise, c’était parfait! Je trouve que c’est une prise de position qui était importante à nos yeux et qu’elle prend encore plus de force dans le contexte qu’on vit présentement avec les nombreuses dénonciations d’abus sexuels. Que cette dénonciation de la misogynie soit faite par un groupe de gars, ça donne encore plus de force.»

Les spectacles bâtis sur les chansons de ce nouvel album n’auront pas lieu avant le printemps puisque décembre sera consacré à ce qui pourrait devenir une tradition annuelle: le spectacle Solo dans lequel De temps antan partage la scène avec un autre leader de la musique néo-trad québécoise: Le Vent du Nord. «On l’a fait la première fois l’an dernier à la même époque, relate Éric Beaudry et ç’a été un gros succès. La demande est là et tant que ce sera le cas, ça va nous faire plaisir de le reprendre. Le plus étonnant, c’est que la demande est vraiment très forte à l’étranger, en Europe, notamment.»

L’Europe qui demeure, avec le Canada anglais, le principal marché pour le groupe qui a présenté pas moins de 160 spectacles l’an dernier, un rythme qu’il a cependant ralenti pour éviter une surdose de fatigue et d’éloignement des familles. Le succès ne justifie pas tout...