Les répétitions vont bon train pour l’Orchestre Pop de Trois-Rivières qui présentera son deuxième spectacle de la saison les 9 et 10 mars à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

«Une musique qui met de bonne humeur»

TROIS-RIVIÈRES — Le prochain rendez-vous de l’Orchestre pop de Trois-Rivières propose de transporter les spectateurs dans une période particulièrement riche, musicalement parlant, celle des années 30. Bien sûr, plusieurs styles musicaux ont fait la gloire de ces années sombres mais le directeur musical Michel Kozlovsky a choisi d’exploiter le filon swing qui se présente par des mélodies entraînantes. Ce cinquième rendez-vous, qui se déroulera à la salle Anaïs-Allard-Rousseau le 9 mars à 19 h 30 et le 10 mars à 14 h, en sera donc un qui ravive une joie légèrement (ou fortement, c’est selon) affectée par la température cruelle des derniers temps.

Sorties de cette glorieuse période, on retrouve des pièces de comédies musicales de Broadway, de Georges Greshwin, de Glenn Miller, de Duke Ellington, de Louis Armstrong et de Kurt Weill qui seront interprétées par la trentaine de musiciens sur scène. À eux se joindra la soprano d’origine trifluvienne Marianne Lambert qui posera sa voix sur une dizaine de chansons. «C’est une soprano qui est en pleine possession de ses moyens, elle a une carrière qui se développe très bien et, comme personne, elle est extrêmement professionnelle», vante M. Kozlovsky.

Encore une fois, l’orchestre honore le mot pop qui le constitue tout en permettant aux spectateurs de faire quelques découvertes. «Dans le programme, il y a à la fois des standards américains qu’on connaît et il y a aussi quelques pièces découvertes de Kurt Weill.» Ce bassin foisonnant de musique permet aussi de se replonger dans une période historique importante. «C’est étrange de penser que tout ce qui s’est fait durant la période du swing, c’est écrit pendant les périodes de grande dépression. J’aurais pu faire un concert complet avec des chansons écrites durant l’année 1930, le nombre de chefs-d’œuvre que le monde connaît est assez spécial. Donc, on va visiter un répertoire que tous les gens connaissent. Des pièces comme In the Mood, Little brown jug, Sing Sing Sing qui sont des grands standards de l’époque du swing. Mais ce qui m’intéressait en plus, c’était de voir ce qui se faisait en Europe pendant ce temps-là.»

C’est là qu’après quelques vérifications, Michel Kozlovsky a pu confirmer qu’une grande quantité de pièces écrites par l’Allemand Kurt Weill émanaient de cette époque. «On le connaît surtout par sa chanson Mack The Knife mais il en a écrit beaucoup d’autres et il les a écrites en français», explique le directeur musical qui a également sélectionné des pièces en anglais et en allemand de ce compositeur. «Ce sont toutes des mélodies extraordinaires. Les musiciens connaissaient Youkali qui est un pastiche de tango et, pour dire à quel point c’est un vers d’oreille, à la dernière répétition, nous l’avons jouée en dernier et, pendant que les musiciens ramassaient leur instrument, ils chantaient ce morceau à tue-tête. Je ne les avais jamais entendus chanter comme ça! C’est une musique qui met de bonne humeur.»

Les vers d’oreille peuvent d’ailleurs représenter une arme efficace en période trouble. «De tout temps, les dictateurs se sont méfiés des artistes particulièrement en musique car ils réussissent à travers un vers d’oreille à communiquer des paroles perfides et inquiétantes», raconte M. Kozlovski. «Ce n’est pas pour rien que Kurt Weill a dû fuir l’Allemagne. En écoutant sa musique on voit bien que c’est une critique des illusions que les politiciens essayaient de véhiculer.»

«La musique était étonnamment agréable. Ce n’est pas une musique inquiétante ou agressive. Les mélodies sont splendides mais c’est dans les paroles qu’on reconnaît qu’il y avait une inquiétude. Dans le cas de Kurt Weill, on note sa capacité à générer une mélodie très séduisante, mais vraiment séduisante, avec un accompagnement militaire.»