Le plongeur et cameraman Mario Cyr présentera un spectacle-conférence sur ses plongées en Arctique intitulé Les yeux de la mer le samedi 13 octobre au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières.

Une immersion dans la beauté absolue

TROIS-RIVIÈRES — Le cinéaste sous-marin Mario Cyr est absolument intarissable quand il parle de son métier et de l’environnement dans lequel il le pratique. Il vaut mieux puisqu’il s’est lancé dans une tournée de spectacles-conférences intitulés Les yeux de la mer et qui inclut une escale au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières le 13 octobre à 20 h.

Le spectacle est un Coup de cœur du diffuseur et on peut facilement imaginer pourquoi: sur deux écrans géants, les spectateurs pourront voir photos et films captés par le plongeur dans les eaux de l’océan Arctique. Des images somptueuses de rencontres avec un univers méconnu. «C’est vraiment une expérience immersive que je propose, sans jeu de mot, explique le plongeur. J’emmène les gens sous l’eau tout en leur expliquant comment on a fait pour tourner les images, les contraintes que ça implique et bien sûr, je leur donne de l’information sur les animaux que l’on filme.»

Qui sait que les ours polaires constituent une adaptation du grizzly à l’environnement arctique avec des poils non pas blancs mais translucides qui emprisonnent de l’air pour créer une couche isolante? Ou que la défense du narval est, en fait, une immense excroissance de sa canine gauche et qu’à travers des millions de cellules sensorielles, elle lui sert à détecter toutes sortes de perturbation, même lointaines, dans son milieu? Mario Cyr le sait. C’est le genre d’informations qu’il partagera avec son public en plus d’anecdotes de tournage et autres.

«L’océan est un monde fantastique dont on ne connaît pratiquement rien. On calcule qu’on n’a découvert que de 21 % à 23 % des espèces qui y vivent. Chaque année, on en découvre près de 150 nouvelles. Mais en même temps, on constate une extinction de masse de nombreuses autres.»

Comme tout est lié, il ne pourra pas ne pas aborder les changements climatiques et la pollution qui se manifeste désormais dans l’océan Arctique, un univers pourtant privilégié. «J’ai travaillé en Arctique depuis le début des années 90 et j’ai pu constater concrètement les changements qui y ont lieu. L’eau s’y réchauffe très rapidement avec des conséquences majeures sur la flore et la faune. À cause de l’épaisseur de la glace qui diminue très rapidement, ça rend nos conditions de travail de plus en plus difficiles. On ne peut plus aller là où on allait parce que la glace n’est plus assez épaisse pour soutenir le poids des motoneiges. C’est vrai pour nous comme pour les gros animaux. De plus, depuis cinq ans, on y trouve de plus en plus de plastique.»

Il se défend pourtant de faire la morale à ses auditeurs. «Moi, je suis simplement un témoin de cet environnement. Il n’est pas question de culpabiliser les gens et de leur dire comment vivre leur vie; il y en a assez qui le font. Je témoigne simplement de ce que je vois en Arctique, de la beauté incroyable de ce milieu sous-marin en me disant que de savoir que cette beauté est menacée, ça ne pourra que faire réfléchir les gens. C’est Cousteau qui disait que plus on connaît un animal ou un milieu, plus on l’aime et je suis bien d’accord.»

«Je ne suis pas non plus un savant et je ne m’aventure pas à élaborer des théories scientifiques. Par contre, ça fait quarante ans que je travaille avec des scientifiques et je peux servir de courroie de transmission entre eux et le public. C’est important de comprendre que tout est lié dans la nature et que le réchauffement plus rapide des pôles a des effets aux tropiques et partout sur la planète.»

L’homme aux 12 400 plongées est bien sûr un peu découragé de l’inaction des gouvernements et de certaines de leurs prises de position mais il affirme pourtant qu’il y a de l’espoir. «On a vu dans la campagne électorale que Québec Solidaire, qui fait de l’environnement une de ses priorités, attire beaucoup les jeunes. Lors de mes spectacles, je vois des grands-pères avec leur fils et leur petit-fils: la transmission se fait vers la jeune génération. Ce sont eux qui pourront changer les choses. On sait déjà que les changements climatiques vont faire très mal et qu’on ne peut pas y échapper mais on peut encore éviter le pire.»

Malgré l’urgence de la situation, on en est encore à l’étape de la sensibilisation. Mario Cyr a choisi de prêcher par la beauté de son sujet et la passion qu’il lui inspire. Qui sait si ce n’est pas l’approche la plus efficace?