Le chef attitré de l’OSTR Jean-Claude Picard (ci-contre) avait composé un programme intrigant pour le concert de samedi soir qui s’est soldé par une soirée de grand plaisir pour les spectateurs.

Une grande soirée plaisir à l'OSTR

TROIS-RIVIÈRES — Le chef Jean-Claude Picard a retrouvé son orchestre samedi soir à la salle Thompson avec un enthousiasme qui faisait plaisir à voir. Ainsi inspirés, les musiciens ont emboîté le pas pour offrir un très agréable concert à un public mystérieusement beaucoup moins nombreux qu’à l’habitude.

On parle de quelque 550 personnes, un chiffre comme la directrice générale de l’orchestre n’en a pas vu depuis au moins une douzaine d’années. Natalie Rousseau compte d’ailleurs travailler à comprendre ce qui a pu éloigner les mélomanes pour cette soirée. Certes, le programme mélangeant Stravinski, Prokofiev, Carl Philipp Emanuel Bach et Haydn pouvait sembler quelque peu disparate, mais le concert, on ne peut plus accessible, n’en a pas moins été d’une belle homogénéité marquée au sceau de la fantaisie, de l’humour, même, et de la virtuosité.

C’est peut-être le concert de la série principale qui reflète le mieux la personnalité du chef et directeur musical Jean-Claude Picard en ceci qu’il offrait de la musique russe, une œuvre pour flûte solo et un aspect de découverte pour le public. «C’est un de mes programmes préférés. Dans ces éléments du programme à première vue disparates, j’ai pris plaisir à montrer une ligne directrice qui les unissait. J’y fais des parallèles entre de grands compositeurs dont certains, plus actuels, qui abordent un langage d’une autre époque. Le plus important à mes yeux, cependant, c’est le fil qui unit les œuvres: l’esprit, l’humour, le petit sourire en coin présent dans chacune des pièces.»

À simplement voir le chef pratiquement gambader pour se rendre à son podium, on sentait bien qu’il puisait dans ses choix une énergie quasiment juvénile.

Il reste que ce concert intitulé Au gré des vents était aussi celui de la flûtiste solo de l’orchestre Caroline Séguin qui s’offrait son premier véritable solo depuis qu’elle a joint l’OSTR en 2002. Non seulement a-t-elle brillé dans ce Concerto pour flûte et orchestre en ré mineur wq 22 de Carl Philipp Emanuel Bach mais elle a demandé à réintégrer l’orchestre en seconde partie pour avoir le plaisir d’interpréter la Symphonie no 1 en ré majeur «Classique», opus 25, de Prokofiev, un monument pour les flûtistes. Cette œuvre qu’ils connaissent bien puisqu’on y puise des extraits d’une grande exigence qui sont des classiques des auditions d’orchestre, Caroline Séguin ne l’avait encore jamais interprétée. Elle s’est donc offert un double plaisir et une grande soirée, de celles qui marquent une carrière.

Elle a d’ailleurs semblé survoler la difficulté, dans le Bach, démontrant, dans un grand calme apparent, une grande maîtrise technique qui a, à juste titre, enthousiasmé les spectateurs.

Au terme du concert, elle semblait savourer chaque moment de cette soirée d’exception. «C’était un moment de grand plaisir. Quand, en deuxième partie, j’ai joué le Prokofiev, le stress était tombée et c’était vraiment que du bonbon. Il y avait du stress lors de mon solo mais je pense avoir quand même su être dans le moment présent et dans l’émotion. Je pense qu’à ce stade-ci de ma carrière, avec le bagage que j’ai, je suis en mesure d’apprécier pleinement des défis comme celui-là.»

Pour ce qui est de l’accolade qu’elle a faite au chef au terme de son solo, elle convenait qu’elle était particulièrement chaleureuse. «J’ai beaucoup de gratitude à son égard. Qu’il m’ait offert cette opportunité-là, ça me touche beaucoup et c’est un gros merci que j’ai voulu lui exprimer. D’ailleurs, c’est une des œuvres que j’aime le plus. C’était mon concerto quand j’ai fait mon concours au Conservatoire alors, c’était comme de boucler une grande boucle que de le jouer ici ce soir. En compagnie de Jean-Claude, avec lequel j’ai étudié et aussi avec mon orchestre, c’était encore mieux.»

Le chef a justifié son choix comme s’il s’agissait d’une évidence. «Je connais Caroline depuis plusieurs années pour avoir fait mon Conservatoire avec elle et je l’ai perdue de vue en allant en Europe. Quand j’ai auditionné pour l’OSTR, j’ai été subjugué par sa qualité de son, la qualité de son jeu, son calme, sa musicalité naturelle; ça m’a complètement séduit. J’avais très envie d’offrir ça au public de Trois-Rivières parce qu’il y a quelque chose de très spécial avec Caroline qu’on ne retrouve pas souvent chez les musiciens professionnels. Je la trouve magnifique.»

En offrant des visages inattendus de compositeurs connus, en faisant découvrir au public comment des génies du XXe siècle ont puisé une part de leur inspiration dans le baroque, en expliquant au public comment Haydn a su explorer les moindres recoins des strictes lois qui régissaient la composition à son époque pour y inscrire une fantaisie qui se retrouve chez Stravinski et Prokofiev deux cents ans plus tard, le chef a aussi fait œuvre quelque peu pédagogique. Comme une couche de plaisir supplémentaire pour les mélomanes. Et tout ça, dans le plaisir. Décidément, plus on découvre ce chef et plus on se dit qu’il a beaucoup à nous offrir.