C’est à une célébration de Noël touchant à quasiment toutes les cordes que maestro Raymond Perrin et l’OSTR avaient convié le public samedi soir pour le concert Noël au fil des siècles.

Une fête pour les oreilles et le cœur

Trois-Rivières — Rien de tel que la musique pour retrouver la magie de Noël. L’OSTR a fait plaisir à toutes sortes de public samedi soir en abordant la fête sous plusieurs formes musicales toutes plus réjouissantes les unes que les autres.

Lors d’une causerie tout juste avant le début du concert, maestro Raymond Perrin a non seulement avoué sa nervosité des derniers jours mais affirmé qu’elle était, à ce moment, nettement pire. Il aurait fallu des oreilles plus aguerries que celles de l’auteur de ces lignes pour déceler quelque problème que ce soit dans la direction du chef au cours de la soirée. Ce qui ne fait pas le moindre doute, c’est qu’il a offert à cette salle comble une soirée résolument festive et un divertissement de grande qualité.

L’aspect plus décontracté du concert s’est imposé d’emblée avec la première prestation offerte: des jeunes du programme BOUM pour Band Orchestral Urbain de la Mauricie, sont venus chanter deux pièces avec une candeur absolument craquante. Impossible de résister à leur charme et de ne pas être ému à imaginer l’ampleur de l’événement pour ces petits du primaire en provenance de quartiers défavorisés. En brisant le protocole qu’on associe souvent aux concerts symphoniques, ces jeunes ont contribué à leur façon à rendre la soirée plus agréable.

Avec l’Oratorio de Noël de Bach, l’orchestre a fait passer les choses à un autre niveau. Très à l’aise dans le baroque, le chef a offert une interprétation très enlevée tout en conservant la majesté de l’œuvre. L’ensemble Vocalys a été immédiatement mis en valeur démontrant une fois de plus sa qualité. Le chœur de vingt interprètes a été au premier plan pendant toute cette première partie montrant autant de souplesse que de rigueur.

Bien que disposé devant l’orchestre pour assurer une projection maximale, le chœur aurait gagné à se produire dans une salle à l’acoustique plus généreuse, une lacune dont on savait d’avance qu’elle serait impossible à combler. La salle Thompson n’offre aucune réverbération.

Il en aurait fallu davantage pour empêcher la beauté de s’exprimer. Brillants dans le Bach, touchants dans le Darke (une traduction de In the Bleak Midwinter) l’OSTR et le chœur invité ont réussi à se fondre de façon organique dans le très beau Candlelight Carol, de John Rutter. Vocalys a même séduit le public avec une pièce a capella, le O Magnum mysterium entendu pour la toute première fois à l’OSTR. Un chant serein et riche, propice à la réflexion.

La deuxième partie a mis en scène un chœur complet de quelque 90 chanteurs venus donner nettement plus de la nécessaire ampleur à l’oratorio de Berlioz L’enfance du Christ - L’adieu des bergers à la Sainte Famille. On a, par la suite, pu découvrir le conte Dans la nuit de Noël qu’on doit au maestro même de la soirée, Raymond Perrin. Une pièce intéressante et complexe qui a offert un tout autre visage de l’orchestre avec l’apport considérable de percussions de toutes sortes et des mouvements traduisant des atmosphères bien campées et nettement différentes les unes des autres.

Si le chœur a été en vedette, il faut souligner l’extraordinaire aplomb de la toute jeune soliste Émeraude Roy qui a prêté sa voix angélique au personnage d’une petite fille priant Jésus. La pièce n’avait été interprétée qu’en 1987 par l’OSTR et cette redécouverte était particulièrement réjouissante.

Un concert de Noël aussi festif aurait manqué d’émotion sans un apport de chants traditionnels et le rituel n’est jamais si émouvant que quand il inclut le Minuit chrétiens. On ne saurait dire si les musiciens ont eu autant d’émotions à l’interpréter que le public à l’entendre mais le moment était d’une très solennelle beauté rapidement effacée par une finale en chants traditionnels interprétés par le public. La fête, en somme.

Du plaisir, une salle pleine, des sourires, il n’en fallait pas davantage pour combler la directrice générale de l’orchestre Natalie Rousseau. «C’était vraiment une magnifique soirée. C’était un gros défi pour Raymond de diriger 150 personnes mais aussi pour l’orchestre qui ne pouvait pas s’en remettre totalement au chef comme il le fait habituellement. Les premiers pupitres ont eu à se coordonner entre eux et c’est une expérience intéressante pour eux. Mais en fin de compte, c’était une fête pour tout le monde et je crois que c’est ainsi que le public l’a vécu.»

Elle ne pouvait pas être indifférente à la très belle réaction du public devant la prestation des enfants du programme BOUM puisque c’est une initiative unique au Québec de la part d’un orchestre symphonique et une fierté personnelle.

«Au concert de février, on va présenter une dizaine de jeunes qui apprennent le violon et le violoncelle. Beaucoup de gens se sont informés sur ce programme et tout le monde se réjouit de voir que ces enfants ont accès à la musique grâce à nous. C’était aussi une préoccupation de Jacques Lacombe. La directrice à l’école St-Paul nous le dit: c’est plus que simplement jouer de la musique, ça change des vies.» Preuve que l’esprit de Noël sait se manifester de toutes sortes de façons.