Milky Chance, c’est Clemens Rehbein, extraordinairement charismatique. Tout tourne autour de lui, de sa voix plaintive, graveleuse et très expressive.

Une communion inhabituelle

TROIS-RIVIÈRES — L’Amphithéâtre Cogeco a clôturé sa saison extérieure en visant de nouveau la jeune clientèle avec le passage exceptionnel de la non moins exceptionnelle formation Milky Chance, de jeunes Allemands qui suscitent des passions sur la scène mondiale du folk.

À ma dernière présence à l’Amphithéâtre Cogeco, le 15 septembre, il faisait un très confortable 22° en fin de soirée. Il devait faire à peu près la même température lundi soir, mais en degrés Fahrenheit. Ça s’appelle l’automne et ça s’appelle le Québec. Merci pour les pare-intempéries.

Heureusement, le public était jeune, bien habillé et pour tout dire, il était venu entendre ce groupe qu’il aime et se foutait éperdument de la température. Peut-être même qu’elle ajoutait à l’aspect unique de l’expérience qui n’en sera que plus mémorable.

Notez, ça n’a pas tellement dérangé le frénétique Jeremy Loops qui a ouvert la soirée. À sa troisième chanson, il a quand même mentionné qu’il avait froid et qu’on ne connaît pas genre de température chez lui au Cap, en Afrique du Sud. On le croit volontiers et on l’envie. Cela dit, nous, nous avons de l’eau en abondance.

Et ses trois compères ont vraiment tout fait pour réchauffer l’atmosphère avec une musique extrêmement entraînante inspirée du folklore local avec des accents d’un peu partout, des effets électroniques et une attitude bon enfant parfaitement charmante. Irrésistible.

Il fallait qu’ils soient excellents pour se faire acclamer par un public qui appartenait entièrement à Milky Chance. On en a eu la confirmation quand les Allemands ont pris la scène d’assaut. Les sièges sont devenus quasiment encombrants.

Il ne suffit pas de dire que le public était gagné d’avance pour décrire l’atmosphère. On sentait une communion inhabituelle entre une foule venue vivre une expérience et un groupe pas encore blasé trop heureux de leur en procurer une.

On dit groupe mais Milky Chance c’est son chanteur Clemens Rehbein extraordinairement charismatique. Tout tourne autour de lui, de sa voix plaintive, graveleuse et très expressive. On l’a senti habité pendant tout le spectacle. Et tout simplement heureux d’être là.

Les quatre musiciens sont au beau milieu d’une grosse tournée nord-américaine éreintante avec son rythme de souvent quatre spectacles par semaine mais voilà, ils reprenaient le collier après une pause d’une dizaine de jours. Ils étaient en forme, la recharge bien complétée. Peut-être qu’au terme de la soirée, ils devront refaire le plein parce qu’ils se sont donnés à fond. En rappel, avec Stolen Dance et une Sweet Sun furieuse, ils ont fait un numéro du diable.

On l’a dit, pour le public, c’était une expérience à vivre. La musique de scène du groupe avait ce petit quelque chose qu’on ne retrouve pas sur les albums. C’était plus lourd, plus soutenu, moins propre. L’énergie de la rencontre venant jouer son rôle de carburant.

Ce qui peut étonner de Milky Chance, c’est que sa musique a quelque chose de très actuel, son succès en témoigne, tout en n’offrant rien de bien nouveau. Un son particulier offert par des arrangements où l’électronique vient remplacer certains instruments traditionnels, la voix de Rehbein, évidemment, lui donne du caractère et puis il y a ces accents reggae qui viennent donner un swing singulier au tout. Mais tout ça reste au service d’une musique qui ne révolutionne rien mais qui est vraiment bien construite, inspirée et qui a des accents de sincérité qui font vraiment du bien.

Milky Chance avait fait un malheur au Festival d’été de Québec il y a trois ans et le groupe est toujours en progression en termes de popularité. C’est une chance que l’équipe de l’Amphithéâtre leur ait mis le grappin dessus cette année parce qu’ils ne pourront probablement bientôt plus se les offrir, promis à des salles plus grandes et plus lucratives. «C’est l’avantage de les présenter pendant qu’ils sont encore accessibles, expliquait le directeur général de la Corporation des Événements Steve Dubé. S’ils ont aimé l’expérience et je pense que ce soir, ils l’aiment, ils vont peut-être être tentés de revenir dans le futur même à des conditions qu’on peut rencontrer.»

Il estimait à environ 2400 personnes la foule de lundi soir. Un succès indéniable à ses yeux dans un créneau qu’on est encore à développer.

Lui était heureux, le public en redemandait en hurlant sa joie et les gars de Milky Chance ont donné l’impression que dans le futur, ils vont peut-être se souvenir d’avoir passé une excellente soirée dans une petite ville québécoise au nom imprononçable.

Que demander de plus?