Valérie Carpentier

Un second tremplin pour Valérie Carpentier?

Trois-Rivières — La région l’a vue faire ses tout premiers pas dans le métier et redécouvrira Valérie Carpentier comme une interprète accomplie en septembre prochain lors de la présentation de la comédie musicale "Notre-Dame-de-Paris" à l’Amphithéâtre Cogeco du 30 août au 1er septembre.

Ce rôle arrive comme une bénédiction et à un excellent moment dans sa carrière. «Je tenais vraiment beaucoup à ce rôle-là, indiquait-elle en entrevue au Nouvelliste la semaine dernière. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’un défi de cette ampleur. J’avais déjà certains liens avec Luc Plamondon après ma participation à Stone comme interprète mais je suis passée par le processus des auditions et j’étais comblée qu’on m’offre le rôle de Fleur-de-Lys.»

Le défi arrive à point puisqu’à 24 ans, elle est différente de l’ingénue de son tout premier album ou même de la jeune interprète prometteuse qu’elle était du temps de La Voix. Plus affirmée, plus sûre d’elle, elle affronte les défis avec confiance et ouverture. Or, la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris n’est certainement pas le moindre.

«Je travaille comme une bonne élève, résume-t-elle avec un petit sourire qui montre bien tout le respect qu’elle voue aux gens qui montent cette production. J’ai eu une série de répétitions en studio avec Richard Cocciante peu après l’annonce de ma sélection pour le rôle de Fleur-de-Lys. J’ai été extrêmement impressionnée.»

«Ce qui m’a le plus marquée, c’est toute la passion et l’amour qu’il a pour son œuvre. Ça fait quand même plusieurs années que ç’a été écrit et il est encore complètement passionné. J’ai trouvé ça très hot, très inspirant. C’est comme ça qu’on devrait tous être dans la vie, je trouve.»

La psychologie

Avec lui, elle a pu explorer les méandres de la psychologie du personnage de Fleur-de-Lys,  une étape de son métier d’interprète qu’elle avait peu explorée jusqu’ici. «Il n’a pas simplement écrit des chansons à la pièce. Il sait très précisément ce qu’il cherche à mettre en lumière dans le cadre de l’histoire qu’il raconte et les thèmes abordés lui tiennent tous très à cœur alors, c’était passionnant à vivre.»

«Il faut dire que j’ai écrit beaucoup de mes chansons jusqu’ici dans ma carrière de sorte que j’ai été moins confrontée à l’idée de me mettre au service d’un auteur mais j’avoue que je trouve ça assez difficile. Il faut que je me mette dans la peau d’un personnage et que j’aille chercher des émotions qui ne sont pas les miennes. Heureusement, les thèmes abordés sont universels et intemporels. Nous y sommes tous confrontés encore aujourd’hui.»

Autre particularité d’un spectacle musical comme celui-là, c’est que, à l’instar de l’opéra, l’intensité dramatique est magnifiée. «Il y a quelque chose de très noble dans cette écriture. De mon côté, mon personnage connaît une évolution importante pendant le spectacle. Au départ, c’est une jeune fille naïve et romantique qui tombe amoureuse de son chevalier. Par la suite, elle entre en compétition avec Esméralda qui lui ravit son amour et à ce moment, c’est un sentiment de jalousie qui prend le dessus et même un désir de violence puisqu’elle veut la tuer. Disons que ce n’est pas un sentiment qui m’est familier.»

«Moi, si je perdais mon amoureux, je le laisserais aller mais je ne nourrirais pas des envies de violence comme Fleur-de-Lys le fait. Il m’a fallu aller chercher cette émotion-là. Je trouve que dans tout le spectacle, l’écriture est très puissante et la forme, très aboutie. La cohérence des personnages facilite l’interprétation.»

Cela la replonge dans des formations passées au niveau collégial, notamment, alors qu’elle a étudié au sein du programme d’interprétation en théâtre musical au Collège Lionel-Groulx. «J’ai déjà joué des rôles dans le passé mais maintenant, c’est professionnel. Jeune, je n’avais pas besoin de creuser parce que les émotions étaient à fleur de peau, immédiatement accessibles. Ma démarche d’aujourd’hui est plus le résultat d’une étude minutieuse. Je suis une observatrice dans la vie alors, j’applique à Fleur-de-Lys des choses que je vois des gens dans la réalité. Le fait d’avoir vieilli un peu change la nature de mon travail: je vais plus dans les détails et dans la précision pour que le personnage soit plus complexe et crédible.»

Valérie Carpentier n’a pas encore commencé les répétitions avec le reste de la distribution de cette nouvelle adaptation québécoise. Elle sera la petite nouvelle dans le groupe, les autres ayant presque tous déjà joué dans Notre-Dame-de-Paris. «J’ai simplement croisé d’autres membres de la distribution mais j’en connais certains. J’ai même déjà chanté avec Daniel Lavoie dans le cadre d’autres projets. La première fois que je l’ai rencontré, j’étais complètement intimidée J’ai quand même eu le courage de l’inviter à chanter avec moi, ce qu’il a fait en duo pour la chanson Los Angeles sur l’album L’été des orages. On l’a fait en studio mais aussi en direct sur scène et j’ai aussi chanté avec lui lors de spectacles de Noël. C’est devenu un simple confrère de travail, finalement. J’ai très hâte de travailler avec lui et les autres membres de la distribution.»

Fleur-de-Lys demeure un personnage secondaire avec seulement trois chansons sur l’ensemble et une interaction limitée avec les autres interprètes si ce n’est Phoebus, son amoureux, interprété par Martin Giroux. Le prestige du spectacle pourrait quand même offrir un nouveau tremplin à Valérie Carpentier pour consolider sa place dans le coeur du public.

Valérie Carpentier présente désormais des spectacles solo construits autour de chansons de ses différents albums.

Un nouvel album?

Notre-Dame-de-Paris arrive au meilleur moment pour Valérie Carpentier qui a complété le cycle des spectacles liés à son troisième album Pour Rosie, sorti en 2016.

Elle avait conçu, tant pour l’album que le spectacle, un personnage, Rosie, aux antipodes de ce qu’elle est elle-même. «Rosie était une fille extrêmement superficielle attirée par tout ce qui brille, par l’argent, etc. C’était un symbole de superficialité et j’avoue que c’est en spectacle que le concept marchait le mieux parce que j’avais une mise en scène à travers laquelle je me dévoilais finalement derrière le personnage.»

«Sur l’album, beaucoup de gens n’ont pas compris que c’était au deuxième degré. Plusieurs m’ont critiquée, notamment sur les réseaux sociaux parce qu’ils pensaient que j’exprimais mes propres valeurs. Malgré ça, j’ai beaucoup aimé le concept. J’ai eu beaucoup de plaisir à le créer et à l’interpréter. C’était quelque chose de créatif. Si certains n’ont pas compris l’idée, ça ne me dérange pas vraiment. C’est un peu mon métier d’essayer des choses, de prendre des risques. J’aime chanter, raconter des histoires alors je ne vais pas en changer.»

Quoi qu’il en soit, son personnage de Rosie est désormais mort et enterré. Elle sentait qu’elle en avait fait le tour. Désormais, les spectacles qu’elle présente en solo sont construits autour de chansons de ses différents albums. 

À l’heure actuelle, elle est plongée dans un processus de création puisqu’elle travaille sur un prochain album qui n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements. «J’ai commencé à écrire mais j’ai jeté quelques chansons jusqu’ici; je n’étais pas satisfaite. C’est un luxe que je peux me permettre à ce stade-ci parce que je n’ai pas encore d’échéance à respecter.»

Recueillie chez Production J au terme de son triomphe à La Voix, la jeune femme originaire de Sainte-Anne-de-la-Pérade a rompu les liens avec l’entreprise de Julie Snyder ces derniers mois. Elle a choisi Guy Ritchot comme nouvelle maison de gérance. Elle est présentement à la recherche d’une maison de disques qui voudra produire son prochain opus dont elle ne peut savoir à quel moment il sortira. On devine que ça devrait être quelque part en 2019.