La présentation de la conteuse en résidence à Saint-Élie a attiré plusieurs personnes jeudi. De gauche à droite, on retrouve Fred Pellerin, Françoise Crête, conteuse en résidence, Lucie Hamelin, représentante de la municipalité de Saint-Élie, Mo Carpels, directeur général du RCQ, André Racette, représentant du CALQ et Marie-Fleurette Beaudoin, coprésidente du RCQ.

Un retour à la maison

TROIS-RIVIÈRES — Après cinq ans, peut-on parler de tradition? Peut-être pas. Parlons alors de la résidence de conteur à Saint-Élie-de-Caxton comme d’une pratique récurrente. En 2018, c’est une conteuse qui demeurera dans le village pendant un mois et son nom est Françoise Crête.

Il s’agit d’un retour à la maison pour elle puisqu’elle est originaire de Grand-Mère même si elle habite désormais à Verchères. «Je suis née et j’ai grandi à Grand-Mère et je revenais régulièrement dans la région à l’époque où mes parents vivaient toujours. Je le fais moins depuis une quinzaine d’années mais sur la route pour venir ici ce matin, j’étais très émue. J’avais vraiment l’impression de revenir chez moi», confiait-elle jeudi matin à Saint-Élie où elle a été présentée aux médias.

Elle passera tout le mois d’avril dans le village où elle se consacrera à l’écriture d’un nouveau spectacle tout en arpentant régulièrement les rues de la municipalité tant pour s’aérer les neurones que pour rencontrer les citoyens. «Je suis quelqu’un de très sociable et les gens d’ici sont chaleureux et habitués aux conteurs. En arrivant ici, j’ai marché quelque peu et j’ai tout de suite senti que j’allais être bien à Saint-Élie.»

Elle présentera aussi un spectacle au Rond-Coin le 14 avril à 19 h 30. Elle interprétera non pas des extraits de son nouveau spectacle en devenir mais plutôt Esther, son dernier, qui raconte l’histoire vraie d’une jeune fille arrivée en Nouvelle-France et travestie en garçon pour survivre. Il se caractérise par un type de narration particulier qui fait appel au théâtre d’objets. Comme quoi, l’art du conte possède une large palette dont bien des facettes demeurent méconnues du grand public.

«Quand j’ai vu qu’il y avait cette opportunité de résidence à St-Élie, j’ai tout de suite su que j’étais tout juste mûre pour ça. Pendant un mois, on peut vraiment se consacrer à l’écriture et c’est un luxe rare. Pas de ménage à faire, pas de rendez-vous programmé; même qu’ici, parfois, on ne peut même pas recevoir d’appels sur cellulaire! Je n’aurai sûrement pas terminé mon spectacle au terme du mois, mais je vais pouvoir donner un bon coup.»

Des références
Elle a d’ailleurs fait ses devoirs en parlant aux quatre autres conteurs et conteuses qui ont séjourné à Saint-Élie lors des années précédentes. Sans compter que la présence de Fred Pellerin constitue une certaine inspiration pour elle. «Fred est un peu notre mentor, à nous, les conteurs. Évidemment, chacun a sa personnalité propre, mais moi, je recherche l’authenticité et Fred, on le sait, est très authentique.»

Pour ce qui est de son nouveau spectacle, le contexte l’éloignera de la Mauricie puisqu’elle l’imagine en Syrie.

«Je vais le situer dans un camp de réfugiés du Moyen-Orient autour d’une jeune fille. On va constater les graines de vengeance qui sont semées dans le cœur des gens mais il y aura toujours la grand-mère qui va raconter des contes de sagesse et de paix à sa petite-fille. Je ne donnerai pas de solution pour apprendre à vivre en paix avec son voisin mais je pense que ça va porter un éclairage là-dessus. C’est sûr, en tout cas, que ça va parler de la résilience des femmes.»

Cette résidence est sous l’égide du Regroupement du conte au Québec. L’organisme existe depuis 15 ans et se consacre à réunir les conteurs, à leur donner des structures et moyens pour exercer leur métier, notamment en faisant connaître l’art de la parole et en offrant toutes sortes de formations. D’ailleurs, si on se fie à Marie-Fleurette Beaudoin, coprésidente de l’organisme, le conte se porte bien à l’heure actuelle au Québec.

«Il reste des défis considérables à surmonter mais nous y travaillons. Les conteurs ont notamment besoin de se professionnaliser. On retrouve présentement une quinzaine d’événements annuels consacrés au conte à travers le Québec ce qui est impressionnant. Par contre, les conteurs ont de plus en plus besoin de faire de la scène dans différentes salles de spectacles en dehors des festivals spécialisés.»

Le RCQ travaille d’ailleurs présentement sur le projet d’un circuit de parole vivante. On y est aussi préoccupé d’ouvrir la porte aux conteurs originaires d’autres pays ou cultures. «On a le vent dans les voiles, de clamer la coprésidente, et c’est important pour que le milieu du conte rayonne comme il le mérite.»

Pour ce qui est de la résidence à Saint-Élie elle suscite assurément l’intérêt des conteurs puisque douze candidatures ont été présentées au jury du RCQ qui a opté pour le projet de Françoise Crête qui succède au duo des Prétendants.

En 2016, c’est Mafane, une conteuse de La Réunion, qui a exploré le rapport à l’autre dans son écriture. Avant elle, Saint-Élie avait accueilli Yves Robitaille alors que la toute première conteuse en résidence en 2014 avait été Claudette L’Heureux.

«Chaque conteur qui est passé ici a laissé des traces, a indiqué Fred Pellerin. Ils marquent le village. Je me souviens d’Yves Robitaille qui offrait une soirée de conte à la résidence pour personnes âgées les mardis. Il a même fallu chanter l’heure des bains parce que les résidents tenaient à être beaux pour sa visite.»