Graveur, poète, compositeur, Richard Séguin propose conjointement une exposition rétrospective de son travail de graveur à Shawinigan et nouvel album musical qui vient tout juste d’être mis sur le marché.

Un projet longuement mûri

TROIS-RIVIÈRES — C’est un curieux hasard qui fait que Richard Séguin présente conjointement une exposition de ses estampes au moment de la sortie d’un tout nouvel album original. Celui-ci est intitulé Retour à Walden - Richard Séguin sur les traces de Thoreau.

Il s’agit d’un projet ambitieux destiné, dans son ultime forme, à la scène en tant que théâtre musical. Le tout est inspiré d’un livre de l’Américain Henry David Thoreau: Walden ou la vie dans les bois écrit en 1854 et qui accompagne Séguin depuis des décennies. Le philosophe y raconte le séjour de deux ans qu’il a vécu isolé dans une cabane dans les bois. Il y expose ses pensées, observations, théories quant à la métamorphose qui peut s’opérer chez un humain par son contact avec la nature.

On ne s’étonne pas que Thoreau soit le père de l’idée de la simplicité volontaire comme il l’est de la désobéissance civile comme mode de revendication.

«J’ai toujours été très profondément habité par les propos de Thoreau et, je ne sais pourquoi, je n’ai jamais osé aborder Walden... pour m’en inspirer avant maintenant. Son propos est pourtant très actuel: il met beaucoup de l’avant les problèmes sociaux de son époque qui ne sont pas si différents de ceux qui sont criants aujourd’hui, comme les inégalités sociales. Lui propose la contestation pacifique. De nombreux mouvements sociaux majeurs se sont inspirés de ses idées à travers les derniers 150 ans au même titre que des gens comme Martin Luther King. J’aimais aussi le côté contemplatif de ses personnages auquel je m’identifie.»

Cela a inspiré 22 plages à l’auteur et compositeur, des chansons ainsi que des poèmes qu’il interprète lui-même dans certains cas mais qu’il a écrites spécifiquement pour trois autres interprètes pour les autres. Ceux-ci sont Jorane, Elage Diouf et le comédien Normand D’Amours. «C’est la première fois que j’écris pour d’autres de cette façon-là et je suis extrêmement fier du résultat. Chacun interprète trois chansons. L’inspiration vient de Thoreau, plusieurs chansons ont été écrites pour d’autres interprètes mais je pense qu’on reconnaît malgré tout ma signature derrière tout ça. Globalement, j’y ai consacré trois ans incluant une bonne période d’étude approfondie de Thoreau lui-même. Je me suis permis le luxe de prendre de longues pauses dans le processus de création pour me donner du recul. C’est rare qu’on puisse se le permettre.»

On parle d’un album concept d’une durée globale de 75 minutes qui rappelle certains microsillons des années 70 ou 80 où les compositeurs osaient se permettre d’ignorer les impératifs commerciaux au profit d’une œuvre consacrée à un propos. «Pour l’instant, la réception est très bonne et si les choses vont bien, j’aimerais beaucoup le monter au théâtre un jour.»

Richard Séguin va bientôt présenter l’album à Concord, au Massachusetts, ville d’origine de Thoreau où l’album sera déposé officiellement à la bibliothèque municipale.