Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil.

Un «projet fétiche» pour Daniel Lamarre

Après la première du spectacle Tout écartillé rendant hommage à Robert Charlebois l'an dernier, Luc Plamondon s'était retourné et avait placé sa main sur l'épaule du président et directeur général du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, en lui disant: «Après Charlebois, je ne sais pas trop qui vous pourrez prendre l'année prochaine».
Daniel Lamarre rigole en se rappelant ce souvenir, alors que quelques semaines plus tard, c'est chez Plamondon que son équipe allait téléphoner pour lui proposer le troisième opus de cette série Hommage du Cirque du Soleil.
Comme il l'a fait pour les deux spectacles précédents, Daniel Lamarre a joué une véritable partie de Tétris avec son horaire plus que chargé pour pouvoir être à la première du spectacle, ce soir à Trois-Rivières. Pour y parvenir, il a quitté la Chine mardi matin avant de faire un vol de 14 heures qui l'a ramené vers Montréal. C'est avec un décalage horaire de douze heures dans le corps qu'il assistera à Stone, mercredi, à Trois-Rivières. «Je ne sais pas dans quel état je vais être, mais j'y serai c'est certain», rigole-t-il au téléphone.
Ce qui est en train de s'installer à Trois-Rivières, évoque Daniel Lamarre, c'est plus qu'un happening, c'est pratiquement une tradition. Après trois ans et avec une vente de billets qui ne semble pas vouloir s'essouffler, le numéro un du plus grand cirque sur la planète ne tient pourtant rien pour acquis, que ce soit à Trois-Rivières, Las Vegas ou Shanghai.
«Nous sommes toujours nerveux à la veille d'une première. Tout le monde est confiant, mais nous arrivons toujours avec beaucoup d'humilité car rien n'est jamais gagné d'avance. C'est toujours l'enjeu pour le Cirque, en général. Le niveau de pression est toujours un peu plus élevé à chaque production que nous faisons», explique-t-il.
Le projet porté par la compagnie 45 Degrees, la branche événementielle du Cirque du Soleil, a de quoi déjà ravir Daniel Lamarre, qui ne voulait rien de moins que le meilleur pour pouvoir honorer à sa juste valeur l'oeuvre magistrale de Luc Plamondon. «Il est admiré de tous. Il a écrit des chansons qui sont devenues des classiques, pratiquement du folklore dans la francophonie. L'équipe de création a fait un travail colossal. Jean-Phi (Goncalves, le directeur musical), a fait une oeuvre assez magistrale lui-même en retravaillant les chansons. Son approche est très différente avec des voix uniquement féminines et ça rend le projet de Trois-Rivières vraiment unique», croit Daniel Lamarre, qui ajoute que le souci de mettre la barre très haute, souci porté par l'équipe de 45 Degrees, enrichit totalement le travail présenté en sol trifluvien.
Retombées
Natif de Grand-Mère, Daniel Lamarre dit recevoir avec humilité les compliments lorsqu'on lui parle du projet du Cirque du Soleil à Trois-Rivières.
«Ma contribution là-dedans est minime. C'est d'abord le projet porté par Steve Dubé et mon frère Alain (Lamarre), avec la complicité du maire qui ont réussi à me convaincre de cette aventure-là. Ensuite, Yasmine Khalil (45 Degrees) et son équipe ont pris tout ça en main. Mais oui, c'est un projet fétiche pour moi, et ce qui me fait le plus plaisir est de voir que l'on contribue du même coup à l'économie de la région. Chaque année, j'essaie d'arriver un peu plus tôt avant la première, d'aller lire et entendre les médias locaux qui parlent des retombées du Cirque. Il n'y a rien de plus gratifiant pour moi que d'entendre un restaurateur ou un hôtelier dire que le projet a eu un impact positif sur son entreprise. J'ai un sentiment de fierté de savoir qu'on a aussi pu aider directement les gens d'affaires de chez nous», lance-t-il.
Un paradoxe qui marque d'ailleurs les deux grandes réalités du Cirque du Soleil, croit Daniel Lamarre. «En ce moment, je suis à Shanghai pour lancer une tournée que nous faisons en Chine. On a autant de fierté à faire rayonner notre pays et notre talent partout dans le monde qu'à amener le monde jusqu'au Québec, au Vieux Port de Montréal pour voir Volta ou encore à Trois-Rivières pour voir Stone. C'est là une des grandes richesses du Cirque, de pouvoir faire les deux à la fois», constate le président et directeur général.
Pourrait-on alors envisager une prolongation de contrat au-delà des cinq années prévues pour Trois-Rivières? «Pour le moment, nous n'en sommes pas là. Mais la porte n'est jamais fermée. On attend et on ne met de pression sur personne. Mais vous savez, c'est facile de s'entendre quand une formule marche et qu'elle est gagnante pour tout le monde», laisse-t-il entendre, sans s'avancer davantage.