Pour ses débuts officiels en littérature, c’est un récit familial largement autobiographique qu’offre Daniel Brouillette avec <em>Le dernier je t’aime.</em>
Pour ses débuts officiels en littérature, c’est un récit familial largement autobiographique qu’offre Daniel Brouillette avec <em>Le dernier je t’aime.</em>

Un premier roman pour Daniel Brouillette

TROIS-RIVIÈRES — Daniel Brouillette est bien connu pour ses implications dans la région et également son long parcours dans les médias tant en Mauricie qu’à l’extérieur. Le retrouver aujourd’hui comme écrivain pour un premier roman intitulé Le dernier je t’aime peut être une surprise pour certains mais pour d’autres qui le connaissent bien, une suite logique de son parcours.

L’ouvrage est un roman à forte teneur autobiographique puisque le Narcissois y raconte les dix-huit mois de la maladie puis le décès de sa propre mère en 1969 alors que lui n’avait que 9 ans. Les souvenirs, souvent douloureux mais également lumineux, sont évoqués à travers le regard de l’enfant qu’il était. Derrière l’histoire d’amour familial se dessine également la vie typique d’un village mauricien d’il y a plus d’un demi siècle.

C’est un livre qui a occupé le nouveau-venu en littérature pendant quatre ans avec une dernière année plus intense pour donner au récit sa forme ultime qu’il présentera à partir du 10 juin, date officielle du lancement.

«J’ai appris à écrire, clame modestement Daniel Brouillette, en travaillant notamment étroitement avec Christiane Asselin chez Libre Expression. Je ne suis pas un connaisseur des mots, bien que je prenne grand plaisir à ciseler les phrases, mais je voulais que mon roman fasse appel aux cinq sens du lecteur. Je voulais que ça sente, que ça goûte, qu’on voit les couleurs.»

Il a entrepris de raconter cette histoire pour son propre plaisir. «Tant de gens m’ont parlé de ma mère à travers les années et comme elle est décédée alors que j’étais bien jeune, mes souvenirs n’étaient pas toujours très nets. Je suis parti d’anecdotes que m’ont raconté de ses proches, de mes propres souvenirs et j’en ai inventé une partie tout en restant conforme à ce que je savais de la réalité. Tout n’est pas vrai mais tout n’est pas faux. J’ai romancé les choses pour offrir un récit intéressant et cohérent. Je me suis habité à neuf ans et j’ai emprunté les yeux et le cœur de ma mère, également.»

D’où vient cette volonté de raconter tout ça aujourd’hui, alors qu’il vient de passer le cap de la soixantaine? «Ma mère est morte jeune, au milieu de la quarantaine et quand j’ai passé cet âge moi-même, j’ai beaucoup pensé à elle; les sept enfants qu’elle a laissés derrière, sa souffrance qui a marqué ma mémoire mais aussi l’amour de mes parents l’un pour l’autre. J’ai eu envie de raconter tout ça parce que j’avais là une histoire riche et que j’ai toujours eu envie d’écrire; j’ai même rédigé un roman que je n’ai jamais publié dans ma vingtaine.»

Il offre dans ce bouquin l’image d’un autre siècle qui apparaît carrément comme un autre monde avec une médecine nettement moins outillée pour affronter le cancer, si terrible déjà que le seul mot était tabou sur la côte du Troisième Rang à Saint-Narcisse. Profondément attaché à son village natal qu’il habite toujours, Daniel Brouillette dessine les contours de la ruralité des années 60 avec bienveillance.

Le récit des souffrances maternelles que la science d’alors était impuissante à atténuer fait forcément réfléchir à la pertinence de l’aide médicale à mourir désormais accessible. C’est un sujet que Daniel Brouillette a senti le besoin d’affronter dans son livre. «Ma mère disait vouloir mourir dans ses derniers temps tellement la souffrance était grande. Je me suis évidemment posé la question à savoir si elle aurait demandé l’aide médicale à mourir. Pendant la rédaction du roman, mon beau-frère, lui, l’a demandée. Ça a nourri ma réflexion et en écrivant, il est devenu très clair que je voulais aborder cette question.»

«Il n’a jamais été question d’écrire simplement un roman pour divertir. Je voulais qu’il contienne une réflexion sociale, que les gens soient interpellés sur des questions qui nous concernent tous. Est-ce que, moralement, la souffrance terrible qu’a été celle de ma mère était nécessaire?»

Questionné à savoir si tisonner des souvenirs, parfois douloureux, a pu lui permettre de faire la paix avec certains aspects de son enfance, Daniel Brouillette hésite. «Est-ce que ça m’a permis de régler des choses? Je dirais que oui. Quand j’ai écrit sur les derniers moments de ma mère, j’ai vraiment plongé dans des souvenirs douloureux et j’ai pleuré ma vie. L’objectif n’était pas de faire pleurer les gens mais personnellement, en toute honnêteté, je ne pouvais pas ne pas affronter cette peine de front. Je n’ai pas encore mesuré tout ce que ça m’a apporté profondément, mais ça m’a fait du bien.»

Dans Le dernier je t’aime, la peine n’est jamais esseulée. Elle a pour compagne ses contreparties, pas forcément nommées mais indubitablement présentes : l’amour filial, celui d’un couple, la bienveillance de tout un village, les réjouissances traditionnelles, la musique, omniprésente. «J’aime explorer aussi bien l’extrêmement doux que l’extrêmement dur, dit l’auteur. L’un ne va pas sans l’autre, je pense.»

«C’est vrai que je m’aventure à des endroits en sachant que ça pourrait écorcher des gens mais je veux être fidèle à moi-même. Je n’ai pas écrit un roman pour le plaisir éphémère de lire une histoire oubliée une fois le livre fermé. Je me suis mis à la place du lecteur pour offrir un roman que j’aurais aimé lire.»

Dans les circonstances que nous ne connaissons que trop bien, Le dernier je t’aime connaîtra un lancement hors normes. C’est sur la page Facebook de Daniel Brouillette qu’on pourra y assister le mercredi 10 juin à 19 h alors qu’il présentera en direct des extraits de son bouquin accompagnés de chansons puisque la musique est un élément de la vie de la famille qu’il décrit.

Le bouquin sera disponible dans toutes les librairies de même qu’en ligne sur leslibraires.ca d’où chacun pourra le commander par l’intermédiaire de la librairie de son choix.

Certains s’étonneront de voir que le livre est identifié à Daniel O. Brouillette. C’est simplement qu’un autre Daniel Brouillette est un auteur jeunesse bien établi et que le Narcissois voulait éviter la confusion. Pourquoi O? O comme Oscar, le prénom de son père. Les liens du sang sont indélébiles chez les Brouillette.