Le sommelier Philippe Lapeyrie présente l’édition 2019 de son guide qui fait partie des habitudes des amateurs de vins québécois soucieux de trouver les meilleurs rapports qualité/prix à la SAQ.

Un partage de passion

TROIS-RIVIÈRES — Quand il est question de vin, Philippe Lapeyrie est intarissable; les mots coulent à flots dans un débit régulé par son seul enthousiasme. C’est cette passion que reflète son guide, Le Lapeyrie qui en est, en 2019, à sa huitième édition.

Les amateurs connaissent le principe. Le sommelier se concentre essentiellement sur les vins à moins de 25 $ parmi les produits réguliers disponibles à la SAQ. Sur ce qui intéresse le commun des mortels en somme. Ça n’empêche pas quelques suggestions de rouges allant jusqu’à 41 $, mais il s’agit d’exceptions. Il demeure le maître du rapport qualité/prix dans une approche simple, directe, efficace. «En semaine, malgré mes exigences, je pourrais facilement être comblé de ne boire que des vins de 25 $ et moins parmi les produits réguliers de la SAQ, plaide-t-il avec conviction. Il y a là énormément de qualité. Par contre, en fin de semaine, avec des amis amateurs, on se paie des dégustations, des découvertes qui nous amènent à dépasser le budget de 25 $. On peut se faire une dégustation de Barolos à huit convives mais au lieu de n’en boire qu’un à 40 $, on en boit huit différents. C’est un autre type de plaisir. Cela dit, je pense sincèrement que la qualité des personnes autour de la table est plus importante que le prix de la bouteille qu’on boit.»

Avec les années, le guide s’est enrichi de quelques annexes sur le même principe. Il offre ainsi son Top vin, les vingt bouteilles offrant le meilleur rapport qualité/prix, toutes à 25 $ ou moins mais également des Top 10 de vins mousseux, de champagnes, de vins d’apéro, de vins québécois, de vins de garde, de vins liquoreux ou de vins pour les mariages et les réceptions ou à offrir en cadeau. Que du pratique et du concret, quoi.

Ça n’empêche pas la rigueur. «Ces temps-ci, les gens me demandent souvent si je vais me lancer dans un guide sur le cannabis ou la bière. Non! J’aime la bière, mais c’est le jus de raisin fermenté qui me fait vibrer intimement, que je connais le mieux et je m’en tiens à ce que je connais. Pour le guide, je goûte 2000 vins chaque année. 90 % de ce que la SAQ offre en produits réguliers à moins de 25 $ est passé dans mon verre au cours de la dernière année. Mathieu St-Amour et moi faisons ça ensemble trois avant-midis par semaine: deux journées de rouges, une de blancs, 40 à 70 vins par jour.» À terme, cela se traduit en 300 recommandations: 125 vins sur lesquels il élabore un court texte quant à l’histoire du vin, ses créateurs, les domaines, etc. et 175 autres comme références.

Le Lapeyrie s’adresse à tout le monde: ceux qui veulent de simples suggestions abordables, ceux qui veulent s’initier au vin comme ceux qui veulent en connaître davantage sur le vaste sujet. Le vocabulaire du rédacteur est direct, accessible, imagé, informatif.

Il reste que l’art de la dégustation est et demeurera toujours foncièrement subjectif, Philippe Lapeyrie le reconnaît volontiers. «J’ai mes goûts et je ne fais pas de compromis dans mon évaluation pour recommander un vin dont je sais qu’il est populaire. Ainsi, je suis moins amateur de vins de climats très chauds qui pointent à 15 % d’alcool, par exemple. J’aime les vins avec de la fraîcheur et pas trop de bois. Un vin trop boisé, c’est comme un steak avec trop d’épices. Mais il y a certains critères qui font les bons vins: la complexité, l’équilibre. Ça prend toujours un minimum d’acidité, des tannins, pour que le vin ait du tonus. Je sais reconnaître un bon vin, quel qu’en soit le style.»

«Le livre ne s’arrête qu’aux produits réguliers à la SAQ, ceux qui proviennent de gros producteurs aptes à assurer un approvisionnement important et constant, mais faire de la quantité ne veut pas dire que tu ne peux pas faire de la qualité. J’aime les petits producteurs avec des viticulteurs jardiniers qui travaillent avec passion et donnent une personnalité à leur vin mais il y a bon nombre de gros producteurs qui font des produits extraordinaires. La maison Torres, en Espagne, produit 70 millions de bouteilles par année, mais je ne me souviens pas d’avoir goûté un de leurs produits qui n’était pas bon.»

Dans un bel effort de cohérence, le guide, dont il se vend entre 25 000 et 30 000 copies chaque année, est présentement en vente à un prix sous la barre des 20 $. Il est souple, généreux, sans prétention mais il a de la matière et a été confectionné avec amour. Un produit à acheter les yeux fermés.