La dernière étape du voyage de l’exposition Vague démographique. Mouvance des cultures se déroule au Musée des Abénakis d’Odanak pour le prochain mois. La photo nous montre, de gauche à droite: Christine Sioui Wawanoloath, artiste, Geneviève Bédard, dg du Musée, Louise Hallé, artiste et Frédérique Guichard, commissaire de l’exposition.

Un dernier tour de piste

ODANAK — Après un périple de près de deux ans, l’exposition visuelle Vague démographique. Mouvance des cultures a débuté mercredi sa dernière escale dans un havre fait sur mesure pour elle: le Musée des Abénakis d’Odanak. L’exposition y sera présentée pour un mois.

Projet initié en 2016 par l’atelier trifluvien Presse Papier, il réunit sept artistes de l’atelier avec six artistes visuels autochtones et une artiste anglaise d’origine chinoise. En équipe de deux, un autochtone et un allochtone, ils ont créé, en 2017, 26 œuvres sur des thèmes qui tournaient autour du métissage des cultures avec un évident souci d’explorer un aspect essentiel dans cette dynamique: comment s’ouvrir à l’autre sans perdre sa propre identité. À ce titre, le résultat est probant puisque les œuvres témoignent de la singularité de chacun, même quand elles sont nées d’une démarche de discussions et de collaboration avec l’autre.

Depuis sa toute première présentation au Point de service pour les Autochtones de Trois-Rivières en janvier 2018, l’exposition a voyagé, s’arrêtant dans cinq bibliothèques municipales de la MRC des Chenaux de même qu’à Candiac, La Tuque et au Musée POP de Trois-Rivières.

C’est un constat plutôt ému que trace la commissaire de l’exposition Frédérique Guichard. «L’expo a vraiment eu le trajet que je souhaitais pour elle à l’origine. J’ai eu beaucoup de plaisir à la promener partout et surtout à rencontrer des gens dans des lieux nouveaux. C’est d’ailleurs ce que j’ai préféré du processus: toutes ces rencontres que j’ai faites. C’est particulièrement vrai ici à Odanak ainsi qu’à La Tuque où on est venus à la rencontre de gens membres des Premières Nations. Ils ont été particulièrement impressionnés par le processus de création des œuvres qui impliquait une réelle collaboration.»

«Ce que je voulais dès le départ parce que je sentais que c’était possible, c’était de rassembler les peuples, les unir à travers l’art de façon à ce que les spectateurs ne puissent pas, en voyant simplement les œuvres, dire s’il s’agissait de l’œuvre d’un artiste autochtone ou d’un allochtone. Il s’agissait d’œuvres d’artistes à part entière, tout simplement, peu importe les sujets dont ils parlaient. Ce périple fait à travers cette exposition m’a démontré que les artistes ont une façon personnelle d’exprimer ce qui se passe dans la vie. Ce sont de petites lanternes du temps dans lequel ils s’inscrivent. Chacun a parlé avec le cœur, a ouvert des portes vers d’autres cultures et ça m’a beaucoup touchée.»

Pour le Musée des Abénakis, accueillir cette exposition au terme de sa vie itinérante, apparaît comme quelque chose de parfaitement normal. «On est chanceux de la recevoir mais on considère comme tout naturel qu’elle se termine ici, considère Geneviève Bédard, directrice générale du Musée, parce que ça s’inscrit tout à fait dans notre mission de favoriser l’ouverture entre autochtones et allochtones.»

«Le Musée est, bien sûr, un gardien des traditions mais il est là pour faire connaître les Abénakis d’aujourd’hui qui sont tributaires d’un bagage traditionnel mais qui utilisent ce bagage dans un contexte actuel. Quand on a fait des rencontres avec les gens de la communauté, c’est ce qu’ils nous disaient, qu’ils voulaient se voir dans le contexte d’aujourd’hui. Or, l’exposition parle précisément de préoccupations actuelles alors qu’on constate une ouverture à l’égard des Premières nations.»

L’exposition arrive à un moment particulièrement pertinent dans l’évolution du Musée qui, sous la gouverne d’une nouvelle directrice arrivée en poste au mois de juin dernier, va consacrer la salle où est présentée Vague démographique. Mouvance des cultures pour la consacrer à des expositions artistiques.

«Ça fait partie de notre mandat que de faire connaître les artistes autochtones contemporains qui, à travers leurs œuvres, expriment leur réalité, leurs points de vue sur le monde. Ce sera une occasion supplémentaire pour le public de les rencontrer et de comprendre leur façon de voir la vie. Les dialogues entre allochtones et autochtones qui constituent la base de cette exposition en est un très bel exemple d’autant que ça s’inscrit dans un désir global de réconciliation dont témoigne le Musée des Abénakis. Les musées en général sont devenus un endroit où on peut ouvrir des discussions sur les préoccupations profondes des gens et on va le constater ici dans la programmation à venir sur laquelle on travaille présentement.»