Stella Montreuil et Gilles Leblanc

Un demi-siècle de passion

TROIS-RIVIÈRES — Sur le site Internet de Ciné-Campus, en cliquant sur l’onglet 50e anniversaire, on peut faire apparaître la liste de tous les films qui ont été présentés au public depuis la fondation de ce ciné-club en 1968. On en compte quelque 3500. Combien de passions du cinéma sont nées dans la salle Léo-Cloutier du Séminaire? Combien de souvenirs sont restés gravés dans la tête des cinéphiles? Combien de réflexions ces films ont suscité qui ont enrichi la vie de ces cinéphiles? Combien de voyages à travers le monde ont été faits entre les quatre murs de cette salle obscure? Combien d’autres restent à venir?

Ciné-Campus est né de la vision d’un homme, l’abbé Léo Cloutier, cinéphile absolu. Désireux de partager sa passion, et d’éduquer les jeunes à l’art du cinéma, il a d’abord lancé un ciné-club estival en 1967 avant de créer, l’année suivante, Ciné-Campus qui devait permettre aux étudiants du tout nouveau collège d’enseignement général et professionnel trifluvien un accès au plus grand nombre de films possible à un prix défiant toute concurrence: 5 $ pour 50 films!

Stella Montreuil, alors élève au Collège Marie-de-l’Incarnation, faisait partie de cette cohorte initiale. Cinquante années plus tard, elle est directrice générale de l’organisme. «J’ai littéralement grandi avec Ciné-Campus. J’y ai constamment été associée d’une façon ou d’une autre. Surtout, il m’a donné le goût du cinéma et encore aujourd’hui, je peux aller voir trois ou quatre films dans une même journée et c‘est un immense plaisir. Le cinéma, c’est comme un livre: c’est une invitation à entrer dans un autre univers, à vivre quelque chose de nouveau. Tu peux jouer à être quelqu’un d’autre pendant deux heures et à la fin, tu es enrichie de l’expérience. Je le dis depuis longtemps: quelqu’un qui aime le cinéma ne s’ennuie jamais.»

S’adapter
Très peu d’organismes peuvent revendiquer 50 ans d’existence dans un monde qui change aussi vite que le nôtre. À travers le tumulte, Ciné-Campus a su s’adapter. Au départ, ce sont les étudiants qui étaient la cible, aujourd’hui, la clientèle est plus âgée, convient le président du conseil d’administration, Gilles Leblanc, étroitement impliqué dans la programmation depuis 1990. «Dans la sélection des films, on conserve toujours un critère majeur en tête: notre clientèle. On leur offre ce qu’ils ont envie de voir tout en conservant les impératifs de présenter du cinéma de qualité, pertinent et d’offrir une grande variété d’œuvres.»

Gilles Leblanc se surprend à constater que malgré l’évolution de l’organisme, celui-ci est demeuré très étroitement fidèle à sa mission d’origine. «On présente encore le meilleur du cinéma en provenance de partout dans le monde, dans des conditions de visionnement privilégiées et à des prix qui le rende accessible à tous. En 1990, Léo Cloutier disait que Ciné-Campus servait à élargir le champ de vision des spectateurs. Que ce soit en culture, en économie, en politique, au niveau local comme international. Nous avons conservé cette mentalité et ça continue d’être un critère prédominant dans l’élaboration de notre programmation.»

D’où, peut-être, la longévité du ciné-club, le plus vieux en Amérique du Nord. C’est peut-être aussi ce qui fait qu’il a survécu à l’arrivée de la vidéo dans les années 80, au développement d’Internet, aux modes, aux tendances. «L’expérience du cinéma sur grand écran procurera toujours un supplément qu’on ne peut pas retrouver à la maison, soutient le président. Le point qui me semble essentiel pour savoir si nous sommes toujours pertinent, c’est de regarder le nombre de nos membres. On a connu des hauts et des bas au cours de notre histoire, mais en 1995, on avait 1300 membres et on en a tout près de 1500 aujourd’hui. C’est une constance remarquable; les gens ont vieilli avec Ciné-Campus. De notre côté, nous avons fait des efforts pour améliorer les conditions de visionnement et rester à jour avec les technologies. Au cours des années, nous avons rénové la salle, amélioré la pente, posé des sièges plus confortables, changé l’écran et le système de son, on a fait le virage numérique, etc.»

«Je pense que si Léo Cloutier voyait ce qu’est devenu Ciné-Campus, il serait très fier, soutient pour sa part Stella Montreuil. De constater que nous sommes toujours là et que différentes générations se sont nourries de nos programmations, ça lui ferait plaisir. Comme le dit notre slogan «Le meilleur en rappel», nous continuons d’offrir ce qu’il y a de mieux en sachant nous adapter à des demandes qui changent à travers le temps.»

Les cartes occasionnelles qui permettent à des non-membres de voir deux films, Ciné 5D, les documentaires présentés gratuitement, les projections en après-midis, le cinéma en plein air sur l’Île St-Quentin, sont toutes des déclinaisons permettant au plus grand nombre de voir le meilleur du cinéma. «Nous ne présentons jamais un film sans qu’au moins un membre du comité exécutif l’ait vu pour s’assurer de sa qualité. Nous nous en faisons un devoir.»

Bien sûr, après cinq décennies, un organisme culturel provoque moins de curiosité ou d’engouement. «Mais s’il fallait que Ciné-Camus disparaisse, on assisterait à une véritable levée de boucliers, prévient la directrice générale. Il y a un profond attachement de la clientèle envers l’organisme. Et pourtant, aussi paradoxal que ça puisse paraître, il faut encore et toujours travailler à se faire connaître. Surtout auprès de clientèles du cégep et de l’université qui viennent souvent de l’extérieur. Même parmi les gens retraités, on en compte de plus en plus qui viennent de l’extérieur ce la région pour venir s’établir à Trois-Rivières.»