La comédienne Carmen Sylvestre, deuxième à partir de la gauche est comblée par le plaisir que lui procure son rôle de Mme Chamberlain dans la pièce Pygmalion qui sera jouée à Shawinigan le 22 mars prochain.

Un classique à la sauce québécoise

TROIS-RIVIÈRES — C’est un grand classique de la dramaturgie que le public de la région aura l’occasion de voir le 22 mars à 20 h à la salle Philippe-Filion du Centre des arts de Shawinigan avec la présentation de Pygmalion, une adaptation québécoise de la pièce de George Bernard Shaw qui a inspiré la comédie musicale My Fair Lady.

Dans la mise en scène de Martin Lavigne, l’action se déroule dans le Montréal de 1938. Élisa Laviolette, une jeune femme qui vend des fleurs dans la rue, veut la quitter pour vendre ses fleurs dans un magasin. Cette femme du Faubourg à m’lasse croisera le rigide professeur Higgins qui se donnera comme défi de transformer cette personne sans raffinement en véritable princesse. C’est ce cheminement ardu que relate la pièce qui nous rappelle qu’à cœur vaillant, rien d’impossible et que ce ne sont pas ceux qu’on croit qui ont le plus besoin de changer.

Si la distribution met en vedette Élizabeth Duperré dans le rôle d’Élisa et Jean-François Beaupré dans celui du professeur Higgins, elle n’en compte pas moins huit interprètes dans divers rôles dont une qui ne manquera pas de susciter la curiosité du public. En effet, Carmen Sylvestre interprète le rôle de Madame Chamberlain, une veuve désargentée qui cherche à faire entrer sa fille dans le beau monde.

Or, cette sympathique comédienne est devenue familière au public québécois par deux rôles: celui d’une des malicieuses protagonistes de la série télévisée Les Détestables et aussi, celui de la femme de cette publicité de Loto-Québec qui somme son mari de raccrocher le téléphone. Si elle a attiré d’emblée la sympathie du public, celui-ci ne sait pas forcément qu’elle a un parcours complètement atypique. Propriétaire d’une garderie en milieu familial, cette mère de quatre enfants n’a décidé qu’à la toute fin de la quarantaine de se lancer dans le métier de comédienne. Or, aujourd’hui, à plus de 70 ans, elle joue toujours régulièrement.

«C’est un véritable cadeau que de pouvoir jouer autant, se réjouit-elle. Je suis extrêmement chanceuse et je le savoure chaque jour. Une pièce comme Pygmalion est un tel plaisir à jouer. L’équipe est formidable, et c’est un rôle extraordinaire pour moi. Mme Chamberlain est une veuve qui a hérité de plus de dettes que d’argent et elle essaie de sauver les apparences pour faire entrer sa fille chez les bourgeois. C’est un personnage très coloré qui joue sur plusieurs niveaux de langage passant du joual au québécois plus neutre jusqu’au français très pointu. Je m’amuse énormément.»

«Encore aujourd’hui, après plus d’une trentaine de représentations, je trouve des idées nouvelles à mettre en œuvre. C’est du pur plaisir à jouer et on voit cette même attitude dans toute l’équipe. Je pense à Marc-André Coaillier qui joue un éboueur qui se transforme lui aussi et il amène beaucoup de créativité à son personnage tout comme Élizabeth Chouvalidzé qui est extraordinaire à plus de 80 ans! Quel modèle!» La distribution est complétée par Pierre Chagnon, Christine Lamer et Maryève Alary.

La chance de Carmen Sylvestre est d’autant plus grande que La Comédie humaine, la compagnie qui assure cette production, présente beaucoup de représentations autant pour le grand public que les groupes scolaires un peu partout en province.

Il faut dire que cette joyeuse comédie s’y prête bien. «Ça s’adresse vraiment à toute la famille, souligne-t-elle. J’ai même vu des gens venus à une représentation à l’automne qui ont décidé d’offrir des billets à toute leur famille comme cadeau de Noël. Tout le monde peut l’apprécier. Ce qu’on entend le plus souvent de la part des spectateurs, c’est que c’est une pièce qui fait du bien. Les gens me disent aussi que ça paraît que nous aimons jouer ensemble et c’est très vrai. Pour moi, c’est une aventure formidable.»

La pièce a d’ailleurs été l’occasion pour cette comédienne à la vocation tardive de vivre un grand moment. «J’ai fêté mon 70e anniversaire de naissance sur la scène en jouant cette pièce. Toute ma famille était dans la salle, c’était fantastique. Quand je me suis lancée dans ce métier, jamais je n’aurais cru que je jouerais encore rendue à 70 ans. Rien que de pouvoir encore travailler en m’amusant comme je le fais, c’est un magnifique cadeau.»