Malgré l’annonce d’une pause d’un an de son poste à l’OSTR, maestro Jacques Lacombe réitère son profond attachement envers l’orchestre trifluvien.

Un attachement inchangé

TROIS-RIVIÈRES — Conscient que l’annonce de sa décision de prendre une année sabbatique de son poste à l’OSTR a pu créer une certaine commotion à Trois-Rivières, Jacques Lacombe a accepté de la commenter plus mercredi après-midi depuis Calgary. Il y prépare la présentation de Tosca, de Puccini, au Calgary Opera les 14, 18 et 20 avril prochains.

Déjà, l’idée de faire l’annonce par l’intermédiaire d’une lettre envoyée aux médias plutôt que par un simple communiqué de presse avait quelque chose d’un peu inhabituel. «Avec la direction et le conseil d’administration de l’orchestre, on a cherché la meilleure façon et le meilleur moment pour faire connaître ma décision. Comme on approche du moment où le contenu de la prochaine saison sera dévoilé, il apparaissait pertinent de le faire maintenant.»

«Par ailleurs, comme j’ai un attachement très particulier à l’orchestre et à son public, je trouvais qu’il était de mise que je l’annonce moi-même. Je reste un p’tit gars de la place et à chaque fois que je reviens à l’OSTR j’ai l’impression de rentrer à la maison. C’est pourquoi il m’apparaissait légitime de faire l’annonce moi-même.»

Bien qu’elle se justifie amplement par un emploi du temps on ne peut plus chargé, maestro Lacombe a qualifié sa décision de déchirante, ce qu’il maintient. «J’ai beaucoup investi dans l’orchestre au cours des douze dernières années et il s’est établi une complicité et un respect entre les musiciens et moi et je pense que le public le sent. Tant les spectateurs que les membres de l’orchestre vont me manquer au cours de cette année-là, c’est certain.»

À plusieurs égards, l’OSTR porte désormais l’empreinte de Jacques Lacombe, le maestro en convient, et cela a contribué à rendre plus difficile sa décision de le quitter temporairement. «L’orchestre a beaucoup progressé au cours des dernières années mais comme musicien, on n’est jamais pleinement satisfait; on n’est jamais arrivé au bout de notre démarche. Une institution comme celle-là est constamment appelée à se renouveler et à progresser, et je veux en être. Cela dit, force est de constater qu’on a beaucoup avancé depuis douze ans et que l’OSTR a atteint un niveau de qualité enviable.»

«D’ailleurs, je ne suis pas convaincu que la qualité de l’orchestre soit reconnue à sa juste valeur sur la scène nationale notamment par les bailleurs de fonds. Pour construire un projet artistique valable, ça prend un soutien, un appui financier des différents paliers gouvernementaux et aussi de la part de la communauté des affaires par le biais du mécénat et de la commandite. Ces années-ci, cette portion-là est un énorme défi pour nos institutions culturelles.»

Maestro Lacombe constate que les conditions financières sont plus faciles en Europe et les pouvoirs publics plus généreux à l’égard des orchestres. «Je ne suis pas tout à fait à jour sur ces données-là mais quand j’étais directeur musical de la Philharmonie de Lorraine à Metz, il y a une vingtaine d’années maintenant, c’était près de 90 % du budget qui provenait de l’état alors que chez nous, c’est autour de 30 % à 40 % en moyenne. Le reste doit venir de la billetterie et du secteur privé. On jouit donc en Europe d’une plus grande liberté artistique qui donne un peu plus de marge de manœuvre pour prendre des chances.»

Cela étant dit, Jacques Lacombe affirme haut et fort qu’il n’a pas considéré quitter définitivement l’orchestre trifluvien. «Sincèrement, je n’ai aucune envie de quitter l’OSTR pour de bon. Mon désir le plus cher reste de poursuivre mon travail à Trois-Rivières. Seulement, mon nouveau poste à Mulhouse est déjà très exigeant surtout en combinaison avec mon poste à l’opéra de Bonn. C’est arrivé encore il y a trois semaines où j’ai dû partir de Montréal le vendredi soir pour arriver à Bonn le samedi matin, présenter Carmen dans la soirée et revenir à Montréal le dimanche. Il m’est arrivé à quelques reprises de le faire deux fois dans la même semaine. Au cours des deux dernières années, en l’espace de dix mois, j’ai fait en moyenne 18 à 20 allers-retours entre l’Amérique et l’Europe.»

«C’est vrai que je dors bien en avion, que je ne souffre pas trop du décalage horaire mais arrive un moment où c’est lourd. Comme mon poste à Bonn se termine vers le mois d’août et que le poste à Mulhouse permet des horaires plus raisonnables, je pense que je pourrai, au terme de la prochaine année, retourner sans problème à l’OSTR.»

Pour ce qui est de la saison au cours de laquelle il sera absent, il estime que le public et les musiciens retrouveront sa touche puisqu’il est non seulement le concepteur de ladite saison mais qu’il a également contribué au choix des chefs remplaçants. «Nous nous sommes assurés que ce sont des chefs avec lesquels les musiciens auront plaisir à travailler. Certains musiciens m’ont déjà envoyé des messages pour me dire qu’ils vont s’ennuyer de moi mais l’inverse est aussi vrai. Par contre, je vais les retrouver, eux et le public, avec grand plaisir pour les deux prochains concerts de l’orchestre le 22 avril ainsi que le 19 mai.»