Le Salon du livre s’est terminé dimanche avec un record d’achalandage global de 16 777 personnes.

Un 30e Salon du livre mémorable

TROIS-RIVIÈRES — La 30e édition du Salon du livre de Trois-Rivières a pris fin dimanche en fin d’après-midi et si les organisateurs n’ont jamais dit qu’il s’agissait de la meilleure édition de l’histoire de l’événement, c’est quand même ce qu’on sentait derrière leurs propos. Ce qui est certifié, c’est qu’ils ont établi un nouveau record d’achalandage avec 16 777 participants.

Le terme de participants inclut non seulement les gens qui ont visité le site où se tenait le SLTR (14 527 personnes) mais aussi les gens qui ont participé aux activités hors les murs (2250 personnes). «Je ne peux garantir en toute honnêteté que la fréquentation du site est la meilleure de l’histoire mais c’est la meilleure des 15 dernières années, a déclaré Julie Brosseau. Par contre, le chiffre global est assurément le plus élevé que le Salon ait connu en trente ans et on en est extrêmement fiers.»

Ce qui ne fait pas non plus de doute dans son esprit, c’est que l’événement qu’elle venait de clore a été exceptionnel. «Quel Salon! On a eu une petite frousse avec la condition physique d’Alexandre Jardin jeudi mais dès le moment où il est apparu en grande forme vendredi matin, tout a fonctionné à merveille.»

«Même si on a eu plus de monde que par le passé, grâce au nouvel aménagement avec des allées plus larges, ça circulait super bien. Notre problème, c’était l’achalandage sur les différentes scènes. Le Bistro littéraire avait beau être beaucoup plus grand que par le passé, on a quand même refoulé à certains moments, pour Alain Deneault et Jean-Martin Aussant, notamment, où c’était la folie furieuse. Les conférences, ça a marché de façon extraordinaire également: c’était plein tout le temps.»

Tout cela est arrivé comme une récompense pour l’équipe qui a trimé dur pendant l’hiver pour préparer cette 30e édition. «Il a fallu s’ajuster aux changements physiques du site mais on s’est mis beaucoup de pression sur les épaules pour s’assurer qu’Alexandre Jardin participerait à des activités significatives pour lui. En plus, on a refait notre site Internet, on a refait notre image corporative, etc. On a travaillé vraiment très fort mais le résultat est d’autant plus satisfaisant.»

Est-ce que la présence d’Alexandre Jardin a joué de façon significative dans l’achalandage? Julie Brosseau ne pourrait affirmer qu’on lui doit ce record même s’il ne fait guère de doute que plusieurs sont venus expressément pour lui. Assurément, il a été un exceptionnel président d’honneur. «Toutes les activités auxquelles il a participé ont affiché complet. Il a sans doute été un facteur central dans l’intérêt exceptionnel qu’ont porté l’ensemble des médias à cette édition du Salon. Il a été très disponible, affable, intéressé.»

Jardin a démontré jusqu’au bout une disponibilité et un enthousiasme inaltérables. Manteau sur le dos parce qu’il partait dans la minute pour attraper son vol vers Paris, il est resté pour la cérémonie de fermeture affirmant une fois de plus son adhésion à ce petit Salon du livre. «J’ai vu beaucoup de moments très importants ici, a-t-il déclaré. Dans les gros Salons, il y a très peu de moments d’extrême vérité dans les rencontres. Il y avait un nombre étonnant de participants exceptionnels dans les débats, des gens extrêmement brillants auxquels on avait facilement accès à cause du format du Salon adapté aux rencontres réelles. Quelque chose d’excessivement important a eu lieu ici.»

«Il n’y a pas de grands Salons dans les grandes villes: il y a de grands Salons là où de grandes choses se disent et c’est arrivé très souvent ici. Vous m’avez fait vivre un Salon extrêmement important. Et tout ce que j’ai entendu a été de l’ordre de l’anormale vérité. Merci d’être anormaux.»

Au-delà de ce président d’honneur de grande classe, le Salon a pu compter sur plusieurs têtes d’affiche de haut niveau. «Les rencontres avec un philosophe comme Alain Deneault ou un scientifique comme Yves Gingras ont connu beaucoup de succès et ça m’indique que notre public est aussi très intéressé par les contenus intellectuellement exigeants, de préciser Julie Brosseau. On avait une programmation variée et très riche avec plusieurs vedettes alors je pense que c’est un ensemble de facteurs qui ont fait de cette édition le succès qu’elle a été. Même la météo a été de notre côté avec du soleil mais des températures froides qui ont incité les gens à venir au Salon.»

C’est à la cérémonie de fermeture qu’on a annoncé les gagnants des prix du public selon les votes enregistrés par Internet. Pour la troisième année consécutive, Guillaume Morrissette a remporté le prix pour les auteurs s’adressant aux adultes alors que Daniel Brouillette a reçu la faveur chez les jeunes lecteurs. Pour ce qui est de la Dictée du Salon, la championne scolaire est Rose-Ally Bourassa, de l’école secondaire des Pionniers. Gabrielle Fréchette, de l’École secondaire Jeanne-Mance et Phénix Lamothe (des Pionniers), ont respectivement terminé deuxième et troisième. Suzie Armstrong a remporté dans la catégorie éducation aux adultes. Côté grand public, Linda Carignan est la grande championne devant Micheline Olivier et Denise Marcoux.

Ces résultats venaient clore cette édition du SLTR qui restera assurément dans les mémoires. «Sincèrement, quand, il y a quelques années, on a commencé à penser à notre trentième anniversaire, on n’aurait pas pu imaginer mieux que ce qu’on a connu cette année», a conclu la directrice générale.

En bref

Un ministre auteur

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx était présent dimanche au Salon du livre de Trois-Rivières mais pas comme spectateur. Il était, pour la toute première fois, dans un Salon du livre à titre d’auteur au stand de la maison d’édition Septentrion pour dédicacer son ouvrage intitulé: Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire. «Les gens m’ont beaucoup parlé de l’importance de valoriser la lecture et l‘écriture pour réussir, a-t-il indiqué en fin de journée. Plusieurs trouvent que c’est une démarche intéressante d’aller au-delà des simples réponses aux questions en s’impliquant davantage par l’écriture.»

«Je pense qu’on a une amorce de mobilisation et de valorisation autour de l’éducation présentement au Québec. Ce n’est pas encore là où ça devrait être et ça m’attriste un peu, parce qu’il faudrait vivre cela comme un grand projet de société prioritaire. Il faudrait que ce soit une préoccupation pour la grande majorité de la population. Il faut réfléchir à ce qu’on doit faire pour changer les choses et je constate que c’est en train de s’installer.»

«Mon message, c’est que la culture générale, c’est extrêmement important pour les individus et l’alphabétisation, c’est important pour les individus et pour la société. Quand les sociétés émergentes vont prendre plus de place sur la scène internationale, nous n’aurons pas la force du nombre mais ce qui va nous donner un avantage, ce sera le niveau d’éducation de notre population. Mon ouvrage est un plaidoyer pour la valorisation de l’éducation et de la culture générale.»

«J’ai eu une rencontre avec Alexandre Jardin à propos de Lire et faire lire et je trouve que c’est un projet très intéressant. Ça n’a pas encore l’ampleur de ce que c’est en France mais ça existe ici et ça me plaît beaucoup. Ça mérite qu’on réfléchisse à comment on peut, au Québec, avec cette initiative-là et d’autres du même genre, réussir à augmenter le niveau de littératie dans notre société.»

Johane Despins en visite

ICI Radio-Canada Première avait délégué la collaboratrice de l’émission Culture Club Johane Despins au Salon dimanche après-midi. Elle est intervenue en direct au cours de l’émission animée par René Homier-Roy. Johane Despins est originaire de Trois-Rivières où elle a fait ses premières armes à la radio à CHLN vers la fin des années 80.

Le Centre des congrès et le SLTR

Selon l’historien en animateur au Salon du livre François Roy, le destin du Centre des congrès de Trois-Rivières est étroitement lié au Salon du livre puisque celui-ci a été un locataire du Centre des congrès au cours de sa première année d’existence en 1991 et il sera toujours là l’an prochain quand le Centre des événements et des congrès interactifs (CECI) aura sa forme définitive.

L’image chinoise d’Amos Daragon

Bryan Perro occupait une double fonction au Salon: éditeur et auteur. Alors qu’il signait des dédicaces pour les albums de son héros Amos Daragon, il avait sur son téléphone intelligent l’image de la couverture originale de la première aventure qui sera publiée en Chine bientôt. Il ne connaît pas encore le tirage initial mais se dit confiant en un succès considérable puisque l’éditeur chinois est propriétaire de vingt-neuf librairies à travers le pays.

Christine Beaulieu sollicitée

Si vous vous demandez si les entrevues publiques d’auteurs ont un impact sur les ventes au Salon du livre, il fallait voir la file de gens attendant de se faire dédicacer leur copie de J’aime Hydro par Christine Beaulieu en fin d’après-midi dimanche. L’auteure sortait d’un entretien mené par Marie-Claude Brasseur, professeure de littérature au cégep trifluvien. La présentation faite de cette pièce assez exceptionnelle semble avoir convaincu plusieurs auditeurs de s’en procurer le texte. 

L’impact de la télé

La direction du Salon avait décidé de programmer la rencontre avec la poétesse Natasha Kanapé Fontaine sur la scène Hydro-Québec des voix nouvelles au bout du couloir central du Salon. L’affluence du public a provoqué un gros bouchon de circulation pendant la durée de l’entrevue. Certes, les Trifluviens sont amateurs de poésie mais il ne faut pas négliger l’impact d‘une émission de télévision comme Tout le monde en parle à laquelle la poétesse avait participé la semaine dernière.

Une collaboration régionale

Il faudra peut-être commencer à parler non seulement d’événements hors les murs mais aussi hors la ville. La classe de maître offerte par Alexandre Jardin au Centre des arts de Shawinigan dans le cadre du Salon a démontré que la collaboration entre Shawinigan et Trois-Rivières en culture est bien vivante et elle se maintiendra dans les années à venir s’il n’en tient qu’à Bryan Perro.