La chaîne internationale francophone TV5 Monde lance mercredi sa plateforme mondiale — et gratuite — de vidéos à la demande, sa réponse «en français» aux géants américains comme Netflix.
La chaîne internationale francophone TV5 Monde lance mercredi sa plateforme mondiale — et gratuite — de vidéos à la demande, sa réponse «en français» aux géants américains comme Netflix.

TV5 Monde érige son rempart francophone contre Netflix

Aurélie Carabin
Agence France-Presse
PARIS — Séries suisses ou africaines, films canadiens ou français, mais aussi documentaires, concerts, baladodiffusion... La chaîne internationale francophone TV5 Monde lance mercredi sa plateforme mondiale — et gratuite — de vidéos à la demande, sa réponse «en français» aux géants américains comme Netflix.

Fruit de deux ans de travail, TV5MondePlus entend proposer d’ici à un an 5000 heures de programmes francophones sous-titrés en cinq langues: en anglais, espagnol, arabe, allemand... et en français, pour ceux qui souhaiteraient parfaire leur pratique de la langue de Molière.

À la différence d’une plateforme SVOD, TV5MondePlus sera gratuite (avec inscription optionnelle) et pourra diffuser de la publicité.

«On ne se positionne pas comme un concurrent aux plateformes américaines, on n’en a pas la prétention ni les moyens, mais comme une alternative en français», a précisé à l’AFP le directeur général de TV5 Monde, Yves Bigot.

«C’est la souveraineté francophone planétaire qui est en jeu, c’est le français dans l’univers numérique comme dans l’univers de la télévision», a insisté M. Bigot, également président de la fondation des Alliances françaises.

Parmi les 3000 heures de contenus déjà disponibles — et traduites dans «80% des cas», la crise sanitaire ayant entraîné des retards — figurent moult programmes ou émissions déjà diffusés par les chaînes «partenaires» de TV5 Monde (France Télévisions, Radio France, Radio-Canada, Télé-Québec, TV5 Québec Canada, RTS, RTBF...) ou son réseau.

Ainsi, les usagers pourront (re)découvrir l’intégralité de la série québécoise Unité 9 qui, comme la création de Netflix Orange is the New Black, se déroule dans l’univers carcéral féminin, ou de la série suisse et belge Quartier des Banques, saga familiale sur fond de thriller financier.

«Poussé» par le Canada

Mais la plateforme a aussi vocation à accueillir des exclusivités, à l’instar de la série politique africaine Wara, coproduite à Saint-Louis du Sénégal et qui sera diffusée «beaucoup plus tard sur nos chaînes traditionnelles», selon M. Bigot.

Outre les séries et le cinéma, TV5MondePlus, «généraliste», proposera «des magazines, des talk shows, du reportage» et des programmes de partenaires tels le Musée de l’Homme, le Collège de France ou le Centre culturel canadien à Paris.

Elle sera accessible à l’adresse tv5mondeplus.com partout dans le monde sauf, pour l’heure, en Chine où des négociations sont en cours, et pas avant le second semestre 2021 aux États-Unis et aux Pays-Bas, en raison de questions contractuelles.

Par son ambition mondiale et sa gratuité, TV5 Monde Plus entend se distinguer du service de vidéos par abonnement (payant) Salto que s’apprêtent à lancer France Télé, TF1 et M6 cet automne.

Le projet d’une plateforme francophone numérique mondiale, évoqué par Emmanuel Macron lors du sommet de la francophonie à Erevan (Arménie) en octobre 2018, a été «poussé» par le Canada qui a expérimenté «la force et la puissance de Netflix sur son territoire avant l’Europe», a souligné M. Bigot.

«Chez eux, Netflix fait 60% de parts de marché en prime time et consomme 40% de la bande passante. Évidemment ils ont été les premiers à nous solliciter et nous soutenir», a-t-il relaté.

Le gouvernement canadien a ainsi investi «14 millions de dollars canadiens sur 5 ans», selon M. Bigot qui ne peut chiffrer le coût global de la plateforme, en partie financée par les «108 millions» d’euros de budget annuel de TV5 Monde.

Créée en 1984, la chaîne est détenue à 49% par France Télévisions. France Médias Monde en possède 12,64%, RTBF et SSR en détiennent chacun 11,11%, Radio-Canada 6,67%, Télé Québec 4,44%, Arte France 3,29% et l’INA 1,74%.