Difficile de dire si le public savait à quoi il s'engageait en entrant dans le monde de Walter Trout, mais il en a eu plein les oreilles.

Trois-Rivières en Blues retrouve sa personnalité

Après sa grisante virée rock de la veille, le blues avait pleinement repris ses droits à Trois-Rivières en Blues vendredi soir à l'Amphithéâtre Cogeco. Comme s'il retrouvait des vêtements plus familiers et toute sa personnalité.
On avait demandé à une vieille routière du Rythm'n Blues de mettre le public dans l'ambiance en début de soirée: Mavis Staples, une jeunesse de 78 ans, native de Chicago. Sa voix rauque marquée par une vie à côtoyer les plus grands du blues n'en a pas moins conservé sa puissance et sa chaleur et a fait fondre la distance avec un public qui s'est installé graduellement pendant sa prestation programmée à 19 h 30.
Le Rythm'n Blues traînant et habité de cette femme éminemment sympathique n'est peut-être pas traditionnellement le créneau le plus exploité dans le cadre de l'événement trifluvien mais bien peu d'artistes l'auraient mieux représenté que Mavis Staples. Dans le milieu, on la compare volontiers à Aretha Franklin. Brillamment soutenue par ses musiciens, dont le guitariste Rick Holmstrom qui a fait lever la foule d'un bond par un solo particulièrement inspiré, elle s'est attiré une belle ovation au terme de son passage.
C'était une excellente mise en bouche pour préparer l'extraordinaire prestation de Walter Trout, un autre personnage traînant avec lui une carrière et une vie hors du commun.
Difficile de dire si le public savait à quoi il s'engageait en entrant dans le monde de Walter Trout mais il en a eu plein les oreilles. L'incroyable guitariste a joué comme si sa vie en dépendait. Peut-être est-ce le cas, d'ailleurs. Il a raconté qu'il y a trois ans, une maladie du foie l'a cloué au lit pendant huit mois avant qu'une transplantation lui redonne la vie. Il ne savait plus jouer de son instrument.
Aujourd'hui, il joue comme si la guitare était une partie de lui-même. Une part vivante, dotée d'émotions. Trout l'anime et fait jaillir d'elle des histoires, des sentiments. Sa chanson Say Goodbye to the Blues en hommage à B.B. King en était un exemple magistral. C'était du blues en pure émotion, dans sa forme ultime. Brillant et troublant. Vraiment une expérience à vivre.
Par ailleurs, le coordonnateur de Trois-Rivières en Blues Christian Gamache se montrait particulièrement fier de l'allure que semblait prendre l'événement cette année. «La première soirée a vraiment été super. Bien sûr, ce n'était pas la soirée la plus blues de l'événement mais quand même, ça rejoint le même monde. Quel départ! Les gens étaient comblés et les gars de Styx eux-mêmes étaient enchantés d'être ici. Ils ont soupé au centre-ville et ils sont tombés en amour avec la ville.»
«Globalement, on est très fiers de la programmation. On a des gros noms, des gens comme Jonny Lang ou Walter Trout, par exemple; c'est vraiment du haut niveau. On prend de l'expansion chaque année alors, on peut se permettre de viser toujours les meilleurs.»
À ce titre, après neuf années, il croit que le festival trifluvien s'est bâti une solide réputation non seulement au Québec mais aussi en Amérique. «On assiste toujours à la grande réunion de la fédération internationale de blues à Memphis et là, on songe à poser notre candidature pour l'événement de blues de l'année. Avec la programmation qu'on a, conjuguée à la qualité de nos installations, à la place que l'événement prend dans l'ensemble de la ville, c'est unique. La présence du blues dans de nombreux bars et restaurants vient apporter une atmosphère qu'on ne retrouve pas ailleurs. On a la chance d'avoir la ville parfaite pour faire ça et on est désormais reconnu à travers le continent.»
Au chapitre des éléments qui devraient retenir l'attention des amateurs en fin de semaine, il y a bien sûr les spectacles de samedi à l'Amphithéâtre dont celui, très attendu, de Jonny Lang mais la scène de la rue Badeaux n'est nullement à dédaigner non plus avec sa programmation gratuite et des noms comme Jamaiah Rogers, Michael Jerome Brown, le Danielle Nicole Band, Sean Pinchin, etc.
La compétition solo-duo de dimanche après-midi, dès 12 h 30, dans le cadre du concours En route pour Memphis, une nouveauté à Trois-Rivières cette année, promet un spectacle relevé et excitant impliquant notamment notre héros local Steve Hill.