Vous aurez compris que Colin James avait tout un défi à relever en tant que tête d’affiche mais le guitariste originaire de Regina n’est plus un agneau du printemps.

Trois-Rivières en Blues: un gros coup de cœur

TROIS-RIVIÈRES — Vendredi soir, la programmation de Trois-Rivières en Blues n’avait pas le rutilant de celle de la veille avec Melissa Etheridge mais elle a permis de faire une belle et très réjouissante découverte en Mr. Sipp et de goûter trois approches du style très différentes.

Il y avait forcément moins de monde que jeudi, soir de la plus grosse attraction du festival. Combien? Je n’ai pas compté, j’avais mieux à faire mais à vue de nez, on parle quand même de près de 4000 personnes.

C’était comme un test de l’affection du public trifluvien pour le blues, le vrai, et ces fans en ont eu plein leur passeport. Pour ajouter de la valeur scientifique au test, les conditions météo n’incitaient pas à la sortie. Pas un temps pour aller se prélasser sur l’esplanade à déguster une quelconque boisson enivrante sur des successions d’accords plaintifs. Cela dit, les gens savent bien que l’amphithéâtre offre la protection de son toit et de ses pare-intempéries à ceux qui sont faits en chocolat. Pas d’excuse pour ceux qui ont le blues tatoué sur les tympans.

Que leur a-t-on servi? De la belle grosse émotion langoureuse par les soins de la voix fort bien portante de la non moins bien portante Dyunna Greenleaf accompagnée par le guitariste québécois Mike Goudreau et ses copains musiciens. Pour donner du soutien à pareilles cordes vocales, ça prenait du lourd et la guitare, la basse, les claviers et la batterie pouvaient compter sur deux saxophones et une trompette en renfort. Excusez-moi de conserver une inaltérable affection pour les saxophones mais quand en plus, il s’en trouve un baryton, comme c’était le cas pour cette prestation, mes genoux faiblissent.

La blueswoman texane aurait pu se contenter de chanter mais elle semblait vivre chaque note de chaque chanson qui toutes, racontaient des histoires de vie. De sa vie, apparemment. Qui n’a pas dû être rose tous les jours parce que la contralto fait du blues avec du caractère, du caractère et du caractère. Et encore un peu de caractère en surplus au cas où il en manquerait.

Si vous me demandez mon avis, et souffrez que je vous le donne même si vous ne me le demandez pas, c’était un exceptionnel début de soirée. Bien sûr, le public était un peu dissipé, on s’y attend en ouverture, mais Mme Greenleaf aurait pu convaincre un par un chaque spectateur de savourer sa musique si elle en avait eu le temps. Elle a cette intensité, cette sincérité. Quand elle a quitté la scène en dansant sur la musique de ses hommes, c’est debout et unanimement que le public l’a saluée.

Et assis, comme il se doit, qu’il a accueilli Mr Sipp, son suivant, venu du lointain Mississippi où il a peaufiné un blues rock assez gratiné merci. Par son enthousiasme délirant et le rythme très entraînant dicté par sa guitare, il a lui aussi fait se lever le public mais bien avant sa sortie de scène. Impossible de lui résister.

À la pièce suivante, il est descendu jouer dans la foule et pas qu’au bas de la scène. Non monsieur! Il s’est promené jusqu’à la zone gazonnée comme pour une promenade de digestion un dimanche après le brunch. Avoir eu assez long de portée, il se serait peut-être rendu au fleuve et de là, qui sait? Fou de même, Mr Sipp, que ses amis appellent Castro Coleman et ses proches, vraiment proches, Castro.

Un gros, gros coup de cœur. Il peut revenir à T-R en Blues quand il veut et espérons que ce soit l’année prochaine. Comment pourrait-il s’en priver? C’était sa fête vendredi et le public lui a chanté Happy Birthday en faussant abominablement mais avec tellement de cœur.

Vous aurez compris que Colin James avait tout un défi à relever en tant que tête d’affiche mais le guitariste originaire de Regina n’est plus un agneau du printemps. Un blues très rock et archi appuyé pour lancer sa prestation a suffi pour convaincre les sceptiques qu’il était l’homme de la situation.

Interprète nettement plus conventionnel au doigté délicat et soigné sur l’instrument il a suscité moins de débordements que son prédécesseur mais une réponse enthousiaste. Il s’est permis certaines infidélités en jouant des chansons pop rock de son répertoire, rappels de ses jeunes années.

Il reste que c’est sa maîtrise de la guitare blues, dans toutes sortes de déclinaisons et son jeu élégant qui lui valaient d’occuper le haut de l’affiche et il a impressionné autant que lors de sa dernière visite il y a deux ans.

Accompagné de cinq musiciens, il a offert la version étoffée de son spectacle avec un évident plaisir et beaucoup de rigueur. Le public a aimé. Je le sais, j’y étais.

Demain, bien sûr, Trois-Rivières en Blues vrombira de tous ses cylindres avec une programmation complète et gratuite sur la rue Badeaux au centre-ville, de 12 h 30 jusqu’au spectacle de 19 h 30, pratiquement en continu. À l’Amphithéâtre Cogeco, ça commence à 18 h sur la terrasse avec Dwane Dixon. À 19 h, c’est Coco Montoya qui prendra la scène principale d’assaut. Il sera suivi, à 20 h 15, de Vintage Trouble. À 21 h 45, les stars de la soirée: Los Lobos.