Le vétéran Jack de Keyzer avait retrouvé un plaisir bien juvénile vendredi soir sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco alors qu’il n’en était qu’à son deuxième spectacle depuis le début de la pandémie. Il avait le coeur à la fête.
Le vétéran Jack de Keyzer avait retrouvé un plaisir bien juvénile vendredi soir sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco alors qu’il n’en était qu’à son deuxième spectacle depuis le début de la pandémie. Il avait le coeur à la fête.

Trois-Rivières en Blues: eh bien, dansez maintenant!

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières – La deuxième soirée de Trois-Rivières en Blues dans son édition très spéciale 2020 avait davantage l’air du petit frère de l’évènement auquel les amateurs sont habitués.

D’abord, il faisait bon aux abords de l’Amphithéâtre et le public était plus nombreux à profiter de l’ambiance, des rafraîchissements et de la musique du Ben Racine Band à compter de 19h. Ça ressemblait au Trois-Rivières en Blues qu’on aime, mais en version Chéri, j’ai réduit le festival.

À l’intérieur, à 20h30, 250 chanceux avaient rendez-vous avec Jack de Keyzer et son groupe. Gros contraste avec le spectacle de la veille tant au niveau strictement musical que de l’ambiance. Le blues a de nombreux visages partageant d’immanquables traits de fond.

Je dirais qu’on s’est davantage amusé vendredi soir. Ce qui ne veut pas dire qu’on se soit emmerdé la veille, mais Jack de Keyzer a apporté un côté un plus bon enfant avec son blues façon Chicago, mais apprêté à toutes sortes de sauces. Le chef ayant un goût prononcé pour le joyeux rock des années 50. On y retrouve un côté dansant qui, il faut bien l’avouer, faisait un bien fou.

Il n’y a pas que dans le public qu’on a savouré cette heureuse insouciance. De Keyzer lui-même avait l’air de se marrer comme une baleine. Il ne s’agissait que de son deuxième spectacle sur scène depuis le début de la pandémie. Depuis 46 ans qu’il arpente les routes de scène en scène, il n’avait probablement jamais connu pareil carême. Il avait des fourmis dans les doigts.

C’est fou la différence que ça fait d’entendre des musiciens qui ont du gros plaisir sur scène. Pourquoi est-ce si diablement communicatif? Les syncopes sont plus pimpantes, les lignes de basse plus allègres, les coups de baguette plus vifs sur la batterie.

Alors que la veille, Angel Forrest a envoûté son public, le bon vieux Jack de Keyzer l’a fait sortir de sa coquille et danser. Il a fallu du temps, mais vers la fin du spectacle, ils étaient assez nombreux, ou devrais-je plutôt dire qu’elles étaient assez nombreuses à se déhancher sans ménagement dans les allées aux accents des boogies du quintette. Notez, ce n’est pas la place qui manquait pour assurer la nécessaire distanciation. Ça faisait plaisir à voir.

Cela dit, dans sa juvénile excitation, le vieux routier du blues canadien a été plus sage que sa prédécesseur de la veille en limitant sa prestation, pourtant généreuse, aux 90 minutes inscrites au contrat. Mais comme il n’a guère parlé autrement que par la voix de ses six cordes, on a eu droit à du bon blues mur à mur. Pas que dansant, d’ailleurs; considéré à juste titre comme un des meilleurs guitaristes de blues au Canada, de Keyzer a certainement démontré sa polyvalence abordant le rockabilly, le rythm’ and Blues, le funk ou le soul ou même le bon gros blues lascif avec une égale aisance.

Côté son, on était dans un autre univers avec un amalgame complet des instruments pour un ensemble très cohérent et étudié. Le son était généreux et bien rond grâce à des musiciens absolument impeccables, mais qui ont la classe de ne pas s’imposer sans qu’on les y invite.

Et puis, plaisir de boomer, j’ai retrouvé le son du saxophone ténor, un instrument injustement relégué à l’oubli. Richard Thornton en joue de façon envoûtante, prenant un malin plaisir à explorer toutes sortes de textures dénichées dans son sax à malice. Un pur bonheur.

Une soirée plaisir, donc, pour la deuxième de trois. Pour une deuxième soirée consécutive, le président de l’évènement Christian Gamache a savouré le tout depuis un siège, comme le commun des mortels. Un plaisir qu’il a rarement le luxe de s’offrir. Sur la soirée de jeudi, il n’avait que de bonnes choses à dire. «C’était magique! Le son était hallucinant. On entendait parfaitement chacun des instruments. Angel adore venir ici et ça paraissait. Avec un public aussi limité, c’était une expérience très particulière et j’ai adoré ça.»

«Ce qui me fait de la peine, par contre, c’est de voir des gens qui sont de l’autre côté de la clôture pour entendre la musique, mais qui ne peuvent entrer sur le site à cause des limites de spectateurs. Ça me brise un peu le cœur, mais ce soir, on a pu voir plus de monde sur la plaza qui a profité du beau temps et du tailgate. On a vraiment retrouvé l’esprit de Trois-Rivières en Blues. J’aime énormément ce qu’on offre cette année, mais j’ai hâte qu’on puisse retrouver l’évènement dans sa version intégrale.»

Ledit événement se poursuit samedi soir avec, sur la plaza aux abords de l’Amphithéâtre (à ne pas confondre avec l’esplanade de Trois-Rivières sur Saint-Laurent qui est tout l’espace qui borde le fleuve), Justin Saladino dès 19h, qui viendra en avant-goût des Blackburn Brothers qui occuperont la grande scène dès 20h30.