Toujours une exceptionnelle bête de scène, Angel Forrest a présenté jeudi son spectacle devant 250 privilégiés à l’Amphithéâtre Cogeco en ouverture de Trois-Rivières en Blues 2020.
Toujours une exceptionnelle bête de scène, Angel Forrest a présenté jeudi son spectacle devant 250 privilégiés à l’Amphithéâtre Cogeco en ouverture de Trois-Rivières en Blues 2020.

Trois-Rivières en Blues: de l’ampleur et de la proximité

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – La version COVID de Trois-Rivières en Blues a pris son envol jeudi soir avec la grande Angel Forrest aux commandes de l’appareil. Décollage impeccable.

Pourtant, le ciel était quelque peu chagrin et n’a pas permis à autant de spectateurs que souhaité de profiter pleinement de la formule impliquant un spectacle sur l’esplanade en avant-goût du programme principal. La programmation du festival est amaigrie, certes, par rapport aux années antérieures, mais il faut bien admettre que dans les circonstances, sa seule présentation est une victoire. Elle aurait simplement été plus spectaculaire si la température avait attiré de nombreux festivaliers sur l’esplanade dès 19h pour casser la croûte et boire un verre en écoutant Dwane Dixon.

Ils étaient bien là pour Angel Forrest, dès 20h30, cependant. Angel Forrest qui a fait l’éloquente démonstration que si la version de Trois-Rivières en Blues 2020 est dépouillée, artistiquement, l’événement conserve un certain panache.

La comtesse aux pieds nus est apparue radieuse sur la scène et particulièrement enjouée. Le plaisir, sans doute, de retrouver scène et public dans le cadre d’un événement où elle est beaucoup appréciée. Elle a offert un généreux spectacle de plus de 90 minutes. Je ne précise pas la durée parce que j’ai dû quitter avant la fin et elle avait encore beaucoup de carburant dans le réservoir.

On ne peut pas lui reprocher de ne pas nous avoir avertis. «On va avoir du fun en ta..., avait-elle lancé dès le début du spectacle. J’espère que les gardiens de sécurité sont pas pressés de partir parce qu’on va être là jusqu’à tard cette nuit». Elle était dangereusement en forme, débordante d’une puérile énergie qui trahissait son plaisir de retrouver un public bien vivant après quelques mois d’abstinence forcée à cet égard.

Malgré l’auditoire très dispersé dans les premiers bancs de l’amphithéâtre, on a eu droit à du son comme si on avait été 5000. Très bien dosé, le son, comme toujours dans l’enceinte. Assez puissant pour faire vibrer mais assez délicat pour aller chercher des nuances qu’il n’aurait pas été possible d’entendre si les sièges avaient été remplis.

Il faut dire que reposée, Angel Forrest était très, mais alors très, en voix. On a pu apprécier toutes les nuances de son extraordinaire technique vocale. Ce n’est pas qu’une nature exceptionnelle, cette dame, c’est une grande chanteuse.

Dire qu’il ne manquait rien à cette version dénudée de Trois-Rivières en Blues serait malhonnête. Il manquait forcément ce trop-plein d’énergie auquel on a été habitués. Le côté orgiaque, délinquant d’un public chauffé à l’os tant par les artistes que par ses propres réactions. Il manquait cette énergie brute qui s’établit en dialogue avec les artistes sur scène et qui les entraîne dans des débordements imprévisibles.

Par contre, on y a gagné en proximité, en contact quasiment intime avec Angel Forrest et ses excellents musiciens. Il y avait là une plus-value non négligeable. Sans compter la définition sonore qui nous a notamment permis de savourer la guitare de Ricky Paquette. Une guitare qui crie, qui prie, qui saigne, qui hurle, qui supplie, qui déchire, qui épèle l’alphabet des octaves à l’endroit, à l’envers et de travers. On a pu en déguster toutes les couleurs.

D’une certaine façon, dans ce format à public réduit, on y a gagné en pureté.

Est-ce à dire que ça a manqué d’énergie? Ce serait insulter Madame Forrest que de seulement le supposer. La Québécoise s’est payé la traite dans des trucs comme Walkin’ Blues, Roll On Down ou Get It On. Elle a plutôt favorisé des chansons de son dernier album, mais elle est allée faire un tour dans d’autres plus âgés au gré de l’émotion.

Aurait-elle pu être aussi intense d’émotion dans Marigold, chanson dédiée à sa mère, devant un immense public bruyant et dissipé? J’en doute.

Je retiens aussi House of the Rising Sun, interprétée avec une troublante intensité. En faisant vraiment attention, il m’a semblé qu’on pouvait entendre le son qu’a produit Johnny Hallyday en spinnant dans sa tombe.

Si on ne sentait pas l’énergie folle des grands soirs, je peux dire que comme spectateur, j’avais l’impression d’une rencontre privilégiée, comme si j’avais gagné un concours. On a globalement réussi à conserver l’ampleur essentielle au blues mais en gagnant en proximité. Trois-Rivières en Blues 2020 sera assurément une édition spéciale qui pourrait faire découvrir aux amateurs d’autres aspects de la musique et des artistes qu’ils aiment déjà.

Vendredi, le public sera accueilli par le Ben Racine Band sur l’esplanade de l’Amphithéâtre en attente du spectacle de Jack De Keyzer dès 20h30.