L’humoriste nicolétain Jean-Claude Gélinas présente son nouveau spectacle Tout ou rien qui s’arrêtera au Théâtre du cégep de Trois-Rivières le 16 mars.

Tout ou rien de Jean-Claude Gélinas: le retour du farfadet

Trois-Rivières — Pour parler de Jean-Claude Gélinas l’humoriste de scène, il vaut probablement mieux parler de Réjean de Terrebonne pour que tout le monde sache de qui on parle. Autant Jean-Claude est discret, autant Réjean est connu et flamboyant. Les deux êtres se retrouveront sur la scène du Théâtre du cégep de Trois-Rivières le 16 mars prochain dans le cadre du spectacle Tout ou rien.

Il s’agit du troisième spectacle de scène solo de l’humoriste établi à Nicolet. Le premier avait eu une vie écourtée parce que Gélinas avait accepté une offre à la télévision qui a interrompu la tournée. Le deuxième, Y travaillent pas en cochons a connu un beau succès avec plus de 150 représentations. L’humoriste n’a presque pas pris de pause entre ses deux spectacles, témoignage significatif du rythme de production du scripteur qu’il est.

Il faut préciser que c’est pratiquement trente ans de métier qu’il traîne derrière lui, le plus souvent à la radio qui impose d’écrire quotidiennement une grande quantité de blagues. C’est devenu chez lui une seconde nature qui se révèle forcément dans son spectacle. «Certains humoristes de scène sont de brillants raconteurs mais moi, je martèle des blagues courtes et punchy du début à la fin du spectacle. C’est la forme d’humour qui me convient.»

Tout ou rien se déroule en deux temps: dans la première partie, l’humoriste se présente en Jean-Claude Gélinas et offre son humour à la façon stand-up alors qu’en deuxième portion, c’est l’incontournable Réjean de Terrebonne qui prend la scène. «Je n’ai pas le choix de revenir avec Réjean parce que le public l’aime trop, explique l’humoriste qui a manifestement un solide lien émotionnel avec ce personnage. Certains le voient comme un gros cabochon mais pas moi. Réjean analyse la société à sa façon. Il a un lien avec mon regretté père qui possédait un garage où des hommes se réunissaient quotidiennement pour parler de la société: ils lisaient les journaux et commentaient l’actualité comme Réjean le fait.»

Ce regard circulaire sur le monde l’amène à parler politique, forcément, ou de la technologie qui n’est pas toujours à notre service. C’est comme une extension de Jean-Claude Gélinas tel qu’on le voit en première partie discuter de la société et des enjeux qui nous touchent tous: le secteur de la santé, l’environnement, la politique, toujours, etc. Il parle aussi de l’insomnie, un problème qui l’accable depuis de nombreuses années à l’instar d’un nombre impressionnant d’individus dans la population en général. «Je dirais qu’écrire pour les deux portions du spectacle, c’est comme ouvrir deux tiroirs différents de mon cerveau, analyse-t-il. J’ai simplement l’impression que je peux m’en permettre plus avec Réjean, un personnage plus excessif, nettement plus coloré.»

Il traîne Réjean dans ses bagages depuis de nombreuses années mais son succès ne se dément pas. «Presque tous les humoristes craignent que leurs personnages meurent parce qu’ils ne sont plus pertinents. Or, avec Réjean, ils notent tous qu’il est constamment à jour et ça me fait très plaisir de l’entendre. Quand il n’aura plus rien à dire, il va disparaître, mais on n’en est vraiment pas rendu là. Le public l’adore, peut-être parce que nous avons tous dans notre famille ou notre entourage une sorte de Réjean, un mononcle qui a plein d’opinions colorées sur tout. Il y a un vrai lien de proximité entre lui et le public.»

Un art difficile

En parallèle du parcours de son personnage, Jean-Claude a aussi appris l’art très difficile du stand-up, une formule qui doit impérativement sembler facile alors qu’elle nécessite un apprentissage extrêmement complexe et subtil. «Il y a un travail avec la mémoire, évidemment, mais il faut aussi savoir donner à chaque blague le ton et l’intention la plus drôle possible. Il faut savoir faire la pause qu’il faut au bon moment pour que la blague tombe efficacement. C’est très délicat. Chaque public et chaque salle sont différents: il faut s’ajuster à chaque soir. Aujourd’hui, je peux même me permettre d’improviser pour réagir à quelque chose d’inattendu ou changer le rythme du spectacle, mais ç’a été un très long et très laborieux apprentissage. À chaque représentation, j’apprends quelque chose de nouveau. Il n’y a jamais rien d’acquis dans ce métier.»

Malgré la tournée de spectacles qui devrait l’amener à présenter autour de 175 représentations au cours des deux prochaines années, Jean-Claude Gélinas continue de travailler et d’écrire pour la radio et la télévision. «J’aime toujours la radio et ça me donne toujours une excitation unique. Par contre, avec la scène, j’ai la gratification immédiate de la réponse du public. Les entendre rire et applaudir à la fin du spectacle, c’est extrêmement spécial. Récemment, une dame est venue me voir après mon spectacle en me disant qu’elle avait vécu des temps difficiles récemment dans sa vie et que mon spectacle lui avait fait énormément de bien. Ça m’a tellement touché. C’est ça, ma grande récompense: savoir que les gens quittent la salle contents.»