Tout au cours de son spectacle Stradivarius à l’opéra, Alexandre Da Costa a offert vendredi soir des interprétations très intenses, semblant ne faire qu’un avec son stradivarius de 1701.

Touchant et fascinant

Trois-Rivières — Alexandre Da Costa s’est donné comme défi de décoincer la musique classique et de la rendre accessible au plus grand nombre. À la lumière du spectacle Stradivarius à l’opéra qu’il présentait vendredi soir à la salle Thompson, il faut bien convenir qu’il y arrive très bien sans pour cela donner l’impression qu’il y perd lui-même en plaisir.

Il devait y avoir environ 500 personnes pour assister à ce spectacle basé essentiellement sur l’album du même titre qu’il a enregistré sous étiquette Spectra. Un public dont l’âge moyen devait être assez élevé, ce qui se comprend fort bien. La beauté de la chose, c’est qu’on n’avait pas l’impression qu’il s’agissait principalement de connaisseurs habitués des concerts de l’OSTR mais d’un public fait d’autant d’amateurs avertis que d’autres qui le sont moins mais ouverts à s’imprégner de beauté. Ils ont misé juste et l’insistance mise par ce public à réclamer des rappels en fin de soirée l’a prouvé. On aurait même dit qu’à chacune des quatre pièces présentées en rappel, les acclamations prenaient de l’ampleur.

Il aura fallu que le tout jeune fils du violoniste prodige vienne lui-même saluer la foule pour que celle-ci comprenne qu’il était l’heure que papa aille le border. L’anecdote était bien sympathique mais elle dit aussi quelque chose d’important de cette soirée: pendant la centaine de minutes de ce spectacle, Alexandre Da Costa s’est efforcé de donner de l’humanité à la musique classique qu’il aime et c’est là un bien grand mérite.

Il y a plus, évidemment: la musique même. Da Costa a passé en revue son album sur lequel sont offerts quelques coups de cœur tirés de la musique d’opéra. Certains très connus: l’Habanera de Carmen, le Nessun Dorma de Turandot, l’air des Montaigus et des Capulets du Roméo et Juliette de Prokofiev et d’autres nettement moins. On pense à la valse opus 59 no. 3 du Cavalier à la rose de Strauss ou le wintersturme wichen dem wonnemond (excusez mon accent...) de La Walkyrie de Wagner. Mais tous ont été interprétés avec une intensité tout à fait remarquable par le soliste.

On a beaucoup parlé du stradivarius «Deveault» de 1701 sur lequel Da Costa joue. Le parfait néophyte que je suis est bien incapable de juger de la valeur sonore de l’instrument. L’impression que je conserve du spectacle, cependant, c’est que Da Costa arriverait sans doute à conférer une exceptionnelle ferveur à n’importe quel instrument d’excellente qualité. Il joue avec une passion telle qu’on ne peut qu’être subjugué. Il se donne à la musique et commande le respect.

Quelle est la plus-value d’un Stradivarius dans pareilles interprétations? Je n’en sais rien. Je soupçonne cependant qu’il existe une réelle magie qui tient non pas à l’instrument seul mais à son mariage avec l’interprète. L’instrument est manifestement une extension du cœur de l’artiste et parvient à toucher le nôtre, de spectateur. Le son m’a semblé d’une pureté extraordinaire et le soliste l’a exploité dans un très large spectre d’impressionnantes nuances pour le démontrer.

À ce titre, Stradivarius à l’opéra a beau tenir d’un effort de démocratisation de la musique classique, il n’est pas pour cela un sous-produit. Oui, il y a des images projetées sur un écran géant en fond de scène et des éclairages sophistiqués. Oui, l’emballage est étudié mais exécuté avec sobriété et bon goût. Si tant est qu’on puisse parler de sobriété quand le soliste arrive en scène avec une queue de pie en paillettes brillant de mille feux sous les projecteurs.

Il reste que l’enrobage était mis au service de quelque chose de plus grand: la musique. Je ne sais nullement ce qu’en diraient des puristes mais j’ai personnellement été fasciné par elle que j’ai trouvée magnifique. Accompagné de cinq musiciens certes tenus de lui laisser la vedette, le violoniste a quand même brillé n’hésitant pas à teinter ses interprétations d’une teinte véritablement personnelle.

On retiendra également son ouverture d’esprit en rappel quand, après avoir interprété du Vivaldi, il a offert sa vision de deux classiques de Leonard Cohen, Hallelujah et Dance Me to the End of Love au plus grand plaisir des spectateurs. Et comme pour laisser son public sur une note d’un émouvant lyrisme, il a terminé avec l’Ave Maria de Caccini, très touchant cadeau de départ.