Une brochette de comédiens expérimentés évoluent dans la pièce Toc Toc qui était présentée pour la première fois par le Théâtre des gens de la place, jeudi, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. D'autres représentations sont prévues les 10, 11, 16, 17 et 18 février à 20 h et le 12 février à 14 h.

Toc Toc: la réflexion par le rire

Qui, après être sorti de chez lui, n'est pas retourné voir si la porte était bien barrée ou si la cuisinière était bien éteinte?
Pour la grande majorité, ce n'est pas hypothéquant. Au pire ça nous vaut une réplique de notre conjoint et un roulement des yeux des enfants qui attendent dans la voiture (fait vécu!). On en rigole.
Pour d'autres ce genre de troubles obsessifs compulsifs est une maladie qui porte un nom du genre achmophobie (peur des aiguilles), paraskevidékatriaphobie (peur du vendredi 13) ou glossophobie (peur de parler en public). 
On rit aussi beaucoup dans TOC TOC, la pièce présentée au Théâtre des gens de la place cet hiver, on plonge dans le sujet des TOC. Les répliques amusantes et cocasses en font une comédie efficace, rythmée, mais qui est loin d'être dépourvue d'une réflexion qui trouve écho dans l'actualité.
On comprend pourquoi la metteure en scène, Marie-Claude Brasseur a eu un coup de coeur pour cette oeuvre, mais on comprend aussi pourquoi elle a pris du temps avant de s'y lancer. Ce n'était pas par scopophobie (peur du regard des autres) mais parce que l'oeuvre représente tout un défi.
Sur la scène, donc, six patients se retrouvent dans la salle d'attente d'un psychiatre renommé, Dr Stern, spécialiste des troubles obsessionnels compulsifs. Le docteur étant retenu par un contretemps, ils socialisent et apprennent à se connaître pour passer le temps. Cette rencontre se transforme en thérapie de groupe ponctuée des obsessions et des compulsions de chacun.
Marie-Claude Brasseur a choisi la brochette de comédiens avec soin, ça saute aux yeux. Elle avouait quelques jours avant la première, avoir une vision claire quand elle a entrepris de monter cette pièce. Ça se sent.
Elle l'a magnifiquement transposée et ça fonctionne bien. Que ce soit dans la mise en scène ou dans la scénographie, on y retrouve sa volonté de faire ressortir l'empathie, l'ouverture et le respect de l'autre. La sobriété était un choix juste. Parce qu'il faut avouer que la marche était haute. Le texte de Laurent Baffie est tissé tellement serré qu'il ne laisse pas de place à l'erreur.
Les répliques, souvent du tac au tac, font le rythme de la pièce. Il y a peu de marge de manoeuvre. Jeudi soir, ce qui sautait surtout aux yeux, c'était l'immense travail qui avait été fait par l'équipe de comédiens. La performance qu'ils ont livrée n'était certes pas sans faute mais elle était honorable et impressionnante, surtout. Sans la nervosité de la première et avec une salle bien garnie qui se manifeste à souhait, cette sélection de la metteure en scène recrue gagnera en impact. 
Son choix d'en livrer une version réaliste est fort efficace. Cela fait bien ressortir, comme elle l'espérait, le propos, l'essentiel. Le décor épuré mais bien ancré dans le réel permet aux spectateurs de se concentrer sur les dialogues. Coup de chapeau à Patrick Lacombe et Sophie Gaudreault qui signent la scénographie et l'éclairage. 
Les interprètes ont fait un boulot incroyable. Guy Baillargeon, qui joue le rôle de Vincent atteint d'arithmomanie (s'oblige à compter sans arrêt) et de syllogomanie (accumulation compulsive d'objets) est impressionnant.
D'entrée de jeu, il déferle une série de chiffres avec beaucoup d'aplomb. Il est très convaincant. Tout comme Alain Lemire, en Fred qui est atteint du syndrome Gilles de la Tourette. Édouard Blanc (BOB) et Michèle Leblanc (Lili) récemment repêchés par le TGP se fondent très bien dans cette cohorte de comédiens d'expérience composée également par Marie-Andrée Leduc (Blanche), Yolande Lapointe (Marie) et Marie-Hélène Rheault (assistante du Dr Stern). 
Leur performance est d'autant plus impressionnante que la pièce dure près de deux heures sans entracte. Tout un exercice de concentration. En fait, contrairement à d'autres textes, les erreurs sautent aux yeux et elles sont parfois difficiles à rattraper. 
Mais au final, on en retient le message. Bienveillance, compassion, écoute, tolérance. Une série de mots qui trouvent une forte résonance dans l'actualité des dernières semaines.