Le Théâtre des Gens de la place présente sa première pièce de la saison 2019-2020, Le chemin des Passes-Dangereuses, qui sera présentée à compter de jeudi à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Théâtre des Gens de la place: petite équipe, grand texte

Trois-Rivières — Certaines choses ne doivent pas être précipitées, une période de maturation s’avère nécessaire pour qu’elles atteignent leur plein potentiel. Pour Patrick Lacombe, il a fallu quatre ans pour que le texte de Michel Marc Bouchard, Le chemin des Passes-Dangereuses, parvienne à ce mûrissement optimal. En quatre ans, le texte n’avait pas changé, bien entendu, mais la perspective du metteur en scène oui.

«Je pense que plusieurs expériences dans ma vie ont fait en sorte que je me suis rendu compte des différents problèmes de communication que je pouvais avoir ou que d’autres pouvaient avoir également. La fragilité de la vie aussi, en général... Mon père est décédé l’an dernier assez rapidement. Ce processus-là de la mort était nouveau. Je n’avais pas eu cette communication-là avec la mort. Ce n’est pas juste ça mais ça fait partie de cette réflexion.»

Ce vécu combiné à un alignement des planètes inespéré a permis la concrétisation du projet qui sera présenté par le Théâtre des Gens de la place à compter de jeudi à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. Pour interpréter les trois personnages de ce huis clos, Patrick Lacombe avait trois noms en tête: Étienne Bergeron, Frédéric Dowd et François Laneuville. Trois acteurs fort occupés qui ont pour la première fois l’occasion de jouer ensemble. «Les personnages sont magnifiques et les acteurs sont vraiment remarquables. C’est beaucoup d’investissement parce que c’est un texte qui est assez dense. C’est très porteur. Pour des acteurs, ça me semble être un plaisir de le faire.»

L’histoire est celle de trois frères qui, quelques heures avant le mariage du plus jeune, sont coincés sur le bord de la route qui les menait vers le camp de pêche familial. En attendant les secours en bordure du chemin des Passes-Dangereuses, ils partageront leurs souvenirs d’enfance et leurs mensonges d’adulte jusqu’à atteindre ce qui les hante tous. Cette explosion de vérités brutes se déroule à l’endroit même où leur père est décédé 15 ans auparavant.

«Le texte est magnifiquement écrit. On aurait juste le texte avec les comédiens qui sont là et on n’aurait même pas besoin de moi. Je suis bien content d’être là mais c’est une œuvre qui se livre pratiquement toute seule. C’est pour ça qu’elle est tellement jouée, elle est universelle et traduite en plusieurs langues. C’est une pièce qui parle beaucoup à différentes générations.»

«C’est un texte accessible et poétique. Et ça, la prise de parole poétique par des hommes, il n’y en a pas des masses. Ça me faisait du bien d’avoir un texte qui nous amène ailleurs.»

L’accessibilité et la courte durée de la pièce en font une sortie de choix pour ceux qui ont envie de s’initier au théâtre. D’un autre côté, la profondeur du propos permettra aux amateurs d’y trouver également leur plaisir. «Je dirais que pour quelqu’un qui vient au théâtre pour la première fois ou qui ne vient pas souvent, ce n’est pas rébarbatif, au contraire. C’est très intuitif, très émotif comme texte.»

Le metteur en scène et son équipe ont eu beaucoup de plaisir à extraire du texte la couleur qu’ils voulaient lui donner. «C’est une pièce qui est très courte, environ 1 h 15, mais d’une grande complexité. Un moment donné, il a fallu qu’on arrête de voir les niveaux de lecture. C’est un plaisir en fait. Je m’amuse beaucoup plus en salle de répétition que je peux m’amuser à la présenter. On s’est beaucoup amusé là-dedans mais un moment donné on s’est mis à se soucier de la compréhension du public.»

La petitesse de l’équipe fait partie des bonheurs que le metteur en scène savoure particulièrement. «Les gros shows, c’est quelque chose que je n’ai pas refait depuis Le Dindon (2005) et je ne sais pas si je vais me relancer dans des grosses affaires. J’aime cet aspect très convivial d’échanges et de proximité. Les acteurs participent beaucoup au processus de création. Ils font beaucoup de suggestions. J’aime la collégialité. Marie Provencher, qui fait l’assistance à la mise en scène, participe également. Elle a un coup d’œil féminin et c’est super important, pour ne pas qu’on s’enferme en répétition entre gars. Parce que oui, c’est un texte qui parle d’hommes mais on est également conscient que ça parle à beaucoup d’autre monde.»

Ce travail d’équipe a permis de relever le meilleur du trio d’acteurs expérimentés. «Je trouve que la machine de l’acteur est tellement intéressante quand tu lui laisses la place à rouler. Il y a plusieurs façons de voir ça et chacun a sa méthode de travail mais, moi, je pense que l’acteur devient efficace quand tu lui donnes juste assez d’encadrement pour qu’il soit en confiance et que tu restes ouvert. Pas juste le dire mais l’être vraiment. Il faut laisser de la place aux suggestions pour essayer des choses. Au théâtre, à mon avis, il faut essayer des affaires. On est là pour ça. On arrive à faire des consensus quand on a essayé les choses. Dans un texte comme celui-là, qui n’est pas très long, avec tout le monde, c’est facile de travailler de cette façon et c’est très riche. De plus, c’est plus intéressant pour les acteurs. Ils s’investissent beaucoup plus.»

Sept représentations sont au programme soit les 19, 20, 21 et les 26, 27, 28 septembre à 20 h ainsi que le 22 septembre à 14 h, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. Les billets sont en vente sur le site culture3r.com ou par téléphone au 819 380-9797.