Laurence B. Lemaire livre une interprétation majestueuse de son personnage de Catherine. Elle est en compagnie d’Anthony Ozoraï et en arrière-plan Gabriel Lacoursière.

TGP: Une performance époustouflante

TROIS-RIVIÈRES — Pour son deuxième rendez-vous de la saison, le Théâtre de gens de la place propose un rendez-vous avec Tennessee Williams. Avec «Soudain l’été dernier», on explore la notion de vérité, de même que les traitements plutôt douteux pour les patients qu’on disait fous.

Ceux qui sont familiers avec l’oeuvre du dramaturge américain savent que le texte prendra une grande place, pour ne pas dire toute la place. Il y a peu d’action mais de longues tirades qui représentent un défi d’interprétation énorme. En fait, la pièce repose essentiellement sur le talent de ses acteurs qui doivent jouer en nuances et en finesse.

L’histoire est celle de Catherine qui se retrouve internée à la suite de la mort de son cousin Sébastien lors d’un voyage qu’ils ont fait ensemble l’été dernier. La mère du défunt, Violette Venable, n’accepte pas la version du tragique événement que répète sans cesse la jeune femme. Elle désire la confier au Dr Coukrowicz qui expérimente une méthode prometteuse pour guérir le mal dont elle souffre, la lobotomie.

Un nom à retenir, celui de Laurence B. Lemaire. En fait, elle représente la nouveauté dans cette distribution bien calibrée. Une nouvelle venue qui brille d’un éclat rare. Dès qu’elle entre en scène, la pièce atteint un niveau qu’on sait difficile à atteindre dans ce type de pièce axée sur l’interprétation. Sa Catherine est criante de vérité. On y croit dès qu’elle pose son pied sur la scène, ayant visiblement laissé la nervosité de la première dans les coulisses. Sa livraison est sans faille, franche, assurée mais surtout juste et touchante. Elle maîtrise son texte et en comprend toutes les nuances. Chaque mot résonne en elle et trouve écho dans sa gestuelle fine et naturelle. Elle nous extirpe même quelques larmes tellement on embarque dans ce récit troublant qu’elle nous livre.

La salle est d’ailleurs restée figée jeudi après que les derniers mots eurent été lancés. Aucun applaudissement n’a retenti sur le coup. Il fallait nous donner le temps de revenir à la réalité dont Laurence B. Lemaire nous avait brillamment extirpés.

Le metteur en scène Étienne Bergeron racontait plus tôt cette semaine avoir voulu créer un équilibre en choisissant les interprètes. Carolle Lafrance et Marie-Hélène Rheault sont des habituées de la scène et sont les fondations de cette production.

Carolle Lafrance avait la difficile tâche de lancer la soirée avec un de ces jets de texte qui caractérise l’œuvre de Williams. Il faut dire que pour un soir de première c’était bien livré. Il est vrai qu’on sentait parfois quelques petites bousculades de mots mais le travail du texte fait depuis les derniers mois sera payant.

Marie-Hélène Rheault, qui interprète la mère de Catherine, fait un excellent boulot. Elle a beaucoup de moins de texte mais son personnage fonctionne parfaitement alors qu’il aurait pu basculer dans la caricature.

Gabriel Lacoursière, en Docteur Coukrowicz, Roxanne Pellerin, en soeur Felicity, Étienne Bergeron, qui incarne le frère de Catherine et Anthony Ozoraï, qui est à la fois Sébastien Venable et Mademoiselle Foxhill, font du très bon boulot. Par contre, le choix de faire jouer Sébastien et Mademoiselle Foxhill par la même personne enlevait un peu de crédibilité à la présence du fantôme de Sébastien qu’Anthony Ozoraï livrait fort bien.

Avec une si grande prédominance des mots, la scénographie est plutôt secondaire. Il convient tout de même de souligner que le décor est une belle représentation du jardin luxuriant où se déroule la pièce.

Soudain l’été dernier sera présentée à nouveau samedi à 20h et dimanche à 14 h de même que les 13, 14 et 15 décembre à 20 h.