Sylvain Cossette

Sylvain Cossette: embarquer dans un nouveau TGV

La carrière de Sylvain Cossette se décline comme une série de succès dont chacun ferait l’envie de n’importe quel auteur, compositeur et interprète. En terme de popularité, sa tournée de spectacles 70s avec les trois albums qui en ont émergé n’a probablement pas de comparable. Jusqu’à ce qu’elle soit concurrencée, peut-être, par sa tournée 80s qui se mettra en branle à l’Amphithéâtre Cogeco le 15 septembre 2018.

On en est encore assez loin mais le musicien grand-mérois entrevoit cette nouvelle aventure avec un enthousiasme juvénile qu’il ne parvient pas à masquer. «D’abord, j’ai pu visiter l’Amphithéâtre il y a quelques mois et j’ai vraiment capoté sur l’endroit. Ils ont vraiment tout mis en œuvre pour en faire une salle de spectacle exceptionnelle pour les interprètes. Je me suis tout de suite dit que j’aimerais avoir un jour la chance de faire un spectacle ici. Sans compter que commencer ma tournée dans ma région, à la maison, c’est vraiment un privilège.»

Après l’immense succès de 70s, aborder la décennie suivante s’impose comme une évidence. Ce n’était pourtant pas dans les plans du chanteur, soutient-il. «D’abord, il faut comprendre que j’ai été complètement renversé par le succès de la tournée 70s. C’est simplement une idée que j’avais eue pour me faire plaisir. Ça a tellement marché qu’on a fait un total de 600 spectacles et que j’ai vendu 500 000 copies des trois albums. Sans le savoir, j’ai mis le pied dans un TGV qui a roulé à 500 milles à l’heure pendant cinq ans.»

À tel point qu’il assure n’avoir jamais pu prendre de recul pour apprécier ce succès invraisemblable. «J’ai fait tellement de spectacles que certains matins, en me levant, j’étais convaincu que je n’arriverais pas à chanter le soir tellement j’étais fatigué. Moi, je n’ai pas de demi-mesures: c’est à la planche tout le temps. J’ai pris ça un spectacle à la fois et j’y suis arrivé. Et si j’avais accepté tout ce qu’on me proposait, j’aurais fait au moins 750 représentations! Ce n’est que dans la dernière année que j’ai pris une vraie pause et que j’ai pu savourer ce qui m’est arrivé. J’ai pris conscience à quel point la vie est bonne pour moi.»

Ce n’est qu’au moment de regarder en avant en se demandant ce qu’il aurait envie de faire pour la suite que l’idée d’un spectacle sur les succès des années 80 est apparu. «Honnêtement, je ne l’avais pas envisagé mais bien reposé, dès qu’il en a été question, je me suis mis à mettre par écrit les chansons que j’aurais envie de chanter. À travers Tears for Fears, U2, Hall and Oates, Men at Work, et autres, des idées de scénographie et de textes n’arrêtaient pas de sortir. J’étais emballé! J’ai appelé mon agent et je lui ai dit: voici ce que j’aurais en vie de faire, voici les idées et ça s’appellerait 80s.»

La nostalgie
Le chanteur a 54 ans et il a débuté sa carrière dans les années 80 au sein du groupe Paradox. «Moi, j’ai été contaminé par les années 80, offre-t-il comme image. Avec Paradox, on reprenait les succès de l’époque en faisant parfois jusqu’à sept spectacles par semaine. C’est sur cette musique-là que j’ai appris mon métier.»

«Quand j’en ai parlé à mes musiciens actuels, ils étaient aussi excités que moi. Ils avaient eux aussi des idées pour la scénographie ou les instruments. Moi qui suis un maniaque d’instruments, j’ai plein d’idées à intégrer dans spectacle pour lequel j’ai présentement une liste d’au moins 45 chansons. Comme on va forcément intégrer des medleys, on peut se permettre d’en rajouter.»

Il estime que l’ingrédient déterminant dans le succès de 70s, demeure la simple nostalgie, éternelle réserve de bons souvenirs. «Avec le temps, on oublie les mauvais souvenirs pour ne conserver que les bons. Les années 80, quand on les vivait, on trouvait parfois que les chansons étaient écrasées sous les couches de synthétiseurs et de machines. Mais quand tu enlèves des couches, tu découvres d’excellentes chansons», dit-il en entonnant tout naturellement Don’t You (Forget about Me) de Simple Minds.

«Ça prenait du recul pour vraiment apprécier la musique de ces années-là et maintenant, on sait que U2 ou Tears For Fears et tant d’autres nous ont donné de véritables joyaux. Tout le monde qui les ont connus aiment se replonger dans les succès de cette période.» Et lui, aime repenser à ses premiers pas professionnels avant les albums, les tournées, avant Notre-Dame de Paris, Dracula. «Ça fait des décennies que je ne fais jamais moins d’une centaine de spectacles par année. Je suis un des très chanceux dans cette business-là.»

Par contre, s’il accepte de se donner quelque mérite, c’est, comme il le dit, d’avoir été travaillant et d’avoir fait attention à son plus précieux instrument: sa voix. «Je n’ai jamais fait trop d’abus, j’ai pris soin de moi. J’ai toujours remercié la vie de m’avoir donné la voix d’un gars qui n’a jamais mué! À part pour le répertoire de Leonard Cohen, je peux chanter pas mal n’importe quoi.»

Le directeur musical de l’Orchestre du Conservatoire Sébastien Lépine (à gauche) a déjà commencé sa collaboration avec Sylvain Cossette en vue du spectacle du 15 septembre prochain alors que l’orchestre s’ajoutera à la formation habituelle du musicien dans une représentation de son nouveau spectacle 80s.

Un instrument de plus...

Le spectacle de lancement de sa tournée 80s ne sera pas le premier spectacle symphonique de Sylvain Cossette lui qui a chanté avec l’OSM et quelques autres orchestres symphoniques. Belle revanche pour ce musicien autodidacte qui ne sait même pas lire la musique.

«Je me sens toujours un peu imposteur mais je sais que j’ai une bonne oreille. C’est évident qu’un orchestre symphonique avec le répertoire pop des années 80, ça va être un beau mariage. J’ai trouvé des versions symphoniques de chansons des années 80 sur Internet et c’est vraiment intéressant. Moi, je vais avoir énormément de plaisir et si j’avais été un musicien du Conservatoire, j’aurais adoré participer à un événement comme ça à leur âge.»
Il reste que le grand défi repose sur les épaules de Sébastien Lépine, directeur musical de l’Orchestre du Conservatoire qui aura le mandat d’écrire les arrangements symphoniques. «Ma façon de voir les choses, explique-t-il, c’est que j’intègre simplement un instrument de plus au band et que cet instrument, c’est un orchestre d’une quarantaine de musiciens. Je fais régulièrement des arrangements à plus petite échelle alors, je ne suis pas embêté mais ça reste un beau défi.»

Et la musique pop constitue-t-elle un élément stimulant pour ce musicien de haut niveau? «La musique populaire est un langage comme n’importe quel autre style de musique, répond-il. On va explorer ce langage-là pour bien s’y intégrer. Je ne vais pas renier ce que je fais depuis longtemps, mais je vais l’adapter au contexte. La question que je me pose est: que puis-je apporter de plus à la musique qui est déjà là en utilisant l’orchestre?»
«Ce que j’aime de cette expérience, poursuit-il, c’est qu’elle constitue une expérience très pertinente pour les musiciens de l’orchestre. C’est important pour eux d’apprendre à s’adapter aux différents genres musicaux parce que les musiciens classiques professionnels jouent de tout. Ils devront saisir l’essence de cette musique-là pour l’enrichir de leur apport mais toujours en la respectant.»

Pour ce violoncelliste qui a déjà réalisé les arrangements pour un concert symphonique de la musique de Metallica s’amorce un travail de collaboration qui a déjà débuté par ses discussions avec Sylvain Cossette. «Je vais travailler avec l’équipe de Sylvain pour connaître leur vision. On va travailler sur la version intégrale des chansons mais s’il y a des modifications, ils vont me l’indiquer et de mon côté, je vais apporter mon éclairage. C’est un véritable travail de collaboration.»

Pour ce qui est de jouer devant plusieurs milliers de spectateurs enthousiastes dans un amphithéâtre extérieur, cela ne pose aucun défi particulier au chef d’orchestre. «Les musiciens sont formés à donner des concerts que ce soit de la musique pop ou de la musique classique, ça reste la même démarche. Je sais par ailleurs que le son est excellent à l’Amphithéâtre alors je ne suis pas inquiet quant à savoir comment ça va sonner.»
Par contre, il sait qu’il n’aura pas le luxe de très nombreuses répétitions avec ses musiciens avant le concert puisque les cours reprennent fin août au Conservatoire.

«Ça va faire un début de saison intensif! On devrait avoir au moins cinq répétitions. Ce n’est pas pour apprendre les partitions puisqu’ils peuvent aisément jouer les partitions à vue, mais c’est une question de travailler les nuances avec eux. Il faut obtenir un tout bien intégré et ça, c’est dans de petits détails que ça se fait. Je veux que ce soit unique et que notre apport vienne enrichir le tout.»