Presque méconnaissable avec la chevelure noire de Miss Caseway, Stéphanie Crête-Blais s’en donne à coeur joie dans le grand classique d’Agatha Christie La souricière qui sera présentée au Centre des arts de Shawinigan le 1er février. Elle est ici en compagnie de Guillaume Champoux.

Stéphanie Crête-Blais a retrouvé ses planches

Trois-Rivières — Pendant quatre saisons, elle a été un membre de la famille des téléspectateurs dans le rôle de l’enseignante Virginie Charest dans Virginie, la quotidienne de Radio-Canada. Sept ans après la fin de l’émission, Stéphanie Crête-Blais est toujours aussi active bien que moins visible pour le grand public. La Trifluvienne d’origine ne s’en plaint nullement et poursuit avec enthousiasme la carrière dont elle a rêvé depuis son plus jeune âge.

Si la télévision a outrageusement bouffé son temps et son énergie entre 2006 et 2010, c’est le théâtre, aujourd’hui, qui l’accapare. À preuve, elle sera de la distribution de la célèbre pièce La souricière, d’Agatha Christie présentée le 1er février au Centre des arts de Shawinigan. 

Il s’agit d’une production de La Comédie humaine, une compagnie montréalaise qui s’est notamment donné comme mandat de faire connaître le théâtre auprès des jeunes tout en offrant aussi bien aux adolescents qu’au public adulte des productions de qualité. Stéphanie Crête-Blais a collaboré régulièrement avec cette compagnie au cours des dernières années ce qui lui a permis de beaucoup jouer. «Je suis surtout contente de pouvoir jouer au théâtre de façon régulière, explique-t-elle, mais c’est vrai que j’aime beaucoup ce côté un peu pédagogique qu’a adopté La Comédie humaine. Ça me replonge un peu dans mes années à l’école secondaire Chavigny alors que dans l’option théâtre, on allait voir quatre ou cinq pièces à Montréal à chaque année. J’adorais ça! C’est là que ma volonté de devenir comédienne a vraiment pris forme.»

«Je me sens interpellée par ce côté-là du travail: j’aime beaucoup les discussions que nous avons parfois avec les jeunes au terme des pièces. On peut carrément voir leur intérêt dans leurs yeux: c’est très stimulant. Même pendant qu’on joue, on sent la différence entre le jeune public et les adultes. Les adolescents ont moins de pudeur: ils réagissent davantage sur le coup pendant la représentation et s’esclaffent plus. C’est très vivant.»

Au cours de ses études au Conservatoire d’art dramatique de Montréal entre 1998 et 2002, la comédienne a bien sûr rêvé de faire tu théâtre mais à 37 ans, elle affirme aujourd’hui aimer au même degré le travail devant les caméras de la télévision. «Bien sûr, la télé, c’est très différent. On sait qu’on a de moins en moins de temps pour se préparer et c’est toujours un défi d’arriver à offrir le meilleur de soi très rapidement sous pression. Par contre, on n’y a pas la présence du public qui réagit en direct et le risque qui vient avec le théâtre alors que tu ne peux pas te reprendre. C’est assez grisant ça aussi.»

«Franchement, conclut-elle, j’aime les deux mais j’avoue peut-être un petit faible pour le théâtre. J’ai beaucoup aimé faire Virginie pendant quelques années mais j‘étais contente de replonger dans le théâtre par la suite. J’aime travailler les personnages en profondeur, vivre l’esprit de famille qui vient avec des pièces qu’on présente avec la même équipe sur de longues périodes. Par exemple, nous avons jusqu’ici joué La souricière plus de 90 fois depuis 2015 alors, il se crée des liens très forts entre les membres de l’équipe. En plus, on joue beaucoup en tournée un peu partout au Québec alors, quand on se lance dans un projet comme ça, c’est un grand et long voyage qu’on fait ensemble. Ça, c’est unique et précieux. Par contre, la tournée, ça ne nous laisse pas le loisir de faire autre chose en parallèle.»

Cet «autre chose en parallèle», elle l’imagine volontiers à la télévision. Or, si elle avait le choix, elle aimerait bien un rôle allant à contre-courant de l’image charmante qu’on a d’elle. «Dans Virginie, j’étais la gentille, la douce et c’était très bien. J’aimerais maintenant développer mon côté sombre avec des personnages plus sauvages, peut-être. Quelque chose qui révèle un côté moins évident de moi. C’est toujours le rêve d’une comédienne de trouver un véritable rôle de composition. Déjà, dans La souricière, j’ai le rôle d’une femme au style à la garçonne qui ébranle les stéréotypes d’une époque. J’aime ça. Je me vois aussi volontiers dans des personnages atypiques de femmes comme dans Unité 9. Des personnages d’écorchées, c’est très riche pour une interprète.»

Ce souhait pourrait se concrétiser dès l’été prochain malgré un calendrier qui lui réserve des représentations de la pièce Le concierge au Théâtre Gilles-Vigneault de Saint-Jérôme. «Saint-Jérôme, c’est à proximité de Montréal alors, je serais en mesure de tourner dans la journée. J’aimerais ça. Disons qu’il y a des possibilités.»

Dénonciation

On ne peut pas parler à Stéphanie Crête-Blais par les temps qui courent sans aborder la dénonciation qu’elle a faite sur les réseaux sociaux à l’automne. Elle avait ciblé des comportements inappropriés du réalisateur Sylvain Archambault à son égard lors du tournage d’une publicité. Son message avait fait grand bruit. «J‘avoue que ça a pris plus d’ampleur que ce à quoi je m’attendais, avoue-t-elle aujourd’hui sans pour cela regretter quoi que ce soit de sa sortie. Je l’ai fait de façon très spontanée mais je demeure fière de l’avoir fait. J’ai été la première à dénoncer les inconduites de Sylvain Archambault à visage découvert alors, ça a tourné les projecteurs sur moi, mais on sait maintenant que c’était fréquent dans tout le milieu. L’ampleur qu’a pris le mouvement démontre qu’il fallait qu’il y ait une prise de conscience et qu’on s’attaque aux abus dans notre milieu mais également dans tous les milieux de travail.» 

«Est-ce que le débat a dérivé depuis? Peut-être, mais je crois que tout ça était nécessaire. On verra jusqu’où tout ça va aller mais je suis convaincue que plusieurs gestes inappropriés qui étaient passés sous silence avant ne seront plus tolérés désormais et ça, c’est un avancement important. C’est vrai que j’évolue dans un métier où l’aspect esthétique prend beaucoup de place mais même une très belle femme ne doit pas être considérée que sous ce seul aspect. On s’en va ailleurs et c’est génial.»

Un très grand classique

La souricière d’Agatha Christie est la pièce qui détient le record du plus grand nombre de représentations consécutives depuis sa création dans le West End de Londres où elle n’a jamais quitté l’affiche depuis 1952. Elle a atteint le nombre des 25 000 représentations en 2012 et poursuit aujourd’hui sa route.

C’est la version française de cette pièce qui sera présentée au Centre des arts de Shawinigan le 1er février. La Trifluvienne Stéphanie Crête-Blais y interprète Miss Casewell, une femme un peu étrange qui se retrouve parmi huit personnes enfermées dans une auberge de campagne par une tempête de neige. Or, un meurtre y est commis. Qui, parmi les personnes recluses dans cette auberge, en est l’auteur? Un policier, dépêché sur les lieux, enquête. 

«C’est très classique comme intrigue mais j’avoue que quand j’ai lu la pièce, j’ai été complètement trompée, soutient la comédienne, et je constate à travers la tournée qu’il en est constamment de même pour les spectateurs. C’est d’une efficacité redoutable. Nous, les interprètes, nous jouons beaucoup avec le public tout au long de la pièce pour les déjouer aussi bien à travers la mise en scène que par le jeu de chaque individu. Nous jouons tous double jeu parce que chacun aurait d’excellents motifs pour commettre le meurtre. La pièce est tellement bien écrite, l’intrigue tellement bien ficelée que ça nous donne de la latitude: le texte est comme un filet de sécurité qui nous empêche de nous égarer.»

«En ce qui me concerne, mon personnage est vraiment intéressant. C’est une femme mystérieuse aux allures garçonnes, ce qui défiait les règles de l’époque. C’est déjà différent de mon image habituelle et moi qui adore les perruques, j’en porte une noire, ce qui me change complètement. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils ne m’ont pas reconnue sur la scène! En plus, les styles vestimentaires et le décor nous plongent vraiment ailleurs, dans une tout autre époque. C’est très l’fun.» Ayant joué une version revue et corrigée de Les dix petits nègres d’Agatha Christie pas moins de 225 fois entre 2011 et 2014, Stéphanie Crête-Blais est parfaitement rompue aux règles du genre et elle y prend un indéniable plaisir. «On a joué La souricière plus de 90 fois jusqu’ici mais ça fait quelques mois qu’on est en pause et j’ai super hâte de reprendre. C’est souvent un cliché, mais là, c’est vrai qu’on se renouvelle à chaque représentation. Les réactions du public sont différentes à chaque fois et nous, on se réinvente toujours d’une représentation à l’autre. Surtout que la mise en scène de Michèle Deslauriers est très riche grâce notamment à une trame musicale très efficace à accentuer le suspense et l’arc dramatique de l’oeuvre. Comme on va arrêter dès la mi-février les prochaines représentations, dont celle de Shawinigan, sont d’autant plus spéciales.»