Le rappeur trifluvien Sir Pathétik poursuit sa productive carrière en présentant un 14e album qui s’intitule: Un dernier shooter.

Sir Pathetik maintient le cap

Trois-Rivières — Sir Pathetik ne produit peut-être plus d’albums au rythme effréné d’il y a quelques années, mais il écrit toujours autant et Un dernier shooter, sa plus récente galette, en témoigne éloquemment.

Le rappeur d’origine trifluvienne en est à son 14e opus mais il carbure encore et toujours à la vérité crue qui a fait sa réputation et lui a permis de vendre 165 000 albums en carrière. Il affronte toujours les dures réalités de l’existence mais avec peut-être davantage de la tendresse aimante du père qu’il est aujourd’hui. C’est peut-être la clef de son succès. «Quand j’ai commencé, se remémore-t-il, j’ai décidé de dire ouvertement les choses qui ne se disaient pas et ça a marché du jour au lendemain. Beaucoup de jeunes se sont reconnus dans les thèmes que j’abordais mais aussi dans la façon très directe que j’avais de dire les choses. Je pense qu’il y en a beaucoup à qui mes chansons ont fait du bien parce que ça parlait de ce qu’ils vivaient.»

Cette conscience aiguë de la douleur et de la réalité l’habite au point où il est devenu éducateur spécialisé travaillant avec des jeunes ayant de graves troubles de comportement. Il estime pourtant que son emploi n’influence pas directement son écriture. «Dans le processus d’écriture, je suis complètement concentré sur mon sujet. Je dirais que ce qui a peut-être évolué dans mes chansons, c’est un plus grand souci de trouver les bons mots bien placés dans un vers pour donner un rythme parfait.»

Son rythme de production n’en est pas affecté puisque Un dernier shooter contient 19 titres. «Avec un album contenant seulement dix chansons, je trouve qu’on reste sur notre faim, estime le rappeur. En plus, j’ai dû laisser sept ou huit chansons de côté. Il y en a une, sur un cas de fugueuse, que je n’ai pas mise sur l’album de crainte qu’on me traite d’opportuniste en exploitant un sujet qui a été mis dans l’actualité à travers la série télé. La preuve que l’écriture est constante chez moi, c’est que depuis la sortie de l’album, j’ai deux nouvelles chansons d’écrites.»

Il partage désormais son temps entre son emploi et la musique, toujours exigeante. «J’ai fait 35 spectacles depuis l’an dernier en plus de faire l’album. J’ai connu une période plus calme pendant peut-être 18 mois, mais là, la demande est repartie en hausse presque comme jamais. On ne sait jamais d’avance comment les choses vont aller dans ce domaine. Mes employeurs sont très ouverts et me permettent de poursuivre ma carrière mais c’est clair que je veux conserver mon emploi en même temps que je fais de la musique.»

Pour cet album, il a travaillé étroitement avec Doug Saint-Louis, un ami de longue date. «L’album aurait pu sortir beaucoup plus tôt parce qu’il était prêt mais il y a eu un conflit avec certains partenaires; ça s’est avéré un mal pour un bien. Ça m’a permis de prendre le temps de peaufiner l’album. Même s’il a été réalisé sous ma propre maison de production, me donnant tout le contrôle sur le produit, la qualité est au moins équivalente sinon supérieure à ce que j’ai fait avec Sonny Black à l’époque. Seulement, l’ambiance est différente.»

Difficile, même pour lui, de distinguer une ligne directrice dans ce 14e album. Il écrit en se laissant inspirer par ce qu’il voit au quotidien et qui lui suggère de courtes notes logées dans son téléphone avant de prendre la forme de chansons. «Je touche vraiment à toutes sortes de sujets. Ça vient même parfois de suggestions de fans qui m’écrivent. Quand j’aborde un texte, je ne sais pas où je vais: je me laisse emporter par l’inspiration.»

Quant aux influences musicales, elles sont, comme toujours, éclectiques, rappelant les goûts variés de Raphaël Bérubé, le créateur qui se cache derrière Sir Pathétik. «Je n’aime pas trop l’homogénéité qu’on retrouve souvent dans le hip hop. J’écoute de tout et je me laisse influencer par toutes sortes de courants. Doug m’envoyait des thèmes musicaux de toutes sortes et je faisais le tri; il me connaît tellement bien qu’il sait cibler exactement ce qui me convient.»

Il estime que l’album, qui se retrouve en magasins dans sa forme CD, rejoindra aussi bien les jeunes que les fans plus âgés qui continuent à le suivre tant sur les enregistrements qu’en spectacle. C’est sans doute son dernier album sous forme matérielle: il faut se conformer aux tendances du marché et proposer des enregistrements numériques moins longs, pour favoriser une consommation à la chanson comme cela se fait sur les plate-formes numériques comme I-Tunes où on peut également trouver Un dernier shooter.