La série diffusée sur Netflix connaît un certain succès chez les jeunes, ce qui a inquiété divers intervenants des milieux scolaires et des organismes en prévention du suicide.

Série 13 raisons: appel à la vigilance

Les parents des élèves de la Mauricie English Elementary School (MEES) ont reçu lundi une lettre de sensibilisation et de recommandations en lien avec la série 13 raisons (13 Reasons Why), sujet de controverse parce qu'elle est centrée sur le suicide d'une adolescente qui évoque à travers des enregistrements les raisons l'ayant poussée à s'enlever la vie.
La série diffusée sur Netflix connaît un certain succès chez les jeunes, ce qui a inquiété divers intervenants des milieux scolaires et des organismes en prévention du suicide. Dans la missive envoyée aux parents, la direction de la MEES écrit que «plusieurs jeunes vulnérables au suicide ont été ébranlés par le visionnement et certains ont été fragilisés».
«Si votre jeune est vulnérable au suicide, il n'est pas recommandé qu'il visionne la série. 13 Reasons Why comporte des scènes difficiles à regarder et troublantes pour n'importe quel adolescent, mais d'autant plus pour ceux qui vivent des difficultés, qui ont des problèmes de santé mentale ou qui sont vulnérables», soutient aussi la lettre.
La MEES suggère aux parents de se renseigner pour savoir si leur enfant regarde ou a regardé la série et si oui, de s'enquérir de ses réactions et de ses inquiétudes face à son contenu.
Les ministères de la Santé et de l'Éducation ont récemment transmis à diverses organisations, dont les commissions scolaires, un rappel à la vigilance en ce qui concerne la prévention du suicide, en citant entre autres l'exemple de la popularité de 13 raisons et de ses possibles effets sur les jeunes plus fragiles.
La porte-parole de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Anne-Marie Bellerose, indique que «ces directives ministérielles confirment les actions déjà en place dans nos écoles». 
«On est toujours très vigilants, avec nos psychologues et nos psychoéducateurs, et ce, à l'année longue. On est toujours à l'affût face à nos élèves, surtout les plus vulnérables. C'est certain qu'on est encore plus aux aguets quand on entend parler d'une série comme 13 raisons», souligne Mme Bellerose, en ajoutant que, sur la base d'avis d'experts, on ne privilégie pas les communications de masse dans des cas comme celui-ci.
Les commissions scolaires de l'Énergie et de la Riveraine n'ont pas donné de directives à leurs établissements concernant ce dossier non plus.
L'avis du Centre de prévention suicide
Le directeur général du Centre de prévention suicide: Accalmie, Luc Massicotte, a vu la série au complet. Tout d'abord, il souscrit à l'opinion d'autres organisations de prévention du suicide qui affirment que la série ne doit pas être vue comme un outil de prévention.
«Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de la regarder en famille ou en classe dans le but de sensibiliser ou de faire de la prévention», dit-il.
Il considère qu'on ne peut pas dire aux gens de ne pas regarder la série, mais que son contenu mérite d'être approfondi avec les jeunes - et les moins jeunes, aussi - qui l'ont regardée. Il fait remarquer qu'on ne peut présumer de la façon dont la série sera reçue.
«Il y a des éléments troublants, dont le suicide de la jeune fille en tant que tel. La scène du suicide est très explicite mais pour moi, ce qui est le plus troublant c'est que quelqu'un peut voir dans cette série quelque chose de romantique associé à la mort», déplore-t-il en évoquant ce que certains appellent la «glorification» du suicide. 
«La jeune fille qui s'enlève la vie laisse des traces; elle s'adresse aux gens qui lui ont fait du mal. Ça peut être perçu comme une série qui sensibilise à l'intimidation et à la violence sexuelle, mais c'est aussi une série qui peut induire chez des gens l'idée de mourir dans quelque chose de romantique, en termes de fiction. C'est ce qui m'apparaît le plus dangereux», commente M. Massicotte.
«Si j'avais un enfant victime d'intimidation, je serais préoccupé par son visionnement de la série», ajoute-t-il en rappelant que la ligne 1 866 APPELLE (277-3553) peut aussi servir pour des parents qui voudraient être guidés dans la façon d'aborder la problématique de l'intimidation et du suicide avec leur enfant.