L’auteur Claude Vaillancourt présentait mercredi soir une conférence au cégep de Trois-Rivières portant sur le lien entre Hollywood et la politique. Il était l’invité du Comité de Solidarité/Trois-Rivières.

Se divertir consciemment

TROIS-RIVIÈRES — Le cinéma est une source apparemment inépuisable de divertissement, mais est-ce tout ce qu’il véhicule? L’essayiste et romancier Claude Vaillancourt s’est intéressé à la question et a tiré de sa réflexion un ouvrage, Hollywood et la politique, qui a généré une conférence présentée au cégep trifluvien mercredi soir grâce à la collaboration du Comité de Solidarité/Trois-Rivières.

Le sujet est d’autant plus intéressant qu’il n’a pas été tellement fouillé à la lumière de la tangente qu’a prise le cinéma américain ces dernières années. «On le voit comme un cinéma de divertissement, indique l’auteur, mais il faut bien aussi prendre conscience qu’il véhicule des valeurs. Avec la place que prennent les grands groupes américains dans la diffusion des films, ça devient une très puissante machine à véhiculer des idées.»

Selon l’estimation de l’auteur, il n’y a que six grands groupes américains qui contrôlent l’industrie du cinéma, les entreprises plus petites étant liées à de grands conglomérats. «Le cinéma est d’abord et avant tout une industrie et donc mue par des intérêts financiers. Les intervenants sont là pour permettre à des propriétaires ou des actionnaires de faire de l’argent, et ce, à travers un système plus complexe qu’on le croit généralement.»

Si complexe, en fait, qu’il n’exclut même pas la présence d’un cinéma subversif qui véhicule des idées allant à l’encontre d’une idéologie dominante. «Les États-Unis restent un pays démocratique où la liberté d’expression existe et les films en témoignent mais il y a très peu de rouages qui fonctionnent hors de la mainmise des grands conglomérats. Il y a quelques décennies, au Québec, on avait accès à un cinéma européen foisonnant qui présentait des valeurs différentes mais il a été graduellement effacé du paysage. La grande majorité des salles commerciales est consacrée aux films américains.»

Or, ce cinéma, sans que ce soit une stratégie sciemment élaborée, présente une uniformité qui raffermit un certain nombre de messages. «Ils font des films qui doivent être rentables et qui s’intègrent dans un système qui se défend lui-même. La volonté des intervenants, c’est de faire de bons films mais ils sont conscients de l’effet du cinéma américain sur le public, particulièrement à l’étranger. Il ne faut pas oublier que les gros films américains font plus d’argent à l’extérieur des frontières qu’à l’intérieur même du pays.»

«L’exemple que je donne toujours, c’est qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les Américains ont conclu des ententes avec les gouvernements des pays libérés pour que leurs films soient présentés en exclusivité, ce qui leur permettait notamment de conditionner les marchés pour vendre leurs produits. Les héros américains qui gagnent et libèrent de l’ennemi, c’est bon pour l’image du pays, pour les relations diplomatiques et commerciales.»

Ce pouvoir-là demeure et c’est pourquoi Claude Vaillancourt veut développer l’esprit critique du public, les jeunes plus particulièrement. «Pour reprendre un peu les mots du philosophe Normand Baillargeon, j’essaie de développer l’auto-défense des gens devant ce phénomène et quand je prononce des conférences comme cet après-midi devant des jeunes à l’école secondaire Chavigny, je les sens réceptifs.»

On convient qu’il n’y a pas tellement d’alternatives à la puissance de l’industrie américaine du cinéma. «C’est d’autant plus vrai avec le développement des blockbusters qui profitent d’énormes stratégies de promotion à travers le monde qui ont affaibli les différentes cinématographies nationales. On peut parler d’hégémonie.»

«Je suis toujours frappé par le fait que les blockbusters sont très semblables dans leur contenu. C’est très manichéen avec un héros doté de pouvoirs énormes qui s’oppose au mal pour en triompher au nom du bien. Ça enlève toute notion de solidarité et d’initiative à la population totalement impuissante dans l’affrontement.»

Une image qui rappelle la stratégie électorale de l’actuel président américain qui s’élève comme un héros combattant les maux qui gangrènent le pays: l’immigration, l’establishment, les impôts, les partenaires commerciaux cupides, etc. Claude Vaillancourt acquiesce. «Il prend ses décisions en fonction de plaire à sa base électorale en leur promettant de régler les problèmes de façon très simple. Je ne sais pas si la conscience du public devant la propagande hollywoodienne peut changer les choses, mais c’est un premier pas essentiel comme le fait de voir des œuvres engagées. Ça offre des points de vue permettant d’avoir une juste représentation de la réalité.»