Julie Brosseau en sera cette année à son quinzième Salon du livre animée toujours de la même passion.

Salon du livre: plus que de la lecture

Trois-Rivières — Certains mauvais esprits insinuent parfois que quand on a visité un Salon du livre, on les a tous visités. Ils ne pourraient être davantage dans l’erreur. Chaque salon a sa personnalité, dessinée par les centres d’intérêt spécifiques de sa clientèle et c’est là une constante préoccupation pour la directrice du Salon trifluvien Julie Brosseau.

«J’en suis à mon quinzième Salon du livre comme directrice générale et si j’ai appris quelque chose, c’est qu’on ne peut pas copier un autre Salon. Les gens de la région ont leurs goûts, leurs intérêts, leur approche, qui ne sont pas ceux des gens d’une autre région. Par exemple, à Trois-Rivières, l’histoire intéresse énormément le public, nettement plus qu’ailleurs. Pourquoi? C’est difficile à dire très précisément mais c’est certain qu’on baigne dans l’histoire ici. Trois-Rivières est la deuxième plus vieille ville au Canada, on conserve un arrondissement historique considérable et plusieurs célèbres historiens viennent de la région: on pense à Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière ou Marcel Trudel. C’est carrément une terre d’historiens.»

Quelle qu’en soit la raison, la directrice générale sait que quand elle programme des activités à caractère historique, la réponse du public est toujours bonne. À contrario, à cause sans doute de la présence du Festival international de la poésie qui étanche cette soif chez les amateurs, la poésie a un peu moins de succès lors du Salon trifluvien qu’à celui de Rimouski, par exemple. «Pour les amateurs de poésie là-bas, c’est au Salon du livre qu’ils se donnent rendez-vous et se font plaisir. Ici, ils ont d’autres occasions au cours de l’année. Cependant, la poésie demeure très présente parce que nous avons d’excellents éditeurs ici qui s’en font une spécialité et qui sont systématiquement présents au Salon.»

Autre trait caractéristique du Salon trifluvien, et cela tient assurément à la composition de sa population, les activités s’adressant au public des aînés sont très courues. «Notre après-midi des retraités La Sittelle (vendredi) sera assurément un succès», avançait-elle au moment de l’entrevue. Mais je me dois de préciser que les retraités qui nous visitent sont des gens très actifs tout comme ceux, nombreux, qui travaillent avec nous comme bénévoles.» Dans le contexte, Julie Brosseau se dit convaincue que des activités comme la conférence du Dr Éric Simard sur la longévité (qui avait lieu vendredi) tout comme Alzheimer: Carpe Diem et les proches aidants, la rencontre avec Nicole Poirier, de Carpe Diem et Florence Pauquay, directrice générale d’APPUI Mauricie le dimanche 31 mars à 11 h 30 à l’Espace Radio-Canada, vont attirer beaucoup de monde.

Le public du Salon du Livre de Trois-Rivières aime les conférences. On a expérimenté une programmation plus touffue dans ce créneau l’an dernier avec un beau succès qui fait en sorte qu’on revient avec ce format. Les sujets seront variés, allant de la cuisine avec le cannabis à l’histoire trifluvienne en photos en passant par la santé mentale, le vivre ensemble, la parentalité ou le Québec de demain. «Les gens aiment approfondir des sujets, explique Julie Brosseau. Passer une heure avec un spécialiste, aller davantage en profondeur, c’est ce que les conférences permettent. Ce ne sont pas forcément tous les auteurs qui sont à l’aise avec cette approche parce que ça implique que l’invité développe lui-même son sujet avec une structure bien définie. Plusieurs préfèrent répondre aux questions d’un animateur à qui ils laissent le soin de les amener où il le veut. L’an dernier, on s’est donné une programmation de conférences plus étoffée et le public a très bien répondu. On le refait cette année et je crois que ça va devenir une caractéristique de notre Salon à l’avenir.»

Lecteurs assidus ou pas

En fait, ce que la popularité des conférences suggère, c’est que certains visiteurs ne sont pas strictement d’avides lecteurs mais aussi des gens qui prennent plaisir à écouter un auteur discourir. «Les gens pensent souvent que le Salon du livre s’adresse strictement à de gros lecteurs mais mon expérience me démontre que ce n’est pas le cas, commente Julie Brosseau. C’est aussi une occasion de s’informer sur toutes sortes de sujets, de voir quels thèmes sont dans l’air du temps et en apprendre davantage sur ceux-ci. On a, si je ne m’abuse, 259 activités sur scène pendant les quatre jours de l’événement. Il y a pas mal de gens qui viennent spécifiquement pour assister aux discussions et à la fin de celles-ci, leur curiosité est piquée et ils vont aller jeter un coup d’œil sur des livres pour approfondir un sujet.»

«Quand on dit que le Salon s’adresse à tout le monde, on ne parle pas nécessairement de groupes d’âges ou de profils d’intérêts. On pense aux lecteurs assidus comme à ceux qui ne le sont pas du tout. La présence de Normand Baillargeon comme président d’honneur s’inscrit bien dans ce contexte. C’est un homme brillant, extraordinairement éloquent et qui peut ouvrir à ses auditeurs de multiples horizons à cause de sa vaste culture et de ses nombreux champs d’intérêt. Il est toujours passionnant à écouter.»

C’est une des raisons pour lesquelles l’aménagement physique du Salon prend une grande importance: il faut que l’endroit soit accueillant, qu’il favorise les rencontres, les discussions mais aussi le furetage. «C’est certain que l’arrivée dans les nouvelles installations du CECi nous donne des opportunités exceptionnelles. D’abord, l’endroit est magnifique et l’ambiance va être différente et très agréable. Ça nous permet de présenter enfin le brunch littéraire que j’avais envie de mettre sur pied depuis un bon bout de temps. On a désormais l’espace pour le faire.»

«J’ai présidé à notre retour à l’hôtel Delta il y a quelques années et nous avons aménagé le Salon en fonction des lieux proposés. Aujourd’hui, le défi, c’est de le réaménager selon la même formule de base mais avec de nouveaux locaux. On va conserver les salles qu’on avait déjà mais on va en rajouter d’autres en utilisant, par exemple, l’espace qui était auparavant dévolu au restaurant de l’hôtel, Le Troquet, pour aménager de nouvelles salles pour présenter des conférences, notamment.»

«Mon objectif à l’avenir, c’est moins de faire grossir le Salon que de le faire grandir. J’entends par là qu’avec environ 15 000 visiteurs, on est pas mal dans notre objectif. Je préfère avoir 15 000 visiteurs heureux de leur expérience qu’en avoir 25 000 qui n’ont pas aimé leur Salon. On va donc profiter de l’espace nouveau pour rendre le Salon plus intéressant et plus divertissant encore.»

À un livre près d’adorer la lecture

Est-ce que vous lisez beaucoup, Julie Brosseau? «Non, pas tellement.» Venant de la directrice générale du Salon du livre, la réponse surprend un peu mais la nuance qu’elle apporte est judicieuse. «En fait, la vraie réponse, c’est que je ne lis pas autant que je le voudrais. J’ai le travail et la vie de famille qui accaparent forcément beaucoup de mon temps, alors, ce n’est pas évident de trouver tout le temps que je souhaiterais pour lire. J’ai un truc: je n’écoute presque pas la télévision. Le temps que j’y consacrerais, je me le réserve pour la lecture qui devient ainsi un temps privilégié.»

Dans cette réponse presque candide, la directrice du Salon du livre trifluvien trahit tout de même une des vocations de l’événement. «Le Salon ne s’adresse pas qu’aux convertis: c’est aussi une occasion d’initiation à la lecture, de leur faire faire des découvertes aux visiteurs, les émouvoir, les faire réfléchir. Ils vont trouver tout ce qu’il faut au Salon pour se divertir ou approfondir leur réflexion de retour à la maison. Ce qui nous importe, c’est de rejoindre les gens, qui qu’ils soient. On n’est pas là pour les forcer à lire: on veut d’abord qu’ils soient simplement heureux de venir nous voir et on a confiance qu’on peut les aider à découvrir le grand plaisir de lire.»

Julie Brosseau, elle, a déjà été une très grande lectrice. Toute petite, au sein d’une famille qui voyageait beaucoup, papa avait eu la bonne idée de donner un nouveau Tintin à sa fillette au début de chaque long voyage en voiture. «Un autre coup de cœur de ma jeunesse dont je garde encore le souvenir, c’est Le crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie dont j’admirais la ruse comme auteure.» 

Au cégep, elle a même choisi un cours de littérature comme cours complémentaire pour satisfaire son appétit. Au cours de ses études universitaires à l’Université Laval en sciences politiques et en histoire, ses professeurs se chargeaient de la nourrir. «Il y a eu une découverte à cette époque qui a eu un énorme impact: c’est la série Les Rois maudits de Maurice Druon. Ça a changé ma vie de lectrice! J’ai vraiment découvert le pur plaisir de lire et de ne jamais vouloir déposer le livre. C’est ce que je souhaite à tous.»

C’est en ce sens que la nouveauté du kiosque des Prescriptions littéraires au Salon du livre sera précieuse. Il suffira de s’y présenter pour se faire conseiller des coups de cœur d’auteurs ou des suggestions de la part de libraires expérimentées. Un kiosque qui distribue les coups de cœur en somme. «Le Salon, peut-être plus que tout, est une occasion de découvertes, dit la directrice générale. Comme le dit Audrey Martel, de la librairie l’Exèdre, nous ne sommes tous qu’à un livre près d’adorer la lecture.»