Des ennuis de santé ont forcé Renée Martel à faire une croix sur les spectacles d’une tournée prévue pour 2019 et 2020, mais il n’était pas question pour elle d’annuler son spectacle au Festival western de Saint-Tite ce week-end.

Saint-Tite, c’est sacré pour Renée Martel

TROIS-RIVIÈRES — Personne n’a jamais mis en doute l’attachement de Renée Martel pour le Festival western de Saint-Tite et vice-versa, mais la chanteuse en fait cette année une preuve tout à fait émouvante. Aux prises avec un cancer du sein diagnostiqué en juin dernier, elle a annulé tous les spectacles d’une tournée prévue pour 2019 et 2020 mais a refusé d’annuler celui qu’elle met en scène à Saint-Tite et qui sera présenté le samedi 14 septembre au Country Club Desjardins.

«Quand est venu le moment de prendre la décision d’annuler mes spectacles pour 2019, ça m’a fait mal au cœur mais je savais que c’est ce qu’il fallait faire, commentait-elle la semaine dernière en entrevue téléphonique avec Le Nouvelliste. Quand il a été question de Saint-Tite, je n’étais tout simplement pas capable d’annuler; ça me faisait trop mal au cœur. Alors, j’ai prévu un plan A, un plan B et un plan C pour être sûre que je puisse y aller peu importe les circonstances.»

À une semaine du début de l’événement, la reine de Saint-Tite avait confiance en son plan A et avait déjà hâte à l’événement. «Je vais être là et ça va bien aller. Je vais subir le traitement de chimiothérapie suivant deux jours plus tard, alors, ça tombe bien.»

Ses propos exprimés avec une conviction inattaquable reflète l’attitude avec laquelle elle affronte cette nouvelle épreuve dans une vie qui n’en a pas manqué. «J’ai déjà vécu une lutte contre le cancer dans le passé, alors, je sais un peu à quoi m’attendre même si ce n’est pas la même sorte de chimiothérapie. C’est sûr qu’il y a des jours plus difficiles que d’autres et où je suis fatiguée, mais ça va aller. Je suis très positive et je pense qu’il n’y a pas d’autre façon d’affronter la maladie.»

Son attitude de bagarreuse se reflète non seulement dans les mots mais également dans le ton de sa voix: énergique et franche. Pas du tout celle d’une femme qui serait abattue moralement ou même physiquement.

Cela dit, il ne faut être ni psychologue ni médecin pour comprendre que l’accueil du public de Saint-Tite constituera pour elle le meilleur traitement. «Le festival de Saint-Tite a toujours été un moment à part pour tous les amateurs de country et pour les artistes qui y participent. Il y a beaucoup de beaux événements country qui sont très agréables partout en province et dans les Maritimes et ce, à longueur d’année mais Saint-Tite, c’est vraiment spécial. Ce n’est pas pour rien que plusieurs artistes profitent de l’événement pour y lancer des albums comme Laurence Jalbert va le faire cette année. C’est toujours une très grande fête du country.»

«Personnellement, c’est le moment de l’année que j’aime le plus. À chaque fois que j’y vais, j’ai l’impression que les gens me disent: «Bienvenue chez toi, Renée!» En tout cas, moi, c’est comme ça que je le sens. C’est un public que j’adore.» Et quiconque a déjà assisté à un spectacle de l’icône au Festival western sait que le sentiment est réciproque. On ressent des frissons à simplement imaginer l’accueil que le public réservera à Renée Martel cette année.

Dans les circonstances pénibles que l’on sait, la chanteuse a dû adapter un peu le spectacle qu’elle met en scène. Sa participation en tant qu’interprète sera quelque peu diminuée. «Je pense que les gens vont comprendre: je vais chanter, mais moins que je l’aurais voulu», dit-elle avec un soupçon de regret dans la voix, premier moment de l’entrevue où la cowgirl dorée laisse poindre une quelconque tristesse.

Quand on lui demande ce qu’elle va chanter, elle retrouve immédiatement son côté espiègle par une réponse laconique: «Des chansons... (petit rire). Je ne dirai pas ce que je vais chanter parce que je veux laisser la surprise au public mais je vais vous dévoiler qu’il y a une chanson que je vais interpréter en compagnie des quatre filles qui sont dans le spectacle et qui devrait être vraiment très spéciale pour le public. Ça le sera pour moi, en tout cas.»

larges horizons

Parlons donc de cette liste d’invités qui vont incarner le thème choisi pour cet événement complètement original: La fête à Saint-Tite! La grande dame du country a mis sur sa liste plusieurs artistes d’horizons variés, dont certains intrigants: on pense aux Frères à ch’val, à Yves Lambert ou encore Marc Hervieux qui se joindront à d’autres, plus étroitement associés au country: Paul Daraîche, Laurie Leblanc, Manon Bédard, Laurence Jalbert et Annie Blanchard.

«Cette année, j’avais envie d’inclure d’autres genres musicaux que le country dont le folklore que j’ai toujours beaucoup aimé. Encore une fois, j’ai été super chanceuse parce que tout le monde a accepté mon invitation.»

Le respect et l’amour que porte le public à Renée Martel semble être partagé par ceux et celles qui font le même métier qu’elle. «Des gens du métier m’avertissent à l’occasion que je pourrais avoir de la difficulté à travailler avec un tel ou une telle mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais eu le moindre problème. Les artistes acceptent invariablement mes invitations avec enthousiasme et le travail se déroule toujours de façon extrêmement professionnelle. On est dans le même bateau: on travaille tous dans le but d’offrir le meilleur spectacle possible à ce public de fans. Il n’y a jamais d’ego individuel dans ces projets mais simplement un ego collectif. Pourtant, Dieu sait j’ai travaillé avec des grandes vedettes: Isabelle Boulay, Roch Voisine, Julie Daraîche, etc. et ça s’est toujours fait dans la complicité, un très grand respect et avec énormément de plaisir. Cette année, je suis allée chercher les Frères à ch’val et Yves Lambert qui ne sont jamais venus à Saint-Tite et ils ont accepté sans la moindre hésitation.»

Dans les circonstances, on le devine aisément, Renée Martel a délégué davantage de ses tâches de conceptrice et de metteur en scène à des collaborateurs. «J’ai écrit le spectacle mais j’ai diminué mes tâches quelque peu. Je me suis arrangée pour gérer mes énergies même si je n’ai pas lésiné sur les moyens et la qualité des artistes invités. Ce qui est merveilleux, c’est qu’il y a une fraternité entre nous. Ça se fait toujours dans l’amitié.»

L’histoire d’amour réciproque entre le Festival western de Saint-Tite et celle qui détient probablement le record de participations a ceci de formidable qu’elle demeure aussi intense après 52 ans. «Quand je vois ce que c’est devenu, je suis estomaquée: on n’aurait jamais pensé ça la première année du Festival. Je me souviens, j’étais venue avec mon père, c’était tout petit. C’est formidable comment ils ont évolué.»

«Il faut aussi rendre hommage au résidents du village qui, une fois par année ne leur appartient plus. Les gens se prêtent à cet envahissement de bonne grâce même si ça bouleverse complètement leur vie quotidienne. Ils participent, même, en décorant leur maison. C’est beaucoup grâce à eux que le Festival de Saint-Tite est toujours une fête. C’est cette atmosphère qui attire tant de gens mais je peux vous le dire: c’est vrai pour les artistes aussi.»