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Running Piece était présentée au Centre des Arts de Shawinigan.
Running Piece était présentée au Centre des Arts de Shawinigan.

Running Piece: courir vers l'infini

Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste
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CRITIQUE / Si vous vous adonnez à la marche ou à la course sur tapis roulant, il serait étonnant que vous ayez déjà eu l’idée d’y danser. Au mieux vous avez fait quelques uppercuts quand Eye of the Tiger a résonné dans vos écouteurs ou fait une passe de air drum quand votre chanson préférée de Bon Jovi vous a inondé les tympans. Ne rougissez pas si c'est votre cas, on ne vous jugera pas ici mais disons simplement que votre liste de musique serait due pour être renouvelée.

Je ne sais pas ce qui jouait dans les oreilles de Jacques Poulin-Denis, quand il a eu l’idée de créer Running Piece, mais on peut s’imaginer qu’il s’ennuyait à mourir en courant sur sa machine.

Créer un spectacle avec un gars et un tapis roulant, le concept est dans ce qui se fait de plus simple. Mais ne vous laissez pas tromper par les apparences, Running Piece n’a rien d’anodin. Au contraire, c’est une proposition aussi époustouflante… qu’essoufflante!

Si le spectacle s’amorce à un rythme plutôt lent, on pourrait penser que c’est pour laisser le temps aux spectateurs retardataires de prendre place dans la salle sans trop se sentir gênés. Comme j’y étais assise depuis un bout, je confesse que je me suis demandée où tout ça allait. Par contre, quand le rythme s’est véritablement installé, j’ai compris. Cette zone tampon était nécessaire pour s’extirper de la course folle qui nous avait amenés jusqu’à ce moment. Après avoir lâché prise, on pouvait beaucoup mieux accueillir ce qui s’en venait.

Pour la seule représentation qui avait lieu samedi soir à Shawinigan, Fabien Piché était l’interprète qui a tenté de dompter la bête mécanique. J’hésite entre le qualifier d’artiste ou d’athlète mais, après sa performance, il n’y a pas de raisons pour que les deux ne puissent pas cohabiter dans les mêmes souliers.

Son interprétation était impressionnante autant par son exigence physique que par l’émotion qu’il parvient à y insuffler. Parce que oui, Running Piece est beaucoup plus qu’un gars qui sue en courant sur place.

L’idée de la course folle quotidienne, malgré qu’on se félicite d’avoir ralenti le rythme en raison de la pandémie, n’est jamais un concept complètement désuet. Au contraire, avec le vécu des derniers mois, on a le recul pour constater l’ironie de la chose. On court sans arrêt mais on ne va nulle part.

Les différents tableaux de la soirée n’ont pas une puissance égale, fort probablement parce que la lecture qu’on en fait sur le moment est variable. Par ailleurs, comme tout spectacle réussi, il nous habite après avoir quitté la salle. Certains segments sont gonflés par la musique électro et les projections qui définissent l’effet d’horizon accentuant l’impression d’aller vers un but précis. D’autres portions sont tout en douceur comme une poésie qui surprend par sa cassure et qui émeut par sa symbolique. Dans tous les cas, ça fonctionne, ça percute.

Le spectacle ne dure qu’une heure et on comprend que pour l’athlète/interprète c’est tout un accomplissement mais, égoïstement, comme spectateur confortablement assis, j’en aurais pris encore.

Fabien Piché était extraordinaire mais il convient également de parler de la performance du tapis. Ce qui est, au premier abord, une simple machine en apparence inoffensive, s’avère être un partenaire de danse redoutable. Ce n’est pas qu’un vulgaire élément de décor mais un personnage qui en vient, à certains moments, à prendre le contrôle de l’interprète, comme s’il était un pantin. 

D’ailleurs, cette machiavélique machine, qui ferait rêver bien des coureurs, a été entièrement faite sur mesure par la compagnie Omnifab de Louiseville. Deux modèles différents ont même été créés dans le parc industriel louisevillois depuis le début de ce projet en 2016. 

Le plus dommage de cette soirée, c’est qu’il n’y avait qu’une poignée de spectateurs dans la salle. On aurait voulu qu’un tel moment de grâce puisse être savouré par un plus grand nombre de personnes.