Rose-Marie Perreault

Rose-Marie Perreault: le talent qui s’impose

Trois-Rivières — Rose-Marie Perreault devait assister à la première trifluvienne de son nouveau film, Avant qu’on explose, mercredi dernier mais son emploi du temps est tel qu’elle n’a pu venir à cause d’un autre engagement professionnel. L’anecdote est banale mais révèle pourtant quelque chose de significatif de la toute jeune mais fulgurante carrière de la comédienne d’origine trifluvienne: son succès météorique ne peut plus être vu comme l’effet d’un heureux hasard.

En 2015, à 20 ans, la jeune femme faisait sa première apparition dans un long métrage: Les démons. Elle a, depuis, interprété plus d’une douzaine de rôles dans des longs métrages au cinéma, huit rôles à la télévision et un autre au théâtre. Une telle fulgurance dans un métier où la gloire tardive est bien davantage la norme, si tant est qu’un interprète la connaisse un jour, est renversante. La chance? Sa nomination à titre de meilleure actrice pour son rôle dans Les faux tatouages aux Prix Écrans canadiens exclut cette hypothèse. Reste le talent.

Une nouvelle démonstration en est faite avec la série Le monstre présentement disponible sur ICI TOU.TV Extra. Une autre étape majeure dans le cheminement de la comédienne: elle est l’interprète principale de la série en six épisodes d’une heure. Le monstre fait l’objet d’une lourde campagne de promotion et elle est tirée des deux bouquins autobiographiques d’Ingrid Falaise qui ont connu un énorme succès de vente.

«C’était un gros défi, convient Rose-Marie Perreault. C’est la première fois que j’interprète le personnage principal dans une série ou un film. En plus, j’étais de toutes les scènes du tournage qui a duré 35 jours. Ça m’a obligée à une grande rigueur dans le travail pour tenir le coup. Les gens ne s’en doutent pas mais ça peut être très exigeant physiquement: il faut être disciplinée et s’assurer de bien se reposer, bien manger, etc. Mes journées de tournage commençaient à 5 h AM quand une voiture venait me chercher et on avait parfois des journées de travail qui duraient 15 heures.»

Et cela, sans compter la nature même du scénario portant sur une jeune femme victime d’un conjoint terriblement violent et contrôlant. «On avait plusieurs scènes très physiques à jouer: il fallait que je sois concentrée et c’était très intense. Je n’ai pas cherché à me détacher de la vulnérabilité du personnage alors, c’était psychologiquement assez lourd à porter, jour après jour. J’ai été très contente de quitter la peau de mon personnage de Sophie au terme du tournage. Elle a néanmoins continué de m’habiter pendant un bout de temps par la suite.»

Cela dit, elle ne garde de cette expérience de tournage que de bons souvenirs. «Ç’a été ma plus belle expérience à ce jour. On avait une équipe tissée très serrée, on s’épaulait les uns les autres. Le fait d’aller tourner en Afrique du Nord nous a notamment beaucoup rapprochés.»

«On était tous conscients d’être porteurs d’un message à caractère social et que ça allait plus loin que de la simple fiction. Chaque matin, dès l’étape du maquillage, je sentais la solidarité du groupe alors que les maquilleuses jasaient avec moi et me réconfortaient.»

Elle admet également que ce rôle lui a ouvert les yeux sur une réalité qu’elle ne connaissait pas intimement. «Mine de rien, il m’a fallu vivre avec ça par l’intermédiaire du personnage de Sophie. J’étais stressée dès le début du tournage: c’était la peur de ne pas être adéquate pour assumer toute la responsabilité que ça implique. Je suis comédienne, pas intervenante sociale. J’avais peur que ça provoque une certaine vague de gens désirant se confier et je ne suis pas outillée pour ça. On a eu deux rencontres avec des intervenants de SOS violence amoureuse qui nous ont beaucoup aidés là-dessus. Le fait de savoir qu’Ingrid (Falaise) n’était jamais très loin était rassurant. Je sais qu’elle est parfaitement en mesure d’assumer le rôle de porte-parole pour cette cause-là même si, de mon côté, je suis heureuse de défendre cette cause qui me tient à coeur désormais.»

Inspirée

Prêter son talent à Sophie, c’est aussi devenir Ingrid Falaise, véritable victime de cette terrible histoire. C’est une des fourberies du travail de comédienne, profession décidément hors du commun: incarner quelqu’un de vivant, qu’on connaît et qui aura sur notre travail un regard forcément critique. «Nous ne nous sommes rencontrées que trois fois pour discuter sérieusement et ç’a été très émotif pour nous deux. C’est vraiment troublant de rencontrer quelqu’un qu’on va incarner à l’écran. Ingrid a préféré ne pas venir sur le plateau, sans doute parce que c’était un peu pénible pour elle à revivre mais aussi pour ne pas m’influencer. Par contre, elle m’a écrit pendant le tournage parce qu’elle voyait les scènes tournées quotidiennement et elle m’a beaucoup encouragée.»

«Cette femme-là est une inspiration pour moi. Elle m’impressionne beaucoup mais pendant le tournage, j’ai tout fait pour oublier que j’incarnais Ingrid, histoire de ne pas porter cette pression supplémentaire. Oui, c’est une histoire vécue, mais le personnage de Sophie universalise la chose: elle est toutes les victimes de violence amoureuse. En plus, j’ai investi de moi-même dans ce personnage. D’accord, c’est l’histoire d’Ingrid mais c’est aussi un personnage de fiction.»

S’il a été lourd à porter, le personnage lui a aussi permis de partir à la découverte d’une facette humaine qui lui était peu familière. «C’est peut-être l’aspect de ce travail qui est le plus intéressant pour moi: chaque personnage est un être humain dont on cherche à comprendre les motivations profondes. C’est un processus tout simplement fascinant et je crois vraiment que je ne m’en lasserai jamais. C’est un constant travail d’exploration de l’humain qui me fascine à chaque fois.»