Les quatre protagonistes de la pièce Des vrais hommes n’ont manifestement pas la même vision d’une fin de semaine de ressourcement mâle. Devant Robert Turcotte debout, on retrouve, de gauche à droite: Rémi Francoeur, Martin Bergeron et Frédéric Lévesque-Saindon.

Rire n’exclut pas la réflexion

TROIS-RIVIÈRES — Jolie démonstration que celle qu’offre le Théâtre de l’Île cet été avec la présentation de la pièce Des vrais hommes. Une preuve convaincante qu’on peut faire du théâtre estival de qualité avec une comédie apparemment légère qui arrive à soutenir un propos pas bête du tout.

Le magnifique cadre naturel de l’île Saint-Quentin devient, pendant une centaine de minutes, la nature sauvage des alentours du lac Perdu où s’aventurent quatre citadins dans le contexte d’une fin de semaine de «ressourcement mâle». Tous n’ayant pas les mêmes intentions non plus que la même notion de ce que représente l’exercice, les personnalités se heurtent pour créer la dynamique de la pièce. On retrouve Serge (Robert Turcotte), le modeste et presque simplet gérant d’une épicerie de campagne, Paul (Rémi Francoeur), l’avocat arriviste et tordu, Robin (Martin Bergeron), le grand émotif féru de nouvel âgerie en tous genres, et André (Frédéric Lévesque-Saindon), le meneur spirituel, la voix de la raison dans ce groupe multicolore.

En partie à cause de leur bêtise, en partie parce qu’ils affrontent une nature devant laquelle ils sont démunis, nos hommes sont poussés vers certaines de leurs limites au cours de l’expérience, ce qui les amène à se dévoiler plus qu’ils ne l’auraient souhaité et à se découvrir par la même occasion.

S’il baigne dans une atmosphère résolument comique, le propos demeure pertinent et plus dense que ce à quoi on pourrait s’attendre d’une comédie estivale légère telle qu’elle se présente dans les premières scènes de la pièce. Même dans les nombreux dialogues humoristiques, le propos demeure. Les caractères des personnages sont typés et cohérents mais la volonté des auteurs Andrew Wreggit et Rebecca Shaw, très justement traduits par Johanne Seymour, se manifeste dans sa volonté de nourrir une certaine réflexion sur la condition masculine. Le rire n’exclut pas la prise de conscience, beaucoup s’en faut.

Dans le contexte particulier du Théâtre de l’île, le metteur en scène Adamo Ionata a misé juste. À cause du contexte de l’expédition en nature que soutient forcément l’environnement dans lequel la pièce est interprétée mais aussi pour ce mélange de rire et de réflexion.

J’aurais personnellement forcé un peu plus sur le rire dans la recette à travers le jeu des comédiens parce qu’on sent qu’il reste de la place pour un peu de cabotinage de bon aloi. Cela dit, les quatre comédiens sont solides. Une mention s’impose pour le jeu nuancé, juste et vraiment bien dosé de Frédéric Lévesque-Saindon et une autre pour le côté éclaté de Martin Bergeron qui assume admirablement le côté désespérément téteux et maladroit de son Robin. C’est à lui qu’incombent les numéros comiques les plus déjantés et il s’y montre tout à fait réjouissant.

Si la pièce laisse tout l’espace aux interprètes, impossible de ne pas remarquer l’excellente et minutieuse mise en scène.

Les contraintes du théâtre en plein air ont inspiré Adamo Ionata qui a su combiner dans de très justes proportions l’apport de certains éléments techniques avec la simplicité de moyens pour créer de vrais moments de théâtre. Un effet sonore, des éclairages offerts par quelques projecteurs et on se retrouve devant un feu de camp convaincant, sous une bâche pendant un orage ou encore sur le bord d’une rivière à franchir.

Il suggère avec efficacité plusieurs situations auxquelles on adhère volontiers et propose même quelques gags visuels intéressants; dès lors, les dialogues de la pièce peuvent tout naturellement jouer leur rôle. On a peut-être manqué un peu de rythme à certains moments, mais dans le contexte, il est très facile d’être indulgent.

Le metteur en scène a assurément de bons interprètes sous ses ordres mais a quand même su les diriger avec justesse pour qu’ils campent de façon claire et convaincante ces personnalités contrastées.

C’est donc une belle production qu’offre le Théâtre des Nouveaux Compagnons à l’île cet été. Du théâtre divertissant qui fait rire sans être vide d’idées et de propos. Les quelque 75 spectateurs de la représentation de mardi soir ont semblé bien apprécier. Il semble qu’on en comptait beaucoup plus la semaine précédente mais certains ont peut-être craint, à tort, les orages au cours de la soirée.

Qu’importe puisque la pièce sera reprise de nouveau pour les trois premiers mardis du mois d’août. La représentation est gratuite mais il en coûte 5 $ par voiture pour avoir accès à l’île Saint-Quentin. Apportez votre chaise.