Richard Therrien
Ensemble depuis plus de 50 ans – Judi Richards a 70 ans, Yvon Deschamps, 84 –, ils partagent leur temps entre le sudoku et la technique Nadeau!
Ensemble depuis plus de 50 ans – Judi Richards a 70 ans, Yvon Deschamps, 84 –, ils partagent leur temps entre le sudoku et la technique Nadeau!

TLMEP: les confinés heureux

CHRONIQUE / Y'en a pour qui le confinement est une prison, qui meurent d'envie de sortir pour retrouver un semblant de «vie d'avant». Et y'en a qui s'accommodent plutôt bien de cette vie d'intérieur, qui y trouvent même un certain réconfort, une occasion inattendue de s'accorder du temps à soi, et qui ne voient pas l'urgence de sortir à tout prix. Déconfiner ou rester confiné, il en a beaucoup été question dimanche sur le plateau de Tout le monde en parle.

Prenez Yvon Deschamps et Judi Richards, pour qui la vie n'a pas tellement changé, eux qui n'étaient déjà pas des «sorteux»; le couple radieux, à qui je décerne l'étoile du match pour son positivisme à toute épreuve, a accordé l'entrevue de son domicile de l'Île-des-Soeurs. Ensemble depuis plus de 50 ans – elle a 70 ans, lui 84 –, ils partagent leur temps entre le sudoku et la technique Nadeau! Marie-Soleil Michon, qui habite leur immeuble, joue les livreuses à leur intention. À regret, ils ont dû rentrer de la Floride un mois plus tôt que prévu, prenant le soin de tout nettoyer sur leur passage et traînant leurs propres draps dans les hôtels! Favorable au déconfinement progressif des aînés, Yvon a fait promettre à Judi de ne jamais l'envoyer dans un CHSLD. «On va rester ensemble jusqu'à la fin, c'est sûr et certain», a enchaîné la chanteuse, l'amour dans les yeux.

Le confinement, François Pérusse connaît ça depuis longtemps. «Ça n'a rien changé, je sors aussi souvent que je sortais avant, c'est-à-dire pantoute! [...] Ça fait 59 ans que je suis en confinement, je m'embarrais aux toilettes au début», a blagué l'humoriste, qui soufflera 60 bougies en octobre. Les fans confinés lui réclamaient des sketchs, il leur en a donné: ses capsules ont depuis franchi la barre des 50 millions de vues sur YouTube. Bonne nouvelle: l'exercice lui a donné envie de produire un nouvel album, ce qu'il fera. L'humoriste admet néanmoins «trouver ça long» de travailler en solo dans son studio et songe à des collaborations, quand la crise se sera estompée.

Normand Laprise craint que la moitié des restaurants ne se remettent pas de la crise. «Surtout les jeunes qui venaient de démarrer leur entreprise», anticipe le juge des Chefs!, qui déplore que les restaurateurs ne soient pas consultés pour une éventuelle réouverture, afin de se préparer en conséquence. Copropriétaire du Grumman'78, Gaelle Cerf admet qu'elle ne serait pas en mesure de rouvrir en juin, si c'était la consigne. «J'ai la chienne, honnêtement. Je ne vois pas comment je pourrais protéger mon personnel sur une terrasse ou dans une salle à manger. On est obligé de se toucher, de se coller», fait-elle remarquer. Elle pense à son busboy, à son plongeur... et au client «un peu chaud» qui ne respecterait pas les consignes. «Ça va être vraiment long. Il va falloir qu'on se réinvente», affirme celle qui est aussi vice-présidente de l'Association des restaurateurs de rue du Québec. Normand Laprise trouve un réel avantage à ce confinement: il n'a pas passé une seule soirée sans manger avec ses filles vers 19h, ce qui est tout à fait inhabituel.

La pandémie était probablement à 2 ou à 3 sur une échelle de 10 du radar du gouvernement Legault, estime le chef du bureau politique au magazine L'Actualité, Alec Castonguay, qui a rédigé un fascinant reportage sur les coulisses de la gestion de crise. On y apprend entre autres qu'Horacio Arruda n'avait jamais rencontré François Legault auparavant. «Ça donne une idée de l'impact de la Santé publique dans l'entourage d'un premier ministre», commente le journaliste, qui illustre aussi la lourdeur bureaucratique, un des obstacles majeurs depuis le début de la crise. «Ça a pris 10 jours pour apprendre que la résidence Herron était en difficulté. Je pense qu'ils l'ont encore sur le cœur.» Alec Castonguay constate une fatigue chez le trio santé. «Le marathon est long, les conférences de presse sont longues. Préparer une heure de conférence de presse, c'est presque une demi-journée de travail.» Il est vrai que la Santé publique a pas mal tout décidé du confinement, mais c'est moins vrai pour le déconfinement, beaucoup plus complexe. «La science ne dit pas quelle tranche d'âge doit revenir au travail, quel secteur faut ouvrir en premier», illustre M. Castonguay.

«On n'est pas à l'étape où on devrait donner de dates pour déconfiner Montréal», croit pour sa part la microbiologiste-infectiologue Cécile Tremblay. Du moins pas avant de remplir tous les critères de déconfinement. Selon elle, les gens ne pensent alors qu'au déconfinement et en oublient les mesures de distanciation sociale. «Donner une date, ça crée du stress et du désespoir quand on l'annule», poursuit Nimâ Machouf, épidémiologiste à la clinique médicale du quartier latin, qui croit néanmoins à la nécessité de déconfiner quand ce sera possible. De son côté, Cécile Tremblay n'adhère pas à la mesure permettant aux proches aidants d'entrer dans les CHSLD sans avoir subi de tests de dépistage. «Il me semble que ce serait très logique de tester, particulièrement dans les endroits où il n'y a pas de cas.» Presque 300 000 morts dans le monde, bientôt 3000 au Québec, ce qui représente 1% du nombre total... «C'est beaucoup», admet Mme Tremblay, qui pense qu'on devra se poser des questions sur l'importante propagation dans les CHSLD.

S'il avait des enfants au primaire, le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, les enverraient à l'école dès cette semaine, contrairement à Justin Trudeau, qui s'interrogeait sur le même plateau le dimanche précédent. «Pourquoi on priverait nos enfants d'Alma et de Gatineau parce qu'à Montréal, on a plus de difficultés avec la pandémie? » demande le ministre, qui assure que la décision de rouvrir est basée sur la science, non pas sur l'économie. «55% des parents font le choix d'envoyer les enfants dans les écoles primaires», dit-il, ajoutant ne vouloir mettre de pression sur personne. «C'est pas des meilleurs parents parce qu'ils décident d'envoyer leurs enfants à l'école ou de les garder.» S'il fallait refermer, tout se ferait rapidement, promet M. Roberge, assurant que le personnel a été informé d'un protocole et que des trousses d'urgence sont mises à leur disposition. 

Comment mieux conclure l'émission qu'avec une prestation de Patrick Watson, qui était sur ce même plateau en février? «Prendre soin des autres, c'est la façon la plus efficace de se protéger soi-même», croit l'artiste, ajoutant qu'il faudrait prendre le temps de bien faire les choses avant un déconfinement trop rapide. «Le monde qui ne prend pas ça au sérieux manque de respect aux gens qui ont perdu beaucoup», s'est-il permis de dire, avant de reprendre l'envoûtante Here Comes the River.

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Le confinement, François Pérusse connaît ça depuis longtemps. «Ça n'a rien changé, je sors aussi souvent que je sortais avant, c'est-à-dire pantoute!»