Le sociologue Guy Rocher, qui mérite notre étoile du match, et son biographe, Pierre Duchesne

TLMEP: de l'éducation au Beachclub

CHRONIQUE / Le spectre des sujets était large dimanche chez Guy A. Lepage, où on autant parlé d'éducation, avec un grand sociologue, Guy Rocher, que de la mort avec Laurent Paquin, et de richesse et de partys avec Olivier Primeau. C'est tout ça, «Tout le monde en parle».

Il y a un certain «buzz» autour de la minisérie Le monstre, adaptation du livre d'Ingrid Falaise, qui avait bien meilleure mine qu'à sa précédente visite sur ce plateau en 2015. Elle s'émeut de «tout le chemin parcouru» depuis ce jour. À part le mot d'un ami du «monstre» qu'elle a reçu après le lancement de son livre, Ingrid n'a eu aucune nouvelle de son ex, et n'en souhaite pas. «Si M se prononce, le Québec en entier va l'attendre avec une brique et un fanal», croit-elle.

Rose-Marie Perreault, dont on vante les talents dans la minisérie disponible sur l'Extra d'ICI Tou.tv, craignait de ne pas être à la hauteur dans ce rôle de femme battue et manipulée par un homme dangereux et violent. «J'avais peur qu'on juge Sophie [son personnage], qu'on ne comprenne pas pourquoi elle retournait constamment vers M», dit-elle. Son partenaire de jeu, Mehdi Meskar, a accepté ce rôle ignoble pour dénoncer de tels comportements. Le jeune acteur, qui fait carrière en France, s'est trouvé un agent à Montréal et souhaite retravailler ici. «Il est tellement fin, mon petit Mehdi», s'est exclamée Rose-Marie Perreault. La production a pris soin d'insérer dans l'histoire d'autres personnages maghrébins «super sympathiques», eux-mêmes terrorisés par M, pour éviter d'être accusé de stigmatisation.

Deux Mehdi dans la même soirée, on n'avait jamais vu ça sur le plateau de Tout le monde en parle. Dans son spectacle solo intitulé «Demain», Mehdi Bousaidan ne craint pas d'aborder des sujets comme le terrorisme, la guerre en Syrie et le conflit israélo-palestinien. Il ne se dit pas «militant», mais juste «un peu plus politisé». Né en Algérie, et arrivé à cinq ans au Québec, il a raconté comment il garde, étrangement, de bons souvenirs de cette nuit où sa famille a été prise entre deux groupes armés dans son pays natal. Pour le rassurer, sa mère lui racontait des blagues.

Récit hilarant quand Mehdi raconte avoir fréquenté une classe d'accueil pour nouveaux arrivants, où il a appris le français, enseigné par une prof péruvienne au fort accent. L'humoriste a été choqué par les commentaires haineux sur la page de TVA Nouvelles, après la mort tragique de sept enfants syriens dans un incendie à Halifax. «C'est terrible qu'il y ait encore ça au Québec», dit-il, avant de minimiser l'importance de tels commentaires, qui sont l'oeuvre d'«une poignée d'imbéciles».

Personnage plus grand que nature, et pourtant paraissant d'une grande modestie, le sociologue Guy Rocher a pris part à la Commission Parent, qui a conduit à la création du ministère de l'Éducation et des cégeps. Une page importante du Québec, qui a permis une société beaucoup plus scolarisée. Âgé de 94 ans, il a longtemps cru mourir jeune, comme son père et son grand-père, qui n'ont pas atteint la quarantaine. Architecte du Québec moderne, il devait pourtant porter serment à l'anti-modernisme à ses débuts comme enseignant.

M. Rocher, à qui je décerne l'étoile du match, a répété son appui à l'interdiction des signes religieux chez les employés de l'État, y compris les enseignants, une simple marque de respect à l'endroit de leurs élèves. Pour l'homme qui a grandi dans une société ultracatholique, la seule façon pour l'Église de sortir de ses scandales sexuels serait de permettre le mariage aux prêtres. Il est aussi évident pour lui que les femmes devraient pouvoir accéder au sacerdoce. Le crucifix à l'Assemblée nationale? On doit le retirer, croit-il.

La mort est très présente dans l'oeuvre de Laurent Paquin. Avec son collègue Simon Boudreault, il consacre un spectacle entièrement à notre fin de vie. À 12 ans, voir des gens rigoler au décès de son grand-père l'avait traumatisé, avant qu'il comprenne qu'il valait mieux rire de la mort. Moment de malaise quand Mehdi Bousaidan a appris que, contrairement à lui qui l'a fait bénévolement, Laurent Paquin avait été payé 10 000$ pour sa participation au film Mon ami Walid. Faux, c'était un canular, qui a bien fait rire l'assistance.

Le ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, en a sans doute convaincu plusieurs sur la viabilité des maternelles 4 ans, qu'il souhaite rendre accessibles à tous les enfants du Québec, et non seulement à ceux de milieux défavorisés. Comme si un trouble d'apprentissage «dépendait du salaire des parents», dénonce-t-il. Le gouvernement ouvrira 250 maternelles 4 ans à l'automne, «un projet de société emballant». Le ministre nie qu'il y ait une pénurie de profs au Québec, du moins dans toutes les régions. Sans donner son appui clair au projet, Pierre Duchesne, lui-même ancien ministre de l'Enseignement supérieur, a voulu saluer «le courage d'un ancien péquiste».

Ça allait plutôt bien pour le ministre jusqu'à ce qu'il soit question des écoles privées, que le Québec continue à subventionner alors que l'Ontario y a renoncé. Sur le plateau, on a entre autres dénoncé l'écrémage auquel se prête le privé. «C'est pas qu'ils ramassent les meilleurs élèves, c'est qu'ils se débarrassent des moins bons», croit Laurent Paquin, qui en a lui-même fait l'expérience. «Les écoles privées, c'est de l'hypocrisie épouvantable.» M. Roberge répond vouloir investir dans l'école publique, sans couper dans le privé.

On n'a pas appris grand chose de l'entrevue avec Olivier Primeau, propriétaire du Beachclub. L'instigateur du Métro-Métro, un festival hip-hop sur l'esplanade du Stade olympique, a mis la main sur Cardi B, qui lui a coûté le double de ce que lui avait déjà coûté l'artiste le plus cher qu'il avait engagé. Malgré les cotes d'écoute décevantes et les critiques dévastatrices, Olivier Primeau a adoré son expérience comme conseiller à XOXO, et beaucoup ri en voyant Claude Legault le parodier au Bye Bye. Embarrassé, il a esquivé la question sur un éventuel engagement en politique.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.