Maude Guérin tient le rôle principal de «5e rang».

Le tournage cool de «5e rang»

CHRONIQUE / Jeudi matin à Saint-Chrysostome, en Montérégie, pas très loin des lignes américaines. Une ferme est devenue à temps plein le lieu de tournage de «5e rang», la nouvelle série annuelle de Sylvie Lussier et Pierre Poirier, qui prendra l’antenne d’ICI Radio-Canada Télé en janvier.

En plus du luxe de pouvoir tourner sur une ferme qui appartient à la productrice Joanne Forgues chez Casablanca, l’équipe peut prendre son temps, une rareté dans la majorité des tournages, où tout va trop vite. On ne sent sur ce plateau aucune urgence, aucune pression sur l’équipe. «On va-tu le crier qu’on a du temps!» s’exclame la vedette principale, Maude Guérin, quand on le lui fait remarquer. «C’est rendu fou [sur les plateaux], je ne veux plus vivre ça, je trouve ça épouvantable de ne pas avoir de temps.» Elle attribue ce choix à la productrice et au réalisateur principal Francis Leclerc.

Si votre seule référence du duo Lussier-Poirier est L’auberge du chien noir, qu’il a signée durant 15 saisons, vous risquez d’être déboussolé. «On est complètement ailleurs», affirme Joanne Forgues, qui a insisté pour tourner entièrement à l’extérieur des studios. Plutôt que de louer une ferme, elle en a acheté une vraie. Les poules, chèvres, moutons et porcs qui s’y trouvent ont cependant été loués. «Sauf le bélier, que j’ai acheté», précise la productrice.

Pas pour rien que Francis Leclerc a choisi deux collègues qui viennent comme lui du grand écran, Christian Laurence et Myriam Verreault, pour donner une couleur cinématographique à 5e rang. Les auteurs, qui ont aussi à leur CV la série Les aventures tumultueuses de Jack Carter, le téléroman 4 et demi... et le film L’odyssée d’Alice Tremblay, ont aussi dû ajuster leur écriture, plus dramatique que comique, sans la dénaturer. «Ça les stimule beaucoup d’être sur une vraie ferme, qu’on tourne dans de vraies serres, un vrai garage. Sylvie Lussier vient de Petite-Rivière-Saint-François, elle a vécu la vie de village, où tout le monde se connaît», poursuit Joanne Forgues.

Plutôt que de louer une ferme pour le tournage, la productrice Joanne Forgues en a acheté une vraie. Les poules, chèvres, moutons et porcs qui s’y trouvent ont cependant été loués.

Myriam Verreault, qui réalise le troisième bloc d’épisodes, voit 5e rang comme «un thriller avec de l’humour, qui combine les qualités du téléroman et de la télésérie. On peut s’attacher longtemps à des personnages, tout en adoptant une qualité visuelle et une courbe dramatique assez complexe, que seule la télésérie peut permettre».

Maude Guérin incarne l’héroïne, Marie-Luce Goulet, propriétaire d’une ferme biologique, dans le 5e rang, à Valmont, un village fictif. Elle a deux filles, Kim (Catherine Brunet), qui travaille sur la ferme, et Julie (Marie-Ève Milot), qui se partage entre l’Allemagne et ici. Marie-Luce a quatre sœurs; Marie-Louise (Martine Francke), dont elle est la plus proche, et pourtant la plus bourgeoise et urbaine; Marie-Jeanne (Catherine Renaud), la plus jeune et aussi la plus délinquante; Marie-Paule (Ève Duranceau), l’artiste de la famille; et Marie-Christine (Julie Beauchemin), l’enseignante qui fréquente un étudiant. L’histoire commence sur un gros conflit entre Marie-Luce et Marie-Jeanne, mais aussi sur la disparition du mari de l’héroïne dans des circonstances nébuleuses.

Marie-Ève Milot et Catherine Brunet jouent les filles de Marie-Luce (Maude Guérin).

Autre conflit à prévoir, cette fois entre Marie-Luce et son voisin immédiat, propriétaire d’une ferme laitière non bio, Charles (François Papineau), pour des questions de délimitation de terrain. Mon feeling me trompe peut-être, mais j’ai l’impression qu’il y a plus que du simple voisinage entre ces deux-là. Plusieurs nouveaux visages seront à l’écran, tout comme certains acteurs avec lesquels Francis Leclerc a travaillé sur sa précédente série, Marche à l’ombre, dont Catherine Brunet, Ève Duranceau, Maxime de Cotret, Geneviève Brouillette et Simon Pigeon. Il y a aussi Maxim Gaudette, «le flic un peu paumé», Julie du Page, «la belle blonde détective qui prend les affaires en mains et qui n’est aimée de personne», décrit Maude Guérin. Et un couple gai, joué par Michel Laperrière et Roger La Rue, «mais personne n’en fera de cas», ajoute la productrice.

Joanne Forgues connaît sa chance d’avoir Maude Guérin comme actrice principale de sa série. «Elle est adorable, extraordinairement bonne, généreuse, fine avec tout le monde, c’est du bonbon de tourner avec elle. Elle incarnait parfaitement ce personnage de femme forte. C’était très important pour moi qu’on croit qu’elle puisse avoir une ferme, et c’est le cas», affirme la productrice. Originaire de La Tuque, Maude Guérin a toujours adoré la nature et les animaux, mais jamais travaillé sur une ferme. Elle a dû se familiariser avec les cochons et le travail de la terre. «Je fais du quatre roues, je me suis baignée dans un lac, il y a des prises de vue assez incroyables. Là, je m’apprête à conduire un tracteur. Plus on me donne de choses à faire, plus je suis heureuse», confie l’actrice.


« C’est très bizarre ce qui m’arrive, c’est très rare pour une actrice de mon âge de vivre tout ça. Habituellement, on a un creux à cet âge-là. »
Maude Guérin

Après avoir partagé la vedette de Feux avec Alexandre Goyette, c’est la première fois que Maude Guérin tient le rôle principal d’une série annuelle, un constat surprenant pour une actrice de ce calibre. «J’étais due pour ça, à 53 ans. J’ai l’impression d’avoir commencé ma carrière à 40 ans, la caméra m’a aimée plus tard. J’en profite. C’est très bizarre ce qui m’arrive, c’est très rare pour une actrice de mon âge de vivre tout ça. Habituellement, on a un creux à cet âge-là.» Avec ce rôle d’héroïne vient une responsabilité supplémentaire, qui implique beaucoup de dialogue avec les réalisateurs et même les acteurs, à qui elle se permet parfois de donner des indications. «Je suis comme un bon chien de garde. Je surveille ce qui se passe. Cette série-là, c’est mon bébé.»

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Comme elle l’avait fait pour Série noire, la productrice a organisé un concours dans l’équipe pour trouver le titre de la série, qui a eu quelques titres de travail tels que Marie maraîchère et Valmont. C’est la script-éditrice Carole Desjardins qui a eu l’idée de 5e rang et remporté la bouteille de champagne.