Isabelle Vincent et Claude Legault dans la nouvelle série «Appelle-moi si tu meurs»

Le duo de «Minuit, le soir» frappe fort

CHRONIQUE / «Dans une galaxie près de chez vous» et «Minuit, le soir» ont certainement été des œuvres majeures de notre télévision. J’attendais donc avec beaucoup de curiosité la prochaine œuvre née dans l’esprit de Pierre-Yves Bernard et Claude Legault, amis depuis 31 ans. Le moins que je puisse dire, c’est qu’«Appelle-moi si tu meurs» — j’adore ce titre — est à la hauteur de mes attentes et de l’immense talent de ce duo.

Racontons la prémisse de cette série de huit épisodes d’une heure, disponible sur le Club illico à partir du 28 février. L’enquêteur Jean-François Lelièvre (Legault) vit en Thaïlande avec sa conjointe et la fille de celle-ci. La vie qu’il y mène le satisfait pleinement. Or, la capitaine de l’antigang à la SQ, Sam Burke (Isabelle Vincent), a besoin de lui pour mener l’opération Vésuve, qui vise à neutraliser la mafia italienne à Montréal. Un gros mandat dont ne veut rien savoir JF. D’abord parce qu’il aime sa vie à Bangkok, mais surtout parce que Mario Vietti (Denis Bernard), nouveau lieutenant de la mafia, est son ami d’enfance, de qui il est resté très proche. Tout l’intérêt de la série réside dans cette chorégraphie complexe à laquelle devront se prêter les deux hommes pour éviter de nuire à l’autre, tout ça en gardant secrète leur relation improbable.

Comme c’est récurrent dans l’œuvre de ce duo, l’amitié est au centre de l’histoire. Un lien très fort entre ces deux êtres que tout sépare, et qui ont des buts totalement à l’opposé. J’ai rarement vu une série naviguer avec autant d’aisance et de subtilité entre l’humour et le drame. Le procédé a quelque chose de mystifiant. Et il y a là-dedans des lignes géniales, qui resteront en tête.

Denis Bernard est absolument phénoménal en lieutenant de la mafia. Alors que ce personnage aurait pu tomber dans la caricature, ce n’est jamais le cas. Vietti, qui possède une école de danse pour dissimuler ses affaires louches, fait rire autant qu’il émeut. Avant qu’on ne crie à l’appropriation culturelle, du fait que Denis Bernard n’est pas italien, les scénaristes ont décidé, d’un commun accord avec TVA, d’en faire un fils de mère italienne et de père québécois. Une situation tout à fait plausible. Par ailleurs, les autres personnages italiens sont incarnés par des acteurs italiens pour la plupart.

Pierre Curzi, qui a des racines italiennes, incarne le parrain de la mafia, Cesare Ciccarelli. Heureux de le retrouver à l’écran dans ce rôle de parrain en apparence cool, mais autoritaire. Legault et Bernard retrouvent Didier Lucien, de Dans une galaxie près de chez vous, de même que Louis Champagne, partenaire du premier dans Minuit, le soir. Isabelle Vincent frappe fort encore une fois dans le rôle de capitaine de la SQ, et plusieurs nouveaux visages s’illustrent dans les rôles plus secondaires.

Attendez de voir Magalie Lépine-­Blondeau, dans celui de Crystel Simard, cocaïnomane et nymphomane. Je ne l’ai pas reconnue au début tant le rôle est à mille lieues de tout ce qu’elle a joué auparavant. Bravo pour cet anti-casting. À la réalisation, Claude Desrosiers accomplit un travail admirable, et donne à cette œuvre tout l’élan qui permet de lier le burlesque aux scènes plus dramatiques, parfois les plus violentes. On retrouve le Claude Desrosiers qu’on aime, après la décevante série Le jeu.

Voilà qui vient bonifier encore plus le contenu du Club illico, après le succès des Honorables, au début de l’hiver. Pour l’anecdote, Appelle-moi si tu meurs est née de l’échec d’une autre série, Chrysalide, une histoire de délateurs qu’avait développée le même duo avec TVA il y a cinq ans, mais qu’il a abandonnée faute d’inspiration et de connaissances juridiques pointues. Ont survécu au projet les deux personnages principaux d’Appelle-moi si tu meurs. Un mal pour un bien.